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À la rencontre de notre conscience illimitée, par le Dr Jean-Jacques Charbonier

Catégorie(s) : Bien-être, Développement personnel, Non classé, Rencontres, Sagesse & spiritualité, Santé

Médecin-anesthésiste-réanimateur, Jean-Jacques Charbonier s’occupe depuis plus de 20 ans de personnes en état de mort imminente qui en reviennent parfois avec le récit d’expériences bouleversantes remettant en cause les conceptions scientifiques actuelles sur notre fin. Le 28 septembre 2019, il participera au colloque “Santé, Méditation et Conscience” (www.sante-meditation-conscience.com) organisé au Grand Rex de Paris par les éditions Guy Trédaniel et l’Université Interdisciplinaire de Paris (UIP), mais nous laisse dès à présent entrevoir les rivages encore inconnus que la conscience humaine semble visiter lorsqu’elle parvient à s’émanciper du filtre analytique qu’est notre cerveau.

 

 

Happinez : À quel moment votre métier a-t-il ouvert une porte vers ces domaines encore inexplorés qui entourent la conscience humaine ?  

Jean-Jacques Charbonier : Quand on est comme moi médecin anesthésiste réanimateur et que l’on semble suffisamment ouvert pour recueillir les étonnants témoignages des personnes qui ont connu un arrêt cardiaque, il est certain que l’on en reçoit beaucoup. Depuis le début de ma carrière, il y a de cela une trentaine d’années, j’ai eu la chance de pouvoir en étudier des centaines. Et parmi tous ces récits, un certain nombre d’entre eux nous  montrent clairement qu’une fois le cerveau mis en pause, ce qui est toujours le cas lors d’un arrêt cardiaque puisque son activité est quasiment nulle dans les 15 secondes qui suivent, notre conscience aurait des capacités inouïes : visions à distance, télépathie, révélations du passé, du futur, perceptions médiumniques, enseignements divers, possibilités de guérison… Bref, des performances qui ne se produisent pour ainsi dire jamais avec un cerveau qui fonctionne activement quand on est éveillé.

Happinez : La conscience ne se situe-t-elle pas uniquement dans le cerveau ?

Jean-Jacques Charbonier : Si on conçoit que c’est le cerveau qui produit la conscience, toutes ces expériences seraient tout simplement impossibles. Par exemple, comment expliquer qu’une personne avec un électroencéphalogramme plat puisse décrire avec force détails les manœuvres de sa réanimation ou une scène se déroulant simultanément à distance de son corps ? Dans ces conditions, si la conscience ne peut se situer dans le cerveau, il ne reste plus qu’à admettre qu’elle soit à l’extérieur de nos petits neurones. La proposition de conscience intuitive extraneuronale (CIE) opposée à une conscience analytique cérébrale (CAC) pour donner un début d’explication à ces expériences vécues lors des arrêts cardiaques a été validée le 15 décembre 2014 dans une thèse de doctorat en médecine que j’ai dirigée puisque celle-ci a reçu la mention très honorable et les félicitations du jury.

Happinez : Vos recherches vous ont montré qu’il nous était possible de vivre une expansion de conscience. Qu’entendez-vous exactement par cette expression ?

Jean-Jacques Charbonier : Notre cerveau agirait comme un filtre réducteur d’informations extérieures ; il se conduirait comme un récepteur qui, en analysant les données, exclurait celles qui ne sont pas conformes à nos apprentissages. La mémoire ne stockerait que ce qui lui semble “convenable“ ; il existe, parmi les personnes ayant vécu une expérience de mort provisoire (ou expérience de mort imminente), 12 à 18 % d’adultes alors qu’il y en a 65 % chez les enfants. Cette différence viendrait du fait que les jeunes cerveaux n’ont pas encore été formatés à exclure les informations dissonantes. En ralentissant l’activité de ce filtre réducteur, comme c’est le cas pendant le sommeil, le coma ou l’arrêt cardiaque, on obtiendrait une expansion de conscience. L’hypothèse d’atteindre cette expansion de conscience en ralentissant l’activité analytique du cerveau est réalisée dans les ateliers de Trans Communication Hypnotiques que je propose depuis plus de 4 ans. Ces séances collectives durent plus de 3 heures (dont une heure vingt d’hypnose) et regroupent une quarantaine de personnes. La suggestion est celle de la séquence évènementielle classique de l’expérience vécue en arrêt cardiaque mais la plupart des expériences surviennent pendant les 35 minutes d’hypnose où je reste muet. On retrouve dans nos résultats des témoignages aussi puissants que dans les NDE : bouleversements de vie, guérisons inexpliquées de pathologies chroniques, apaisement des douleurs du deuil, télépathie, vision à distance, médiumnité, perception du futur, revues de vie, etc. Nous disposons aujourd’hui de plus de 10 000 questionnaires remplis par les personnes qui ont participé à ces ateliers de TCH.

Happinez : Pratiquez-vous la méditation ? Comment vous y prenez-vous pour dépasser les barrières du mental ?

Jean-Jacques Charbonier : Au cours de la journée, beaucoup de personnes méditent sans le savoir. Elles se connectent à leur conscience intuitive extraneuronale et reçoivent des informations pendant quatre ou cinq secondes mais sont bien incapables de les mémoriser car leur conscience analytique cérébrale les censure sans même qu’elles s’en rendent compte. Durant ces courts moments, la personne est figée, a les yeux grands ouverts et le regard fixe. Cette attitude particulière est très fréquente chez les enfants car, comme je l’ai déjà écrit plus haut, nos chérubins ont une conscience intuitive extraneuronale beaucoup plus développée que celle des adultes. Quand ils sont dans ces situations, ils se font généralement interpeler par un parent ou un ami qui les observe : « Tu es encore dans la lune, à quoi tu penses ? – À rien… » Bien sûr à rien, quand on est en CIE, on ne pense à rien, on n’analyse rien puisque c’est le mode réception qui est activé. Un deuxième moyen d’apprendre à maitriser sa conscience analytique cérébrale est de savoir prolonger ces instants privilégiés qui arrivent parfois dans la journée. Dès que l’attitude et le regard se figent, il faut tenter de maintenir ce moment le plus longtemps possible et s’efforcer ensuite, mais ensuite seulement, de mémoriser les informations reçues.

On peut aussi induire soi-même ce ralentissement de conscience analytique cérébrale. Pour ce faire, il faut s’isoler dans un endroit calme où on ne risque pas d’être dérangé. Ce peut être chez soi ou en pleine nature. La position est allongée ou alors assise, le dos droit, la tête étant maintenue haute et dans le prolongement du dos. Les bras, les mains et les jambes sont décroisés. Les membres supérieurs sont le long du corps ou posés sur les cuisses ou sur les accoudoirs d’un fauteuil. Les paumes des mains sont dirigées vers le haut. Les jambes peuvent être allongées ou repliées sous les fesses en position de lotus ou encore être légèrement fléchies si les pieds sont posés à plat sur le sol. Les mâchoires sont relaxées, les dents ne se touchent plus. Toute la musculature du corps est relâchée. C’est comme si les épaules tombaient. La respiration est abdominale ; le ventre se gonfle à chaque inspiration. Elle est calme et lente. Pour s’aider à ralentir sa respiration, on fera en tout début de séance une dizaine de respirations amples, profondes et lentes. On inspire profondément par le nez en comptant mentalement 1,2,3… on bloque en haut une petite seconde… et on expire par la bouche. Tout l’air stocké sort doucement des poumons en comptant 1, 2, 3, 4, 5. On peut faire ces deux mouvements respiratoires par la bouche si on est gêné au niveau du nez (rhume ou polypes). Cette hyperventilation provoque une baisse du taux de CO2 dans le sang artériel qui induira une diminution de la fréquence respiratoire par la mise en route d’un réflexe bulbaire cérébral.

Le regard se fixera sur un objet qui sera de préférence animé d’un mouvement lent et continu ; par exemple la flamme d’une bougie, les feuilles ou les branches d’un arbre agitées par le vent ou encore les vagues de la mer. Au bout d’un certain temps, les objets fixés deviendront flous et disparaitront. La connexion à la conscience intuitive extraneuronale sera alors établie.

 

Propos recueillis par Aubry François

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