Changer de regard

 

Happinez : Qu’évoque pour vous la thématique du changement de regard ?

Jean-Pierre Brouillaud : Si je convoque l’humour, l’indispensable éclat de rire, j’écrirai : changer de points de vue pour avoir une vue sur les points ! Mais ça évoque avant tout une soif de vérifier si la souffrance ressentie en se prenant pour un aveugle n’est pas une histoire que l’on se raconte pour nourrir la victime et son impuissance.

Happinez : Est-on amené aussi quelquefois, en tant que personne malvoyante, à devoir ”changer de regard” ?

Jean-Pierre Brouillaud : Encore une fois, ça dépend des élans et de la soif de vie qui nous traversent ! Certains se contentent d’une identité d’aveugle et finissent par s’y habituer en se résignant ; d’autres pressentent qu’ils sont tout autre, plus vastes, aimants ; que le problème alors n’est pas la cécité mais son appropriation et l’identité d’aveugle qui semble, à première vue, aller avec.

 

Je corromprai Charon, traverserai le Styx sans émoi.

Inattendue rencontre d’un vagabond miroir : « aime ton ennemi ».

 

Au lieu de Dieu ou du Diable, mon ennemi n’était-il pas plutôt ma personne endormie, cet auto-apitoiement douceâtre qui me laissait imaginer que la vie s’acharnait sur moi ?

Happinez : Votre cécité semble ne pas influencer votre élan vers l’ailleurs puisque vous êtes un passionné de voyages. Comment cette singularité influence-t-elle vos aventures ?

Jean-Pierre Brouillaud : Elle crée du lien, me met nécessairement en relation lors de mes déplacements. J’ai déjà vécu en Amazonie, parmi les chercheurs d’or (des hors-la-loi), voyagé en auto-stop à travers les cinq continents, parfois sans le sou, j’ai été agressé par des fous, dormi sur des toits de train au Soudan, souffert de la soif dans le désert, j’ai été naufragé en mer de Chine, me suis égaré en hiver dans une ville suédoise sous la tempête de neige, seul avec ma fidèle canne blanche, j’ai perdu la raison à plus de 5 000 mètres d’altitude suite à un effort trop intense, mais je me suis surtout retrouvé à poil devant l’évidence hurlante que tout ce que j’avais réalisé, je l’avais fait grâce à la solidarité bienveillante d’autrui.

De même qu’il y a des gens qui sont morts à 25 ans, morts avant même de vivre, endossant et répétant l’existence des autres, il se trouve des oiseaux de mon espèce qui un temps se sont crus planant au-dessus de l’ordinaire. Un jour, ils touchent enfin terre et réalisent que c’est l’humanité entière qui les a portés et pas uniquement leur volonté propre. Ni le braquage à Amsterdam avec trois couteaux menaçants, braquage commandé par un junky en manque, ni la méprise d’un truand ivre qui me tenait en joue en criant qu’il allait m’occire de la même manière que j’avais assassiné son compagnon, ne m’impressionnèrent autant que cette évidence : moi, sans l’autre, je ne fais rien, rien ou si peu. J’ai eu beau escalader des volcans perdus dans les nuages, traverser des déserts, reste que lorsque je dois acheter un produit quelconque dans un libre-service, s’il n’y a personne pour me guider, cet ordinaire projet ne peut aboutir. Mais les impossibles de l’un se transforment toujours en possibles grâce à une nouvelle rencontre.

Aujourd’hui, il est temps pour moi de remercier et de célébrer l’évidence, qu’aveugle ou pas, pour faire, l’autre et moi sommes interdépendants. Ce qui crée l’enfer, l’enfermement, c’est la croyance dans le plein pouvoir de notre seule volonté égotique. Comprenons que l’enfer n’est pas un lieu, mais la distance que nous maintenons entre nous et l’instant présent, nous et l’autre. L’enfer, c’est une façon, parmi des millions, de ne pas nous aimer tel que nous sommes, tel que les autres sont, un refus de l’instant exprimé par un sentiment d’incomplétude. Sa signature est celle de la souffrance émotionnelle ou morale. En résumé, à la cécité je dois beaucoup, elle est le levain principal dans la pâte du quotidien, qu’il soit nomade ou sédentaire.

Happinez : Pourquoi et par quels moyens voyagez-vous ? 

Jean-Pierre Brouillaud : Au départ, à l’adolescence, je courais les pistes et routes du vaste monde, non pas pour aller quelque part, mais pour quitter l’endroit où je me trouvais vu que partout j’étouffais dans ce que je croyais non seulement être mon enclos cécitaire, mais surtout identitaire. Je crois que j’obéissais à quelques textes hypnotiques qui avaient, lors de lectures de livres d’aventures, imprimé et impressionné ma conscience, notamment une caravane de chameaux sur un plateau style Yémen ou Baloutchistan, une grotte sombre en altitude autour de laquelle tournoyaient des aigles, et ensuite l’appel de la route, les fameux chemins de Katmandou. Quand j’ai démasqué ces pourquoi, d’autres ont débarqué avec leurs pirogues qui parlaient d’ailleurs en illusoires hameçons de promesses mirobolantes…

Mais peu à peu j’ai réalisé que ce dont j’avais besoin pour grandir, c’était de pouvoir m’aimer, et pour cela j’avais besoin de me considérer comme un aventurier – ce n’était donc pas le voyage qui me motivait au plus profond mais ma reconstruction en tant que voyageur. Puis je découvris que le voyage, les rencontres, ma dépendance, l’inconnu, étaient un impitoyable miroir qui reflétait mes réactions, impatiences, mes peurs, en fait l’opportunité de grandir au large de mes crispations de base.

Depuis des années, je réponds aux propositions que la vie m’offre : encore récemment celle d’être le fil rouge dans un documentaire chez les Indiens Kogis ou encore celle de me rendre en octobre prochain au Gujarat pour accompagner un couple d’amis souhaitant rencontrer l’Inde en dehors des chemins battus, une manière d’honorer le mouvement, le changement, l’incertitude, l’ignorance joyeuse.

Comment je voyage ?  Longtemps ce fut en auto-stop, parfois encore mais rarement, en utilisant les transports en commun, à pied le plus possible, et en me laissant inviter au gré des rencontres, ce qu’un ami très cher appelait « en prenant le risque de l’autre ».

Ce petit poème illustre bien mes propos :

 

Les quatre points cardinaux m’ont appelé

Le Yémen et ses plateaux pelés

L’Inde et ses dieux qui ont trop fumé

Les mers traîtresses et les jungles affamées.

J’ai appris les langues serpents, orties, carbones, le silence des abysses

J’ai écouté gronder la forge des désirs dans les clitoris

Ô frauduleuses tempêtes, j’ai encore fini par me baigner dans mes larmes

Pourtant la fascination de l’éphémère avait perdu de son charme.

J’ai brûlé mes cheveux, mon passeport, mangé mes parents

Amarante et concave tentation de devenir transparent

Je me suis coupé en deux pour m’observer

Dieu : rien à voir, circulez.

Ascète, dépravé, scandaleux, épicurien

Partout, nulle part, je suis tout, je suis rien

La joie, ignorance acceptée

Réconciliation de la contrainte et de la liberté.

 

Happinez : À travers toutes les expériences de votre vie, quel message votre plume a-t-elle peut-être le plus à cœur de faire passer ? 

Jean-Pierre Brouillaud : Avoir l’audace de faire un pas en avant, c’est-à-dire dans l’inconnu. N’ayant pas fait d’études, longtemps j’ai cru qu’aventure s’écrivait “avanture” avec le “a” emprunté au mot : avant. L’amour du réel dépossède. La cécité ne m’appartient plus, à moins que ce ne soit moi qui enfin ne m’offre plus en pâture à sa boulimie dévorante, je ne saurais dire. En tout cas, elle est comme digérée, remise à sa place. À ce stade, on peut parler d’acceptation, voire de résilience, ce qui n’est plus de la nature toxique de la résignation ou du renoncement, mais plutôt une totale intégration de la réalité. Il n’y a plus moi et l’objet gênant, le désobligeant ennemi cécité n’est plus d’actualité. La vie nous demande, à travers toutes les épreuves, de nous réveiller. J’ai perdu l’identité de l’aveugle, me reste la joie d’être et la cécité, non plus comme une identité mais comme une singularité qui me met en relation, ma seule religion.

 

Quand tu as traversé la mangrove de ta mémoire,

Tu ne t’égares plus dans la cave ni dans ta poche en cherchant une allumette,

Sous ton chapeau, ivresse de l’espace, plus de tête,

Sous ton habit de roi ou de gueux, plus d’histoire.

 

 

Propos recueillis par Aubry François

 

 

 

Tentative de Bonheur n°10 : Inventer des solutions

Dans l’univers d’un créateur, le manque de ressources n’a jamais empêché le foisonnement des idées. Obstacle en apparence, il agirait presque, pour lui, comme un moteur et une boussole orientant sa recherche vers de nouveaux horizons.

Passionné par les technologies, la mécanique, la géométrie et l’électricité, Jean Katambayi applique ces domaines sur des algorithmes imaginés et pensés afin de comprendre la complexité de la transformation des sociétés.

Dans le cadre de l’exposition “Tentatives de Bonheur”, au MAIF Social Club, l’artiste s’est intéressé au problème de ressources énergétiques du Congo à travers deux machines imaginaires composées de carton et d’éléments électroniques recyclés : Simultium et Yllux. La première figure les chutes de tension quotidiennes et alerte sur le rôle clé du réseau électrique dans la qualité de vie des citoyens. La seconde tente de solutionner le problème en créant de l’énergie perpétuelle avec les moyens du bord.

Une réflexion que les universitaires et les chercheurs sont régulièrement invités à prolonger et des créations qui, par leur ingéniosité et leur poésie, nous font prendre conscience de certaines conditions inacceptables tout en nous invitant au dépassement de nos propres limites, qu’elles soient individuelles ou sociétales.

Retrouvez les oeuvres de l’artiste Jean Katambayi au fil de l’exposition “Tentatives de Bonheur”, jusqu’au 26 juillet au MAIF Social Club (37 rue de Turenne, 75003).

Pour en savoir plus : www.maifsocialclub.fr

© Édouard Richard / MAIF

 

 

 

 

 

 

 

 

À la rencontre de notre conscience illimitée, par le Dr Jean-Jacques Charbonier

 

 

Happinez : À quel moment votre métier a-t-il ouvert une porte vers ces domaines encore inexplorés qui entourent la conscience humaine ?  

Jean-Jacques Charbonier : Quand on est comme moi médecin anesthésiste réanimateur et que l’on semble suffisamment ouvert pour recueillir les étonnants témoignages des personnes qui ont connu un arrêt cardiaque, il est certain que l’on en reçoit beaucoup. Depuis le début de ma carrière, il y a de cela une trentaine d’années, j’ai eu la chance de pouvoir en étudier des centaines. Et parmi tous ces récits, un certain nombre d’entre eux nous  montrent clairement qu’une fois le cerveau mis en pause, ce qui est toujours le cas lors d’un arrêt cardiaque puisque son activité est quasiment nulle dans les 15 secondes qui suivent, notre conscience aurait des capacités inouïes : visions à distance, télépathie, révélations du passé, du futur, perceptions médiumniques, enseignements divers, possibilités de guérison… Bref, des performances qui ne se produisent pour ainsi dire jamais avec un cerveau qui fonctionne activement quand on est éveillé.

Happinez : La conscience ne se situe-t-elle pas uniquement dans le cerveau ?

Jean-Jacques Charbonier : Si on conçoit que c’est le cerveau qui produit la conscience, toutes ces expériences seraient tout simplement impossibles. Par exemple, comment expliquer qu’une personne avec un électroencéphalogramme plat puisse décrire avec force détails les manœuvres de sa réanimation ou une scène se déroulant simultanément à distance de son corps ? Dans ces conditions, si la conscience ne peut se situer dans le cerveau, il ne reste plus qu’à admettre qu’elle soit à l’extérieur de nos petits neurones. La proposition de conscience intuitive extraneuronale (CIE) opposée à une conscience analytique cérébrale (CAC) pour donner un début d’explication à ces expériences vécues lors des arrêts cardiaques a été validée le 15 décembre 2014 dans une thèse de doctorat en médecine que j’ai dirigée puisque celle-ci a reçu la mention très honorable et les félicitations du jury.

Happinez : Vos recherches vous ont montré qu’il nous était possible de vivre une expansion de conscience. Qu’entendez-vous exactement par cette expression ?

Jean-Jacques Charbonier : Notre cerveau agirait comme un filtre réducteur d’informations extérieures ; il se conduirait comme un récepteur qui, en analysant les données, exclurait celles qui ne sont pas conformes à nos apprentissages. La mémoire ne stockerait que ce qui lui semble “convenable“ ; il existe, parmi les personnes ayant vécu une expérience de mort provisoire (ou expérience de mort imminente), 12 à 18 % d’adultes alors qu’il y en a 65 % chez les enfants. Cette différence viendrait du fait que les jeunes cerveaux n’ont pas encore été formatés à exclure les informations dissonantes. En ralentissant l’activité de ce filtre réducteur, comme c’est le cas pendant le sommeil, le coma ou l’arrêt cardiaque, on obtiendrait une expansion de conscience. L’hypothèse d’atteindre cette expansion de conscience en ralentissant l’activité analytique du cerveau est réalisée dans les ateliers de Trans Communication Hypnotiques que je propose depuis plus de 4 ans. Ces séances collectives durent plus de 3 heures (dont une heure vingt d’hypnose) et regroupent une quarantaine de personnes. La suggestion est celle de la séquence évènementielle classique de l’expérience vécue en arrêt cardiaque mais la plupart des expériences surviennent pendant les 35 minutes d’hypnose où je reste muet. On retrouve dans nos résultats des témoignages aussi puissants que dans les NDE : bouleversements de vie, guérisons inexpliquées de pathologies chroniques, apaisement des douleurs du deuil, télépathie, vision à distance, médiumnité, perception du futur, revues de vie, etc. Nous disposons aujourd’hui de plus de 10 000 questionnaires remplis par les personnes qui ont participé à ces ateliers de TCH.

Happinez : Pratiquez-vous la méditation ? Comment vous y prenez-vous pour dépasser les barrières du mental ?

Jean-Jacques Charbonier : Au cours de la journée, beaucoup de personnes méditent sans le savoir. Elles se connectent à leur conscience intuitive extraneuronale et reçoivent des informations pendant quatre ou cinq secondes mais sont bien incapables de les mémoriser car leur conscience analytique cérébrale les censure sans même qu’elles s’en rendent compte. Durant ces courts moments, la personne est figée, a les yeux grands ouverts et le regard fixe. Cette attitude particulière est très fréquente chez les enfants car, comme je l’ai déjà écrit plus haut, nos chérubins ont une conscience intuitive extraneuronale beaucoup plus développée que celle des adultes. Quand ils sont dans ces situations, ils se font généralement interpeler par un parent ou un ami qui les observe : « Tu es encore dans la lune, à quoi tu penses ? – À rien… » Bien sûr à rien, quand on est en CIE, on ne pense à rien, on n’analyse rien puisque c’est le mode réception qui est activé. Un deuxième moyen d’apprendre à maitriser sa conscience analytique cérébrale est de savoir prolonger ces instants privilégiés qui arrivent parfois dans la journée. Dès que l’attitude et le regard se figent, il faut tenter de maintenir ce moment le plus longtemps possible et s’efforcer ensuite, mais ensuite seulement, de mémoriser les informations reçues.

On peut aussi induire soi-même ce ralentissement de conscience analytique cérébrale. Pour ce faire, il faut s’isoler dans un endroit calme où on ne risque pas d’être dérangé. Ce peut être chez soi ou en pleine nature. La position est allongée ou alors assise, le dos droit, la tête étant maintenue haute et dans le prolongement du dos. Les bras, les mains et les jambes sont décroisés. Les membres supérieurs sont le long du corps ou posés sur les cuisses ou sur les accoudoirs d’un fauteuil. Les paumes des mains sont dirigées vers le haut. Les jambes peuvent être allongées ou repliées sous les fesses en position de lotus ou encore être légèrement fléchies si les pieds sont posés à plat sur le sol. Les mâchoires sont relaxées, les dents ne se touchent plus. Toute la musculature du corps est relâchée. C’est comme si les épaules tombaient. La respiration est abdominale ; le ventre se gonfle à chaque inspiration. Elle est calme et lente. Pour s’aider à ralentir sa respiration, on fera en tout début de séance une dizaine de respirations amples, profondes et lentes. On inspire profondément par le nez en comptant mentalement 1,2,3… on bloque en haut une petite seconde… et on expire par la bouche. Tout l’air stocké sort doucement des poumons en comptant 1, 2, 3, 4, 5. On peut faire ces deux mouvements respiratoires par la bouche si on est gêné au niveau du nez (rhume ou polypes). Cette hyperventilation provoque une baisse du taux de CO2 dans le sang artériel qui induira une diminution de la fréquence respiratoire par la mise en route d’un réflexe bulbaire cérébral.

Le regard se fixera sur un objet qui sera de préférence animé d’un mouvement lent et continu ; par exemple la flamme d’une bougie, les feuilles ou les branches d’un arbre agitées par le vent ou encore les vagues de la mer. Au bout d’un certain temps, les objets fixés deviendront flous et disparaitront. La connexion à la conscience intuitive extraneuronale sera alors établie.

 

Propos recueillis par Aubry François

© Marc-Olivier Jodoin on Unsplash

Animal, qui es-tu vraiment ?

Huit spécialistes de la question de l’intelligence animale se réuniront au parc de la Bourbansais, entre Rennes et Saint-Malo. Au programme, notamment : Pierre Jouventin nous parlera des spécificités des manchots, que l’on prend à tort pour des pingouins, Laurent Testot nous confiera l’histoire parfois tourmentée de notre long compagnonnage avec les chiens, Philippe J. Dubois et Élise Rousseau nous enseigneront la philosophie des animaux, et Marie-Claude Bomsel se demandera s’ils possèdent vraiment un sixième sens.

Chaque jour, un atelier vous permettra d’aller au contact de certains animaux.

Le teaser de l’événement est disponible : https://youtu.be/Eehp3w_ECtQ

Pour en savoir plus : www.lanimaletlhomme.com/universite-ete-de-lanimal

 

Tentative de Bonheur n°9 : Se mobiliser

Happinez : En quoi le fait de “se mobiliser” pourrait-il permettre d’accéder au bonheur ?

Laurent Lacotte : Tout d’abord la notion de bonheur mériterait toujours d’être questionnée, les postulats anciens et notamment platoniciens convoqués. Si pour l’élève de Socrate la possession du Bien permettrait l’accession au bonheur, il conviendrait donc de définir ce qu’est ce Bien.
Mon approche part plutôt du constat que beaucoup de choses qui pourraient être génératrices de bonheur ont tendances à disparaître des radars de nos sociétés contemporaines. Ainsi, qu’il s’agisse de rechercher l’espérance perdue à travers des affiches placardées dans la ville, d’inciter les gens à se questionner sur notre relation à l’autre et à se parler au travers de bien d’autres gestes urbains, la mobilisation des forces individuelles et collectives que j’amorce reste primordiale à mes yeux.
Pour moi, la quête du bonheur en elle-même, et de fait l’action dans laquelle elle nous plonge, demeure une des conditions sine qua non de tentative d’approche de ce dernier.

Happinez : Quelles ont été les réactions des riverains du Marais à l’affiche “Perdue : Espérance” ?

Laurent Lacotte : Elles ont été multiples. De la blague potache aux mots doux, j’ai reçu près de deux cent messages vocaux, appels et textos cumulés. Certaines personnes me proposent de l’aide, d’autres me disent avoir aperçu le chien dans telle ou telle rue, d’autres encore m’invitent à boire un verre avec elles. On sent celles et ceux qui sont touchés par la portée poétique du message, on distingue celles et ceux qui se saisissent de cette affiche comme prétexte à parler, on relit avec plaisir les citations de femmes et d’hommes célèbres qui inspirent beaucoup de messages reçus. Globalement, c’est une vraie cartographie politique et affective du territoire qui est à l’œuvre.

Happinez : L’avez-vous retrouvée, cette espérance ?

Laurent Lacotte : Cette espérance, même retrouvée, reste volatile et ne doit jamais être considérée comme acquise. Nous avons beaucoup de raisons au fil d’une vie de se sentir désespérés, abandonnés par la joie. Mais parallèlement, nous ne devons absolument pas céder aux sirènes du désespoir. Une des clefs pour réussir à cultiver l’espoir que nous portons en nous-mêmes et dans le monde est, je pense, de réussir à rester actif et connecté aux autres. C’est aussi d’être en capacité de se donner des objectifs personnels qui ne collent pas forcément à l’idée de bonheur qu’on voudrait nous imposer ou nous vendre. C’est ce que je m’emploie modestement à faire au travers de mon travail et, de manière plus générale, dans ma vie.

 

Propos recueillis par Aubry François

 

Pour en savoir plus : www.maifsocialclub.fr ; www.laurentlacotte.com

© Édouard Richard / MAIF

 

Christophe André : Prendre le temps de méditer

Happinez : Comment définiriez-vous la méditation ?

Christophe André : Il existe mille et une manières de définir la méditation, mais la plus simple, et peut-être la plus juste, est de la comprendre comme un entraînement de l’esprit. Un entraînement qui va nous aider à cultiver des capacités psychologiques telles que l’attention, l’équilibre émotionnel, le recul, le calme intérieur, la lucidité sur nous-même et le monde, la tolérance, la bienveillance…

On parle de LA méditation, mais on devrait dire LES méditations, tant il en existe de nombreuses formes. Cependant, lorsqu’on parle aujourd’hui de méditation, sans plus de précision, c’est de pleine conscience qu’il s’agit…

La méditation de pleine conscience (en anglais mindfulness) est la codification contemporaine d’un ensemble de techniques issues de la tradition bouddhiste Vipassana. Elle repose sur une base très simple : se rendre présent à l’instant et prendre conscience, attentivement, de l’ensemble de ce que nous sommes en train d’éprouver, que cela soit agréable (la méditation nous aide à mieux savourer la vie) ou désagréable (elle nous aide à mieux comprendre et traverser nos souffrances).

Trois points expliquent le très grand succès actuel de la méditation de pleine conscience : 1) il s’agit d’une méthode laïque, 2) elle est simple d’accès et d’apprentissage, 3) elle est validée par la recherche scientifique.

 

Happinez : Quels sont les bienfaits de cette pratique ?

Christophe André : Les traditions, et aujourd’hui les études scientifiques, disent que méditer nous aide à aller vers plus d’apaisement et plus de discernement. Les termes sanscrits qui désignent ces deux dimensions, et que vous avez peut-être déjà entendus, sont : samatha et vipassana. Samatha signifie « demeurer dans le calme » et vipassana « vision profonde, vision pénétrante ».

Pourquoi travailler à s’apaiser ? Parce que notre stress, nos émotions, nos excitations peuvent parfois nous faire souffrir ou commettre des erreurs. Et que, comme vous le savez, il n’est pas si simple de s’apaiser quand la vie et l’adversité nous bousculent. Notre cerveau n’est pas équipé d’un bouton “stop” qui nous permettrait d’arrêter net son emballement. Nous devons apprendre l’art et la manière de nous apaiser progressivement, par nous-même.

Et pourquoi travailler au discernement ? Parce que notre intelligence peut être parasitée par nos émotions, comme chacun sait. Mais aussi parce que nous vivons trop souvent dans la précipitation, l’accélération, la confusion, et que nous ne prenons pas assez le temps de réfléchir avec calme et recul.

Par ailleurs, on s’est aperçu récemment que méditer régulièrement est bon pour la santé : cela améliore l’immunité, freine le vieillissement cellulaire, combat les phénomènes inflammatoires, et facilite toute une cascade de mécanismes biologiques favorables.

 

Happinez : Auriez-vous trois conseils pour commencer à méditer ?

Christophe André : D’abord, tout au long de la journée, régulièrement s’arrêter et ne rien faire. Lâcher les actions et les distractions, lâcher les écrans, et se poser pour simplement se sentir exister. S’asseoir les pieds à plat au sol, se tenir droit, mains sur les cuisses, et se sentir respirer. Suivre son souffle, observer ses mouvements, chaque inspiration, chaque expiration, sans poursuivre aucun objectif particulier, juste se sentir respirer. Et observer ce qui se passe alors…

Ensuite, s’efforcer d’agir souvent en pleine conscience dans la journée  : ne faisant qu’une chose à la fois, tranquillement, pleinement. Lorsqu’on marche, lorsqu’on conduit, lorsqu’on mange, lorsqu’on parle à quelqu’un : aligner son esprit avec son corps. Souvent, notre corps est là mais notre esprit est ailleurs, parti dans ses soucis, ses préoccupations, absorbé par l’instant d’après ou songeant à l’instant d’avant. Toutes les fois où nous sommes pleinement présents à l’instant en cours, nous vivons mieux et nous faisons mieux ce que nous avons à faire…

Enfin, à chaque mouvement émotionnel, émotion agréable ou émotion désagréable, s’arrêter pour la vivre en pleine conscience : en prenant conscience de ce qui se passe alors, dans notre corps, nos pensées, nos impulsions. Pour les moments agréables, prendre conscience du bien-être, le faire descendre profondément en nous à chaque inspiration, le savourer de toutes nos forces, avec tout notre corps, et pas seulement de manière intellectuelle : transformer un instant agréable en expérience de bonheur, même fugace. Pour les moments difficiles, procéder de même, observer comment notre corps réagit, quelles pensées nous habitent, quelles impulsions sont en train de naître ; respirer alors avec tout ça, le temps de s’apaiser un tout petit peu, et de mieux voir que faire qui soit adapté et non destructeur…

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Sandrine Roudeix

 

 

Les pouvoirs de l’autoguérison

 

 

Happinez : La médecine conventionnelle vous a diagnostiqué, à l’âge de 30 ans, une maladie très grave, vous prédisant même votre fin prochaine. Comment l’avez-vous vécu ?

Guibert Del Marmol : Le moment où le diagnostic est prononcé – ou devrais-je dire la sentence – ressemble toujours à un énorme coup de massue sur la tête. Quand, à 30 ans, vous avez du succès dans vos amours et vos affaires, que la vie semble être un ascenseur ultra rapide vers un ciel sans nuages et qu’un homme en blouse blanche vous fait basculer en quelques mots dans une réalité sombre et sans issue, c’est un peu comme plonger par un soir d’hiver dans une eau profonde, glacée et noire. La descente noire et glacée, c’est surtout au travers de vos émotions que vous l’expérimentez. La peur, l’incompréhension, les sentiments d’injustice et d’impuissance, la tristesse et les moments de dépression deviennent vite vos compagnons au quotidien. Et puis, au plus profond de cette nuit noire, il y a cette rencontre avec une autre part de vous-même que vous ne connaissiez pas et qui semble pourtant être là depuis toujours. Comme une force invisible qui vous fait sentir qu’une autre réalité est possible, que vous n’êtes pas seul mais qu’il va falloir penser et agir très différemment pour remonter de l’obscurité glacée vers la lumière et la douce chaleur d’un nouveau jour.

 

Happinez : Est-il possible, selon vous, de contredire même les plus sombres pronostics médicaux ? 

Guibert Del Marmol : Oui bien sûr. Beaucoup d’autres que moi, que ce soient des patients ou des médecins, en témoignent. La médecine n’est pas à ma connaissance une science exacte, c’est un art. Par définition, son diagnostic ne peut donc être définitif. La médecine occidentale se base sur un savoir certes vaste, mais devant la complexité du corps humain et plus encore des relations entre le corps et l’esprit, elle ignore beaucoup de choses. Le problème, c’est qu’à l’instar de l’effet placebo, il existe également un effet nocebo. Un médecin qui assène des « vérités » sans émettre les réserves d’usage à un patient déjà fragilisé peut influencer l’évolution des symptômes dans les deux sens. C’est ce qui faisait dire au célèbre psychiatre Edouard Zarifian que le meilleur des médecins n’est peut-être pas le plus sachant mais bien le plus aimant. Celui dont les capacités d’empathie vont permettre au patient de relancer sa pharmacie intérieure et de se guérir. La science a fortement progressé ces dernières décennies, avec en particulier la notion d’épigénétique. L’épigénétique, qui est cette capacité que nous avons tous de modifier l’expression de nos gènes en modifiant nos comportements, qu’ils soient alimentaires, liés à la gestion du stress ou encore à l’activité physique que nous pratiquons. En d’autres mots, ce qui nous tue prématurément, c’est souvent la combinaison de nos pollutions intérieures (stress, émotions négatives, traumatismes non soignés…) et de la pollution extérieure à laquelle nous sommes soumis. Comprendre ces phénomènes de pollution intérieure et extérieure et agir en conséquence pour les traiter permet véritablement de faire des miracles.

 

Happinez : De quelle manière avez-vous repris votre destin en main ?

Guibert Del Marmol : Comprenant que le diagnostic n’est jamais définitif et prenant conscience du lien corps/esprit, j’ai décidé de modifier profondément mon hygiène de vie. J’ai repris, rapidement après l’opération, une activité physique régulière en pratiquant surtout des sports cardiovasculaires (course à pied, cyclisme, randonnée en haute montagne…). Sans jamais lire un livre de diététique, j’ai modifié mon alimentation profondément, en écoutant les ressentis de mon corps à la vue et à l’absorption des différents aliments qui m’étaient présentés. L’élément le plus important fut peut-être l’apprentissage d’une toute autre gestion de mes pensées et émotions à travers la méditation et au contact presque quotidien de la nature. Les résultats de cette nouvelle hygiène de vie ont été au-delà de mes espérances puisque rien de ce qui m’avait été annoncé comme problèmes de santé liés à l’ablation de l’hypophyse ne s’est avéré exact. Jamais je n’ai connu la dépression, la stérilité et l’obligation de vivre sous médication permanente sous risque de coma dans les 48 heures, tous ces éléments m’ayant pourtant été prédits à ma sortie de l’hôpital. J’ai découvert, quelques années plus tard, que j’avais, sans la connaître, développé une approche assez tibétaine de la guérison : l’usage de l’allopathie occidentale en curatif, la puissance de ce que la nature avait à m’offrir (nutrition, homéopathie, plantes, contacts répétés avec les forêts), le travail sur l’énergie du corps via le Shiatsu, l’acupuncture et le Reiki, et enfin la puissance de l’esprit sur la matière au moyen de la méditation.

 

Happinez :  Votre vision du monde en a donc été transformée. Quelle est-elle, aujourd’hui ?

Guibert Del Marmol : Au-delà de ma reconstruction physique et des techniques corps/esprit utilisées, j’ai voulu aussi comprendre intellectuellement l’intelligence inouïe dont fait preuve à chaque instant le corps humain, et l’impact de mes pensées sur mon système cellulaire et de mes émotions sur mon système immunitaire. J’ai donc investigué pendant de longues années les notions de conscience et de science en rencontrant des scientifiques très souvent à l’avant-garde dans leur domaine d’expertise. J’ai aussi développé des pratiques spirituelles corporelles avec de vrais maîtres de sagesse, qu’ils soient chamans, thérapeutes énergétiques ou encore initiés des grandes voies mystiques telle que la kabbale ou le soufisme. Ce travail de recherche et d’expérimentation alliant science et conscience a profondément changer mon regard sur le monde et la nature humaine. J’ai trouvé une réponse satisfaisante aux grandes questions fondamentales que sont : qui sommes-nous, que vient on faire sur cette planète et comment idéalement doit on y vivre ?  Cela m’a permis de mieux comprendre l’état du monde et l’origine de nos problèmes, mais aussi d’identifier où porter mon action pour contribuer à l’émergence d’un monde plus harmonieux et durable. Ce chemin de résilience personnelle m’a, en définitif, donné accès à celui de la résilience collective et permis de redonner un sens bien plus profond à mon action au quotidien.

 

Happinez :  Votre milieu professionnel n’était pas étranger à la maladie qui vous a touché à l’époque. Que conseilleriez-vous aux personnes qui subissent quotidiennement le stress au bureau et dans leur vie quotidienne, en règle générale ? 

Guibert Del Marmol : J’évoque toujours l’alignement des 4 corps lorsque cette question m’est posée. Le premier c’est le corps physique, notre véhicule terrestre. La façon dont nous le nourrissons, l’écoutons, l’entraînons et le soignons est déterminante. Le second est le corps mental. Il s’agit ici de la gestion de nos pensées. Il faut apprendre à calmer l’agitation permanente qui règne dans notre cerveau. Le stress est issue la plupart du temps de projections de l’esprit liées à l’angoisse du futur et/ou l’amertume du passé alors que la situation vécue au temps présent ne présente que rarement un danger réel. Il n’y a pas, à proprement parlé, de bonnes ou de mauvaises pensées, c’est l’énergie qu’elles génèrent qui peut s’avérer lourde ou au contraire « propulsante ». Cela nous amène au 3ème corps, le corps émotionnel. C’est ce que j’appelle la bombe « anatomique ». Nos émotions vont générer des décharges électriques et hormonales dans notre organisme. Ce sont précisément celle-là qui engendrent l’effet placebo ou nocebo évoqué plus haut, qui peuvent donc nous sauver ou nous tuer. Apprendre à observer ses émotions et en avoir la maîtrise sans s’en couper est donc un outil indispensable pour développer une bonne hygiène de vie. La maîtrise des 3 corps cités précédemment amène très souvent à la découverte du 4ème qui est peut-être le plus puissant. Il s’agit du corps spirituel, celui qui vous permet d’identifier le sens que vous voulez donner à votre existence et les valeurs que vous souhaitez vivre au quotidien. C’est, en définitif, votre boussole intérieure qui va vous permettre de mettre en cohérence qui vous êtes et ce que vous faites, l’homo-sapiens que vous êtes et l’homo-economicus que vous incarnez au travail. Cette boussole sera comme un phare sur l’horizon, quand vous aurez à affronter les inévitables « bourrasques » de votre vie.

 

Propos recueillis par Aubry François

 

 

 

Tentative de Bonheur n°7 : Contribuer au plaisir collectif

Happinez : Quelle est votre vision du bonheur ?

Camille Bondon : La vision du bonheur est une vision multiple. C’est une succession de situations où les composantes environnementales me sont importantes : les individus qui m’entourent et le cadre-prétexte de ces retrouvailles. Car l’autre a une grande part dans ma vision du bonheur. Si je dois essayer de répondre en un mot à la vision du bonheur, ce serait par celui de “relation”. Être en relation. Avec des ami.e.s, ma famille, des inconnus… Rencontrer quelqu’un est une chose formidable. Dans ce que le langage verbal et gestuel permet comme mise en relation. Par ce que cet étranger va nous éclairer sur une part de soi encore inconnue. Le bonheur est une forme de gymnastique. C’est un mouvement, une habitude à prendre. Un conditionnement de regard, de langage aussi. Par le vocabulaire que l’on emploie et les tournures syntaxiques. Oui, le bonheur est une langue, une mélodie.

Happinez : Qu’est-ce que le projet des journées du plaisir et quel nouveau regard permet-il d’adopter sur le quotidien ?

Camille Bondon : C’est une correspondance par sms que je mène avec des inconnu.e.s volontaires. Chaque heure, on se partage trois plaisirs ressentis. Et puisque c’est pour le plaisir, on danse avec les règles et les horaires en fonction de nos occupations respectives.

Ce qui me touche dans cette performance, c’est la poésie qui se dégage de ces compilations de plaisirs. Comment, dans cet espace plutôt restreint d’un sms, la langue de chaque individu s’exprime. Une règle, des réponses infinies.

Prenons l’exemple du café du matin. Certain.e.s aiment le préparer dans le silence de la maison, pour leur compagne, en terrasse, dans une tasse bleue à poids blancs. D’autre l’aiment pour l’odeur qui se dégage à l’ouverture du sachet, pour le souffle vaporeux de la cafetière filtre tandis que d’autres ne jurent que par la montée crachotante de l’italienne. Un plaisir commun au final, celui de boire du café, mais qui va être désigné et attrapé d’une multitude de manières. Et ce sont ces singularités qui me touchent et que je souhaite donner à entendre. Le paradoxe de partager des goûts communs de manière unique. Car tous ces plaisirs ainsi récoltés viennent nourrir un inventaire des plaisirs quotidiens et sont ensuite rediffusés sur un panneau d’affichage lumineux dans un autre temps.

Ce mouvement d’extériorisation du plaisir a pour effet de l’amplifier. En plaçant son attention sur ce qui nous plaît, on réoriente tout. On se met à raisonner en termes de « et là qu’est-ce qui me plaît ? », « qu’est qui me plaît précisément ? ». Les gens sont souvent inquiets à l’idée de trouver trois plaisirs par heure. Ils pensent que ça fait beaucoup, qu’ils n’en auront jamais assez. Et mon plaisir est ensuite de lire dans leur journée que leur plaisir du moment est d’avoir à ne choisir que trois plaisirs…

Cette expérience dure une journée. C’est un temps qui me semble juste pour marquer, pour imprimer dans l’esprit un éclat, celui de la joie de vivre et de commencer à faire prendre une (bonne) habitude.

Cette action me plaît aussi pour une autre chose encore : celle d’être une petite souris dans la vie de quelqu’un d’autre. De goûter à une autre réalité, une autre temporalité de vie. De voir comment les plaisirs de cette personne viennent faire écho à nos propres plaisirs. Lorsque je découvre les messages pendant la journée du plaisir, je suis sans arrêt en train de me dire « mais oui ! Bien sûr ! » et de me réjouir à distance avec eux de ce qui leur arrive. On se laisse facilement contaminer par le plaisir des autres. C’est contagieux et c’est tant mieux.

Happinez : De quelle manière chacun de nous peut-il “contribuer au plaisir collectif” ?  

Camille Bondon : Cette habitude à regarder les choses sous leur bon angle, c’est ce qui me semble être l’une des contributions au bonheur collectif la plus agissante. Regarder et dire. Énoncer ce qui nous plaît, ce qui nous fait plaisir, ce que l’on aime. Aimer. C’est bien là une valeur qui m’est fondamentale. C’est peut-être ça finalement, le bonheur, aimer. Et au-delà : aimer aimer. Être dans le plaisir d’être dans le plaisir. Quand on commence à être content.e, on est de plus en plus content.e, c’est phénoménal. C’est étonnant d’être autant content.e.

Chez moi, ça passe en grande partie par le langage. Par le vocabulaire, les adjectifs que l’on va accoler aux choses et aux gens. La sonorité des mots, leur sens qui résonne fort. Se connaître soi par ce que l’on aime pour ensuite aller toujours dans cette même direction, celle du plaisir. Et si chacun agit pour se comprendre, pour comprendre son fonctionnement, alors entre nous, la communication sera fluide et simple, de même que nos relations. La boucle est bouclée !

 

Pour en savoir plus : www.maifsocialclub.fr ; www.camillebondon.com

 

Propos recueillis par Aubry François

© Édouard Richard / MAIF

 

 

Animaux et bien-être au bureau

Comme le disait Boris Levinton, pédopsychiatre et fondateur de la thérapie assistée par l’animal, ce dernier « ne se nourrit pas d’attentes idéalisées envers les humains, il les accepte pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils devraient être ». L’animal est même capable, par sa seule présence, de renforcer notre bien-être.

Après s’être inscrits en tant que famille d’accueil pour un élève chien guide d’aveugle et avoir rencontré plusieurs intervenants en médiation animale, Héloïse et Alexandre Martin ont décidé de quitter leurs CDI respectives pour allier passion, mission et profession en créant Dog Friday.

En collaboration avec les intervenants en médiation animale de leur réseau, professionnels qualifiés et expérimentés, ils proposent des programmes de prévention pour prévenir les risques psycho-sociaux, favoriser la cohésion d’équipe et améliorer la santé globale (physique, psychologique et sociale) des salariés.

Pour en faire profiter votre entreprise ou participer en tant qu’intervenant en médiation animale : www.dog-friday.com

Reza Moghaddassi : la méditation au-delà de la raison et des mots

 

 

Happinez : D’où est né votre intérêt pour le bouddhisme et les maîtres tibétains ?

Reza Moghaddassi : L’horizon de l’existence présenté à la majorité des adolescents réside bien souvent en deux choses : Il y a d’une part l’horizon de la réussite mondaine consistant à mener à bien ses études pour pouvoir avoir un travail qui nous plaise, si possible prestigieux, qui nous permette de vivre confortablement. D’autre part, il y a l’horizon de la jouissance : « profiter de la vie » au sens de mener une vie de fête renouvelée, une vie de voyages et d’aventures aussi exaltantes que nombreuses. La rencontre inattendue de maîtres tibétains à l’âge de 14 ans est venue bouleverser cette double équation : la figure du sage, qui était si exotique et inconnue de mes camarades et de moi-même est devenue, soudain, une figure vivante et inspirante. Elle a dessiné pour moi un nouvel horizon placé non plus sous le signe de l’avoir ou du faire mais de l’être. À côté du chemin horizontal de ma vie, se profilait un chemin plus vertical. J’ai compris à ce moment, à travers quelques témoins vivants, une autre forme de transmission, étrangère à la société et l’école dans lesquelles j’avais grandi : la transmission spirituelle, qui est d’abord une transmission d’être. La deuxième raison de mon engouement est le discours que m’ont tenu ces maîtres tibétains : plutôt que de me pousser à croire à des dogmes, ils m’ont invité à expérimenter la prière et la méditation, le silence et les chants. Plutôt que de chercher à me raisonner, ils m’ont proposer d’entrer dans l’expérience de ce qui est au-delà de la raison et au-delà des mots. Et enfin, plutôt que de m’inciter à devenir bouddhiste, et à adhérer à leur religion qui aurait le monopole de la vérité, ils m’ont conduit à approfondir mes propres racines spirituelles. Je les ai écoutés et je n’ai pas été déçu car j’ai découvert ensuite dans les pratiques spirituelles de l’islam et du christianisme des trésors que je ne soupçonnais pas, ces religions m’ayant été présentées au départ comme une simple affaire d’adhésion ou de non adhésion à des dogmes. J’étais dans l’erreur.

 

Happinez : Peut-on rapprocher l’acte de philosopher de celui de méditer ?

Reza Moghaddassi : Philosopher, c’est aspirer à la sagesse, c’est-à-dire aspirer à déployer toute la noblesse dont un être humain est capable quand il devient le serviteur du vrai, du beau et du bien. Le travail de la raison est essentiel pour se libérer de certaines illusions. « Tout commence dans la pensée, dit le Bouddha. Quand la pensée est fausse, l’affliction s’ensuit comme la roue de la charrette suit le pas du bœuf ». Ainsi, philosopher, c’est méditer au sens de réfléchir sur.  Mais il y a au moins deux autres sens du mot méditation en français que la philosophie a parfois oublié : méditer c’est aussi “ruminer” sa pensée, se laisser habiter par ce qui nous parait juste, de manière à passer d’une compréhension seulement intellectuelle à une compréhension du cœur et des tripes. C’est tout le travail d’incarnation de la pensée qui est aussi une mise en cohérence entre sa pensée et ses actes. Il s’agit de passer de la pensée qu’on a à la pensée qu’on est. Et enfin, méditer, c’est mobiliser une autre caractéristique mystérieuse de la conscience dite réfléchie, c’est-à-dire la capacité à devenir l’observateur de ses propres processus mentaux (sensations, émotions, pensées). C’est apprendre à ne pas s’identifier à ses idées et à ce qu’on appelle trop vite son identité. C’est rencontrer en nous (puis chez les autres) cette dimension qui est plus grande que nos convictions et qui ne se réduit pas à la conséquence de nos actes. C’est partir à la conquête de notre liberté essentielle. C’est aussi mobiliser en nous d’autres forces que le raisonnement, comme par exemple l’intuition. Je ne crois pas que la philosophie puisse conduire à la sagesse si elle ne s’engage pas également sur ce troisième chemin.

 

« Passer de la pensée qu’on a à la pensée qu’on est. »

 

Happinez : La méditation est-elle une pratique bouddhiste ou indienne ?

Reza Moghaddassi : Si, par méditation, on entend l’acte qui consiste à devenir l’observateur de ce qui se passe autour de nous et en nous, à se rendre plus présent à ce qui est, notamment par l’attention portée au souffle, comment la méditation pourrait-elle être la propriété de l’Inde ou du bouddhisme ? Il faut commencer par sortir de l’image de la personne assise en lotus à côté d’un bâton d’encens pour revenir à l’expérience universelle de tout être humain. À chaque fois que nous sortons de l’agitation et de l’activisme pour se poser, pour s’accorder un moment d’arrêt et de silence, nous nous voyons lever la tête du guidon, reprendre souffle. Nous voyons ressurgir la question de notre véritable désir et du sens de ce que nous faisons. L’attention nous permet de revenir sur nos intentions. À chaque fois que nous cessons de chercher à posséder, à paraître, faire et avoir et que nous nous mettons à contempler le monde, qu’il s’agisse d’une œuvre d’art, d’un paysage ou d’un visage, nous sentons à quel point nous avons tendance à être trop dans le fonctionnement et pas assez dans l’émerveillement. « Nous mourrons non faute de merveilles mais faute d’émerveillement » a dit très justement Hugo. On appelle alors méditation l’acte qui consiste à susciter ou à arracher dans notre quotidien des moments pour entrer dans cette expérience. Une qualité d’attention au monde peut alors être développée qui va se diffuser naturellement dans le reste de notre journée, y compris au cœur de nos activités et autres engagements. C’est ce qu’on peut appeler, l’intégration de la méditation dans l’action. Le but de cette méditation n’est pas seulement le bien-être mais le déploiement de qualités humaines fondamentales et d’une plus grande aptitude à être dans le monde.

Les traditions religieuses ou spirituelles comme le bouddhisme ont, quant à elles, un horizon métaphysique qui déborde le champ de la méditation comprise comme précédemment. C’est pourquoi elles vont mobiliser des symboles et des images, des sons et des chants, des gestes et des postures, considérées comme sacrées et qui sont censés être le véhicule d’expériences surnaturelles. Elles vont invoquer des forces invisibles aux yeux du corps. Elles ont comme perspective le salut ou la libération du cycle de réincarnation, la résurrection ou l’éveil. Il ne s’agit donc pas du même type de méditation ni de la même finalité. La méditation de pleine présence apparaît du point de vue religieux comme une bonne propédeutique à la vie spirituelle, c’est-à-dire qu’elle nous y prépare. D’un point de vue non religieux, il est tout à fait possible de pratiquer la méditation de pleine présence en dehors de toute adhésion à une perspective métaphysique et religieuse.

 

Happinez : Pourquoi l’Occident semble-t-il alors découvrir la méditation comme une pratique exotique ?

Reza Moghaddassi : Ces pratiques ont existé vraisemblablement dans les écoles de philosophie antique mais nous n’avons conservé des grecs que des textes. Elles ont également existé dans la tradition chrétienne, dans certains lieux et à certaines époques. Les pères du désert enseignaient, par exemple, des pratiques d’attention au souffle. L’Occident chrétien n’a paradoxalement pas développé, dans son histoire, un rapport toujours apaisé avec le corps et il a eu tendance à délaisser des pratiques qui faisaient partie de son patrimoine.

Mais surtout, le rejet du religieux dans l’histoire de l’Occident a conduit à écarter, en même temps que les dogmes et les institutions religieuses, toute vie intérieure et contemplative, ou du moins à cesser de les penser comme un élément fondamental de l’éducation de l’être humain. Seul a demeuré l’intérêt accordé à l’intelligence rationnelle et conceptuelle, comme en témoigne l’école moderne. La perspective de la sagesse a été remplacée par la perspective du savant. Les conséquences d’un tel délaissement se font de plus en plus sentir au niveau individuel ou collectif, surtout dans une société surmenée par l’obsession de la vitesse, de la rentabilité et de l’efficacité. Dès lors, le détour par des pratiques comme le yoga, le taï-chi ou la méditation sont devenus des moyens pour renouer avec la vie, la santé et un peu plus de paix, là où les structures laïques n’ont que le sport à proposer et les organisations religieuses occidentales qu’une religion avec tout ce que cela implique comme adhésion à un certain nombre de convictions qui ne parlent plus à beaucoup de nos contemporains. Ce n’est pas un hasard si l’engouement pour la méditation est devenu d’autant plus fort aujourd’hui que la méditation dite « de pleine présence » s’enseigne dans des cadres laïques et qu’il n’est plus nécessaire de se rendre dans un temple bouddhiste pour s’y initier.

 

«  Sortir de l’image de la personne assise en lotus à côté d’un bâton d’encens pour revenir à l’expérience universelle de tout être humain. »

 

Happinez : La méditation de pleine présence est-elle compatible avec la religion chrétienne ou tout autre religion monothéiste ?

Reza Moghaddassi : J’aurais d’abord envie de comparer cette question aux questions suivantes : la foi chrétienne est-elle compatible avec le fait d’apprendre à réfléchir ou à nager ? Il est aussi incongru de poser ces questions que la précédente. Pourquoi ? Parce que les pratiques de pleine présence peuvent d’abord être vues comme des outils pour développer des facultés de notre esprit pouvant être mises au service de sa vie, et pourquoi pas, au service de sa foi, au même titre que le développement de la raison discursive. La chrétienté est habitée par des articles de foi et des pratiques religieuses qui lui sont propres mais ni la foi ni la prière ne font de nous, à elles seules, un être informé et cultivé, capable de raisonnement subtil et riche. L’obscurantisme religieux a toujours vu dans le développement d’une pensée critique un danger pour la foi. Je crois que c’est une même forme d’obscurantisme religieux qui conduit à opposer l’effort pour mobiliser les ressources qui nous habitent et l’action de la grâce, le “travail sur soi” qui caractérise toute voie de sagesse et le saint abandon à la providence divine.

Si la méditation de pleine présence, en tant que pratique régulière, peut être regardée comme un moyen pour développer l’attention, l’intelligence émotionnelle, l’intuition, la connaissance et la maîtrise de soi, elle est aussi, et peut-être plus profondément, une invitation à entrer dans l’expérience gratuite et silencieuse de l’être en tant qu’être, sans raison ni justification. À ce moment, la méditation de pleine présence n’apparaît plus seulement comme une propédeutique à la vie spirituelle mais comme une expérience de cet absolu qui est-delà des mots et des représentations et pourtant toujours présent en tout être et toute chose. Cela nous rapproche peut-être déjà de l’oraison.

J’entends parfois certains me dire qu’ils préfèrent se tourner vers Dieu plutôt que méditer pour justifier leur rejet de la méditation. Préfèrent-ils aussi se tourner vers Dieu plutôt que d’aller voir un film au cinéma, que regarder la route en conduisant, que lire un livre ?  Si Dieu existe, il n’est pas toujours en face de nous mais aussi derrière nous ou à côté de nous. L’existence de Dieu et la foi en Dieu ne nous déchargent pas de la responsabilité de prendre en main notre éducation.

 

Happinez : Mais la méditation n’est-elle pas une pratique égocentrique où on ne fait que rester avec soi-même ?

Reza Moghaddassi : La méditation de pleine présence ne consiste ni à chercher le vide ni à se regarder le nombril. Elle consiste à se rendre présent justement à ce qui est, là où habituellement nous circulons dans le monde et auprès des autres en leur étant en réalité absent. Il s’agit donc de faire l’acte le plus simple, se poser et se taire pour habiter sa vie, habiter l’instant présent. On apprend à être un peu plus dans l’écoute, des autres et de soi-même. C’est d’ailleurs un paradoxe fondamental : plus un être humain s’ouvre à son expérience intérieure plus il s’ouvre au monde et aux autres. À l’inverse, plus on reste à la surface de soi-même, plus on reste superficiel dans sa relation aux autres. Ce paradoxe, on le retrouve d’ailleurs dans toutes les traditions spirituelles qui nous invitent à la fois à nous ouvrir à plus grand que nous et à la fois à jeter l’ancre en soi pour découvrir, comme le dit Saint Augustin, que « si je me connaissais, je Te connaîtrais ».  Ce qui est dans l’infini des cieux se trouve demeurer également dans la lumière du cœur.

 

« Ce qui est dans l’infini des cieux se trouve demeurer également dans la lumière du cœur. »

 

Happinez : Que peut, à votre avis, apporter la méditation aux jeunes ?

Reza Moghaddassi : Dans un monde soumis à la distraction et l’agitation permanente, la méditation apprend aux élèves à se recentrer (le contraire de “s’éclater”) et à retrouver une plus grande qualité d’attention. Dans un monde où l’on nous traite comme des consommateurs dont on cherche à augmenter sans cesse les besoins, les élèves vont pouvoir renouer avec des désirs plus profonds et avec une plus grande liberté intérieure. Ils vont également apprendre à mieux gérer leur stress. Dans un monde où sans cesse nous jouons des personnages et où nous sommes soumis au poids du regard des autres, la méditation aide à rejoindre la personne et à moins subir le regard des autres. La méditation permet également de développer l’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire à reconnaître ses émotions et celles d’autrui, d’être à l’écoute des informations que ces émotions nous transmettent tout en développant la capacité à être moins leurs victimes. Dans un monde qui sans cesse nous évalue, la méditation offre un espace dans lequel l’élève est amené à renouer avec ce qui en lui relève d’une valeur absolue et non d’une valeur relative à ses performances. La méditation permet également de développer des ressources ou des facultés habituellement délaissées, comme l’intuition et la créativité. Inutile d’évoquer les effets de la méditation sur la santé, effets à présent bien connus avec une validation qui n’est plus seulement subjective, mais objective.

 

Happinez : Il n’est pas toujours simple, même pour les professeurs qui s’y intéressent de près, de convaincre leur administration, et plus généralement l’Éducation nationale, du sérieux de la pratique méditative. Quels arguments utiliser face à une administration qui conserverait des a priori négatifs sur la méditation ? 

Reza Moghaddassi : Il faut d’abord remarquer que la méditation n’est pas le lieu d’une transmission de doctrines ou d’une conception du monde mais une invitation faite à un élève de vivre des expériences personnelles qu’il ne s’agit pas de commenter à sa place. Il faut ensuite faire la démonstration la plus concrète de la dimension laïque de ce type de pratiques. C’est pourquoi il est essentiel de dépouiller l’enseignement de la méditation des symboles hérités des cultures orientales pour mettre en lumière sa dimension universelle. D’autre part il faut bien préciser qu’il ne s’agit en rien de faire une investigation d’ordre psychologique. Ces questions relèvent de la compétence de professionnels. Il faut également rappeler les objectifs précis de ce type de propositions : développement de l’attention et de l’intelligence émotionnelle, gestion du stress, développement de la bienveillance et de la confiance en soi.

Il y a deux volets à ces pratiques à l’école :

  • un usage de la méditation au service de la pédagogie. Par exemple faire un petit temps de pratique avant le début des cours pour mieux mobiliser l’attention des élèves.
  • Un usage de la méditation pour proposer une vision plus large et plus riche de l’éducation du futur adulte et citoyen.

Le but de l’école est de former des citoyens plus libres, notamment grâce au développement de la raison critique et l’acquisition de connaissances. Or, nous savons que l’homme est autant un être émotionnel qu’un être rationnel et que la manipulation et la démagogie s’appuient bien souvent sur ce ressort passionnel. C’est pourquoi, pour élargir le champ d’exercice de la liberté, l’école doit également offrir la possibilité à l’élève d’être davantage maître de ses émotions en commençant par cesser de les refouler et les reconnaître.

Enfin, il faut insister sur l’urgence aujourd’hui de ce que certains appellent une  “écologie de l’attention”. De même que notre vie sédentaire nous a conduit à faire du sport pour rester en bonne santé, l’usage omniprésent du smartphone et d’autres sources de distractions qui hachent et dispersent sans cesse l’attention produit une fatigue psychique qui exige son antidote.

 

« Cette vie n’est pas un dû mais un don. »

 

Happinez : De quelle manière peut-on répondre à cet appel de notre intériorité que vous évoquez dans votre livre La soif de l’essentiel (Marabout) ? 

Reza Moghaddassi : En commençant par se rendre justement plus attentif  à toutes les expériences qui nous ont rendu plus vivants, à ces instants de grâce où un regard d’amour, la beauté d’un paysage ou la splendeur d’une musique nous ont arrachés à l’enchaînement quotidien. Là est le point de départ, qui est une expérience et non une croyance ou une idée. Lorsque nous nous mettons au diapason de telles expériences, un élagage se produit dans notre existence et nous apprenons alors la valeur de la sobriété. Un vent de gratitude peut alors se lever pour cette vie qui n’est pas un dû mais un don. Ce qui a été enfin reçu veut alors être offert, c’est pourquoi la soif de l’essentiel nous conduit à mettre notre vie au service de plus grand que nous, à commencer au service du Bien/Aimé, non par obligation mais par choix et dans la joie.

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Astrid di Crollalanza