Article

L’amour ne doit rien et peut tout

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Psychologie, Rencontres, Sagesse & spiritualité

Psychanalyste, écrivaine et metteuse en scène belge, Victoire Theismann dirige L’amour dans tous ses états, pièce de théâtre écrite en 2015 par son confrère et ami Guy Corneau, qui nous a quittés deux ans plus tard. Elle a également participé au livre hommage Mieux s’aimer pour aimer mieux, publié cette année aux éditions J’ai lu, retranscription du texte original de la pièce ainsi que d’une conférence du psychanalyste jungien sur le thème du rapport à soi et des relations de couple. Elle nous présente ce projet qui vient couronner avec sens les apports importants de l’œuvre thérapeutique de Guy Corneau.

Happinez : Quelle est la genèse de cet ouvrage écrit à plusieurs mains ?

Victoire Theismann : Mieux s’aimer pour aimer devait être le prochain livre de Guy Corneau… Quand il est décédé, il ne l’avait pas terminé ; aussi, comme le public nous réclamait souvent le texte de la pièce, l’éditeur Erwan Leseul a choisi de l’inclure. Ce choix était très cohérent car la pièce est à l’origine de l’idée du livre. Lors des représentations, le public recevait le message de la pièce avec beaucoup d’enthousiasme et ce spectacle, tout en étant une comédie, permettait aux gens des prises de conscience. Cela a donc été une évidence pour Guy d’écrire sur le sujet. Quand l’éditeur nous a contacté, Marie-Lise Labonté, Thomas D’Ansembourg et moi pour finaliser cet ouvrage, nous avons évidemment été touchés et enthousiastes. C’était une belle occasion de prolonger et d’honorer l’œuvre de notre ami commun.

 

Happinez : Comment Guy Corneau, en tant que psychanalyste jungien, s’est-il employé à résoudre l’un des grands thèmes que l’humanité s’est plu à complexifier au fil des millénaires : l’amour ?

Victoire Theismann : Je ne pense pas qu’il l’ait résolu mais il propose des chemins pour y accéder avec plus de justesse. L’un d’eux est que plus on apprend à s’aimer, à se respecter, à s’honorer, plus ce que nous vivons en interaction avec l’autre est cohérent, juste, et bienveillant. On a souvent galvaudé le mot AMOUR. L’amour n’est pas se sacrifier et s’oublier. Ce n’est pas non plus être dans l’attente ou exiger. L’amour ne doit rien et en même temps il peut tout. L’amour, c’est être profondément heureux de rendre l’autre heureux et sans attendre quoi que ce soit en échange. L’amour est un espace d’échange, d’ouverture, de découverte, d’exigence bienveillante. Et en termes jungiens, c’est une opportunité de vivre la relation en étant relié à notre “Soi”, c’est à dire à l’essence profonde de notre être qui sait à chaque instant où se situe le positionnement juste.

 

Happinez : Que raconte, en quelques mots, la pièce de théâtre L’amour dans tous ses états ?

Victoire Theismann : Céline et André se sont rencontrés sur Internet. Chacun a déjà eu une vie amoureuse et a vécu des déceptions. Céline est en psychothérapie. Elle est consciente d’être une “dépendante-anxieuse” souffrant d’une blessure d’abandon qui s’adapte en permanence à l’autre, qui est envahissante, qui a besoin de réassurance pour ne pas se sentir abandonnée. André a très envie de vivre une belle histoire d’amour mais il craint aussi inconsciemment de s’engager réellement par peur d’être déçu, voire rejeté. Alors il fuit régulièrement l’intimité de cœur que propose la relation. Céline va l’amener à se rencontrer, à aller voir un psy. Il le fait par amour pour elle et en même temps… il n’y arrive pas réellement. La pièce est interactive. Le public en est le 4ème acteur.

 

Happinez : Quelle a été votre approche de metteure en scène pour guider Marie Lise Labonté et Thomas d’Ansembourg dans le rôle du Psy qu’ils jouent en alternance ?

Victoire Theismann : Marie Lise et Thomas ne sont pas des acteurs. Thomas avait déjà joué avec une comédienne dans ses conférences sur le thème de “’Amour en guerre”. Donc, il a été très disponible aux propositions de jeu et d’interprétation, de plus il possède une véritable humilité et il écoute vraiment quand on lui suggère une intention, un déplacement plus cohérent ou plus harmonieux. Marie Lise n’avait jamais joué mais c’est une conférencière qui sait capter l’attention d’une salle et qui, de façon naturelle, séduit son public par sa spontanéité et sa générosité. De plus, l’être humain qui se cache derrière le personnage du Psy se devine en filigrane grâce au texte. Ses répliques trahissent parfois ses états d’être, ses vulnérabilités car c’est un homme comme beaucoup d’autres… Mon rôle a surtout été de les rassurer, de les inviter à s’amuser, à oser, à prendre du plaisir et à ne surtout pas “jouer” mais à être, et les comédiens Camille Bardery et Hervé Pauchon ont été formidables aussi dans l’accompagnement qu’ils ont proposé à Thomas et Marie Lise car c’était une joie pour l’un et l’autre de reprendre le rôle précédemment interprété par Guy Corneau, mais c’était difficile aussi car cela les plaçait de façon évidente face à son absence définitive.

 

Happinez : Au fond, existe-t-il une forme de relation amoureuse qui nous permettrait d’accéder, plus que les autres, à un plein épanouissement de soi-même ?

Oui, comme je le disais plus haut… Apprendre à s’aimer, à mieux s’aimer, à ne pas se juger, à être son meilleur ami, à être profondément exigeant ET bienveillant avec soi, à accepter ses vulnérabilités permet d’être soi et donc de ne pas se sur-adapter à l’autre et aux situations, par peur. Quand on est dans cette vérité d’être avec Soi, alors on peut aimer l’autre dans sa vérité et ne plus l’idéaliser. On peut également l’aimer pour ce qu’il est et la relation devient un espace de découverte et d’évolution commune.

 

Propos recueillis par Aubry François