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S’affranchir de nos traumatismes grâce à l’art-thérapie

Catégorie(s) : Bien-être, Développement personnel, Livres, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Artiste plasticien, auteur de documentaires et psychanalyste, Alain Dikann est également praticien et formateur en art-thérapie, discipline qu’il enseigne notamment à l’Université de Strasbourg et à laquelle il a contribué à travers le concept de “Land Art-thérapie”. Dans son nouveau livre ”Expression créatrice et résilience” (Grancher), il nous révèle comment l’art-thérapie peut nous aider à soigner les traumatismes que nous avons pu être amenés à vivre.

Happinez : Que peuvent occasionner les grands traumas dont nous sommes parfois victimes au cours de notre existence ?

Alain Dikann : Aujourd’hui, dans le monde, environ une personne sur deux subit un traumatisme au cours de son existence – inceste, viol, agression, accident, maladie grave, guerre… Le traumatisme est, par définition, lié à un évènement extraordinaire durant lequel l’intégrité physique et/ou psychique d’une personne est menacée. Ce processus parasite l’organisation et la construction psychique et crée un phénomène de dissociation. Ainsi, toute personne qui a vécu un événement traumatique extrême aura tendance à se couper des autres. Dans le cas d’un syndrome de stress post-traumatique, l’individu, dont le psychisme est incapable d’intégrer son trauma, se retrouve hanté en permanence par la reviviscence de son vécu traumatique.

Happinez : Que propose aujourd’hui la médecine occidentale traditionnelle face à ces symptômes ?

Alain Dikann : Aujourd’hui encore, les moyens thérapeutiques à mettre en œuvre pour soigner le trouble lié à un vécu traumatique demeurent l’objet de débats. En règle générale, le travail thérapeutique a pour principal objectif d’aider la personne à intégrer ce trauma dans son propre schéma personnel en le délimitant, afin qu’elle puisse enfin trouver un nouveau sens à sa vie. Parmi les principaux traitements, il y a les psychothérapies “classiques”, les thérapies cognito-comportementales – complétées par différentes techniques telles que la méditation en pleine conscience, la sophrologie, et l’EMDR (technique de désensibilisation par mouvements oculaires et reprogrammation) –, la thérapie psycho-dynamique, ou encore la psychanalyse.

Happinez : En quoi l’art-thérapie peut-elle apporter une réponse plus adaptée à ces traumatismes ?

Alain Dikann : Il n’existe pas de traitement standard pour soigner un traumatisme sévère. Si les approches psychothérapeutiques sont fiables, elles peuvent aussi s’avérer limitées parce qu’elles sont basées sur l’expression verbale. Il est donc nécessaire que le traitement des troubles post-traumatiques soit multimodal. Ainsi, en complément d’une psychothérapie, l’art-thérapie permet à la personne psychotraumatisée, grâce au processus de création, de s’exprimer sur son trauma sans avoir recours à la verbalisation orale. De plus, la créativité et l’acte de créer favorisent la résilience. En exprimant esthétiquement ses émotions et affects en liaison avec son traumatisme, la personne peut historiser son expérience traumatique puis enfin s’inscrire à nouveau dans la vie.

Happinez : Chacun d’entre nous ayant des modes d’expression différents, quelles activités de création inclut l’art-thérapie ? 

Alain Dikann : Avant toute chose, l’expression créatrice doit se faire dans le cadre d’un atelier d’art-thérapie animé par un art-thérapeute certifié, possédant une très bonne connaissance de la clinique traumatique. Différentes médiations artistiques peuvent être proposées : les arts plastiques et visuels – peinture, dessin, collage, modelage, photographie –, la dramathérapie (théâtre thérapeutique), la danse-thérapie, la musicothérapie mais aussi l’écriture thérapeutique et le Land Art. Précisons enfin que l’art-thérapie s’adresse à tout le monde, ne demande ni pratique, ni connaissance artistique. En séance d’art-thérapie, il n’est pas question d’apprentissage mais uniquement d’expression, en s’appuyant sur le potentiel créatif de la personne psychotraumatisée.

 

Propos recueillis par Aubry François