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Christophe André : Prendre le temps de méditer

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Psychiatre à l’hôpital Saint Anne (Paris), Christophe André a été l’un des premiers médecins à proposer à ses patients des approches de méditation laïque. C’est à l’occasion de la sortie de son livre Le temps de méditer (publié en juin aux éditions l’Iconoclaste et France Inter) que l’auteur de nombreux best-sellers comme L’estime de soi ou Imparfaits, libres et heureux a accepté de partager avec nous son regard sur la méditation et quelques clés pour découvrir cette pratique.

Happinez : Comment définiriez-vous la méditation ?

Christophe André : Il existe mille et une manières de définir la méditation, mais la plus simple, et peut-être la plus juste, est de la comprendre comme un entraînement de l’esprit. Un entraînement qui va nous aider à cultiver des capacités psychologiques telles que l’attention, l’équilibre émotionnel, le recul, le calme intérieur, la lucidité sur nous-même et le monde, la tolérance, la bienveillance…

On parle de LA méditation, mais on devrait dire LES méditations, tant il en existe de nombreuses formes. Cependant, lorsqu’on parle aujourd’hui de méditation, sans plus de précision, c’est de pleine conscience qu’il s’agit…

La méditation de pleine conscience (en anglais mindfulness) est la codification contemporaine d’un ensemble de techniques issues de la tradition bouddhiste Vipassana. Elle repose sur une base très simple : se rendre présent à l’instant et prendre conscience, attentivement, de l’ensemble de ce que nous sommes en train d’éprouver, que cela soit agréable (la méditation nous aide à mieux savourer la vie) ou désagréable (elle nous aide à mieux comprendre et traverser nos souffrances).

Trois points expliquent le très grand succès actuel de la méditation de pleine conscience : 1) il s’agit d’une méthode laïque, 2) elle est simple d’accès et d’apprentissage, 3) elle est validée par la recherche scientifique.

 

Happinez : Quels sont les bienfaits de cette pratique ?

Christophe André : Les traditions, et aujourd’hui les études scientifiques, disent que méditer nous aide à aller vers plus d’apaisement et plus de discernement. Les termes sanscrits qui désignent ces deux dimensions, et que vous avez peut-être déjà entendus, sont : samatha et vipassana. Samatha signifie « demeurer dans le calme » et vipassana « vision profonde, vision pénétrante ».

Pourquoi travailler à s’apaiser ? Parce que notre stress, nos émotions, nos excitations peuvent parfois nous faire souffrir ou commettre des erreurs. Et que, comme vous le savez, il n’est pas si simple de s’apaiser quand la vie et l’adversité nous bousculent. Notre cerveau n’est pas équipé d’un bouton “stop” qui nous permettrait d’arrêter net son emballement. Nous devons apprendre l’art et la manière de nous apaiser progressivement, par nous-même.

Et pourquoi travailler au discernement ? Parce que notre intelligence peut être parasitée par nos émotions, comme chacun sait. Mais aussi parce que nous vivons trop souvent dans la précipitation, l’accélération, la confusion, et que nous ne prenons pas assez le temps de réfléchir avec calme et recul.

Par ailleurs, on s’est aperçu récemment que méditer régulièrement est bon pour la santé : cela améliore l’immunité, freine le vieillissement cellulaire, combat les phénomènes inflammatoires, et facilite toute une cascade de mécanismes biologiques favorables.

 

Happinez : Auriez-vous trois conseils pour commencer à méditer ?

Christophe André : D’abord, tout au long de la journée, régulièrement s’arrêter et ne rien faire. Lâcher les actions et les distractions, lâcher les écrans, et se poser pour simplement se sentir exister. S’asseoir les pieds à plat au sol, se tenir droit, mains sur les cuisses, et se sentir respirer. Suivre son souffle, observer ses mouvements, chaque inspiration, chaque expiration, sans poursuivre aucun objectif particulier, juste se sentir respirer. Et observer ce qui se passe alors…

Ensuite, s’efforcer d’agir souvent en pleine conscience dans la journée  : ne faisant qu’une chose à la fois, tranquillement, pleinement. Lorsqu’on marche, lorsqu’on conduit, lorsqu’on mange, lorsqu’on parle à quelqu’un : aligner son esprit avec son corps. Souvent, notre corps est là mais notre esprit est ailleurs, parti dans ses soucis, ses préoccupations, absorbé par l’instant d’après ou songeant à l’instant d’avant. Toutes les fois où nous sommes pleinement présents à l’instant en cours, nous vivons mieux et nous faisons mieux ce que nous avons à faire…

Enfin, à chaque mouvement émotionnel, émotion agréable ou émotion désagréable, s’arrêter pour la vivre en pleine conscience : en prenant conscience de ce qui se passe alors, dans notre corps, nos pensées, nos impulsions. Pour les moments agréables, prendre conscience du bien-être, le faire descendre profondément en nous à chaque inspiration, le savourer de toutes nos forces, avec tout notre corps, et pas seulement de manière intellectuelle : transformer un instant agréable en expérience de bonheur, même fugace. Pour les moments difficiles, procéder de même, observer comment notre corps réagit, quelles pensées nous habitent, quelles impulsions sont en train de naître ; respirer alors avec tout ça, le temps de s’apaiser un tout petit peu, et de mieux voir que faire qui soit adapté et non destructeur…

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Sandrine Roudeix