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Trouver sa voie commence par un changement de regard

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Philosophie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité

Sébastien de Fooz propose des formations et des ateliers afin de renouer avec sa propre motivation à travers la question du sens. Dans cette chronique, le conférencier, entrepreneur social et auteur du livre Partir chez soi (éditions Racine) se confie sur sa propre expérience de ce thème existentiel. Il nous parle de ses voyages, de Saint-Jacques-de-Compostelle à Jérusalem, qui sont parfois devenus des errances, notamment lorsqu’il est parti sillonner sa propre ville, Bruxelles, traversant dans ces pérégrinations urbaines beaucoup de lumières et d’ombres pour peut-être trouver, de visage en visage, un baume d’humanité à poser sur ses doutes.

En 1998, je me suis mis à arpenter les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle. Je cherchais quelque chose, mais je n’arrivais pas à nommer ce que c’était. C’était une aspiration supérieure : la quête ultime de découvrir des territoires intérieurs encore inexplorés. La traversée des paysages menant vers la ville mythique deviendra vite une exploration de paysages autrement plus vertigineux, car verticaux, ceux-ci. C’est l’axe des résistances et des peurs, mais aussi de l’envolée spirituelle. Pas à pas, je me suis rapproché du centre de convergence entre horizontalité et verticalité. Et ce point de rencontre est un espace de liberté rempli d’amour. Sept ans plus tard, je repartirai à pied, cette fois-ci pour Jérusalem. Expérimenter l’abandon pour vivre la confiance deviendra ma voie. Ce chemin de l’incertain menant au Proche-Orient est une découverte de tant de territoires, de paysages, de fractures où, de part et d’autre de celles-ci, des personnes me mettent en garde pour la suite. Ces personnes symboliseront mes difficultés à progresser toujours plus loin vers la liberté intérieure. La liberté peut faire peur, car elle nous renvoie à ce que nous sommes, bruts de décoffrage. Lorsque j’ai arpenté les plaines arides du haut plateau d’Anatolie en plein été pendant 44 jours, les paysages homéostatiques m’ont renvoyé à de l’isolement extrême, à mon propre désert.

L’année dernière, j’ai extrapolé cette aventure à ma propre ville, Bruxelles. Pendant un mois, je suis parti de chez moi sans rentrer le soir, sans rien programmer, prévoir, organiser… Le but étant de maintenir ce regard bienveillant en toutes circonstances et de considérer toute forme de résistance éprouvée comme une direction à explorer. Pour la première fois, je progresse dans un environnement que je connais, en changeant mon rapport à celui-ci et sans avoir de direction. Ce sera une importante confrontation avec moi-même que de garder de la confiance et de rester bienveillant dans une telle situation. Cela me plongera dans une grande vulnérabilité permettant de ressentir les fractures urbaines issues de toutes ces réalités qui se frôlent mais qui ne se rencontrent pas. Dans les interstices se nichent le vide, les peurs, le ressentiment et l’indifférence. Ce voyage urbain deviendra l’expérience d’un funambule qui s’aventure sur une corde surplombant le gouffre, entre errance et quête de sens. Le changement de regard deviendra le moyen de combler le vide et de trouver du sens là où il n’y en a pas. Je ne suis jamais parti aussi loin qu’en découvrant que tant de visages rencontrés auront la même incidence que ces paysages traversés lors de lointains périples. La bienveillance m’a permis de déconstruire mes propres barricades. Trouver sa voie commence par un changement de regard.

Sébastien de Fooz

 

Visuel © Mungyu Kim / Unsplash

 

Chronique extraite de la revue CHEMINS n°2 « Trouver sa voie »

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Portrait © Jessica Hilltout