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Sabrina Philippe, le véritable sens de la rencontre avec soi

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Psychologie, Rencontres, Sagesse & spiritualité

« Science de l’âme »… Avec une telle étymologie, on se demande pourquoi la psychologie ne s’associe pas plus souvent à la spiritualité. C’est justement ce que Sabrina Philippe, psychologue, rédactrice et chroniqueuse (notamment sur France 2 et Europe 1) réalise à travers ses livres Tu verras les âmes se retrouvent toujours quelque part (Éditions Eyrolles, 2017), Petit manuel de navigation pour l’âme… de la part d’un gardien de phare (2018) ou encore Et que nos âmes reviennent (Flammarion, 2019). Cette année, elle se penche sur le marché juteux et parfois peu scrupuleux du développement personnel. Dans ce miroir aux alouettes que nous tendent quelques egos en mal de reconnaissance, se reflète, par exemple, Sophia. L’aventure que va vivre ce personnage dans le roman Un développement très personnel (également chez Flammarion) va lui permettre de comprendre le véritable sens de la rencontre avec soi.

Happinez : Votre héroïne, Sophia, est loin d’être un symbole d’échec. En quoi peut-on pourtant dire qu’elle s’est trompée ?

Sabrina Philippe : On peut même dire qu’elle est un symbole de réussite, elle en a tous les attributs extérieurs. Mais la réussite extérieure ne signe pas toujours l’accomplissement. En réalité, elle se ment, s’oublie, se néglige, se maltraite même, sans en avoir conscience. Dans le tourbillon du succès, elle a oublié l’essentiel, elle-même.

Et puis, elle est l’esclave de son ego, ce que dans ce roman j’appelle l’ego altruiste. Elle est persuadée qu’elle contribue au bien être des autres et même de l’humanité, mais en réalité elle utilise cette fameuse « mission » pour servir sa propre cause, son ego, et son portefeuille… Alors qu’est-ce que la réussite finalement, briller dans les yeux des autres ou se connecter à notre lumière intérieure ?

 

Votre roman remet en question toutes ces méthodes de développement personnel qui font florès de nos jours…

Clairement, d’où le titre, Un développement très personnel. Aujourd’hui, c’est un peu la foire à tout, aux coachings peu scrupuleux, aux dérives spirituelles qui sont parfois dangereuses. Chacun y va de sa recette miracle, et ce roman en montre les limites. Il en montre aussi le côté lucratif, c’est devenu un énorme business. En tant que psychologue appartenant à un ordre qui a une déontologie, je suis souvent écœurée par ces pratiques qui surfent sur la souffrance. Alors autant le dire : il n’existe aucune méthode miracle, la clé se trouve au fond de vous-même, elle commence par une sérieuse remise en question et se termine par une main tendue. Car ne l’oublions pas, et c’est l’un des messages essentiels de ce roman, que vaut notre mieux-être personnel s’il n’est pas utilisé pour transmettre à notre tour ? Le défi est sans doute, plus encore à notre époque, de sortir du « personnel » pour tendre vers « l’universel ».

 

Vous donnez une place assez importante aux Évangiles dans votre livre. Quel regard portez-vous sur cette source religieuse ?

J’ai étudié beaucoup de textes religieux de sources différentes. Ils portent tous le même message, que ce soit le Coran, la Bible, la Torah et même l’enseignement de Bouddha. Dans les Évangiles, il est un peu plus abordable. Ces textes montrent le chemin vers soi-même pour se connecter au divin. Ils détaillent les différentes étapes pour que l’homme « animal » s’élève vers une conscience supérieure. Chaque phrase porte un sens caché extrêmement puissant. Alors dans ce roman, j’ai tenté également d’induire un sens caché, qui peut-être parlera à l’inconscient avant même que la conscience ne s’en empare. Il y a bien une histoire, une intrigue, mais chaque chapitre détaille aussi, au travers des aventures que va traverser l’héroïne, les différentes étapes de l’élévation spirituelle. Un petit indice pour les lecteurs, les prénoms des protagonistes… Pierre, Marie, Thomas, ils n’ont pas été choisis par hasard.

 

Vous évoquez la thérapie assistée par l’animal, spécialité que vous avez développée à une époque de votre carrière. Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

J’ai choisi d’être psychologue pour pouvoir développer cette forme de thérapie très novatrice au début de ma carrière, surtout avec les chiens. Elle était inexistante en France, contrairement aux pays anglo-saxons. Puis, en tant qu’enseignante en psychologie, j’ai suivi les recherches de certains de mes étudiants qui s’intéressaient aussi à la thérapie assistée par l’animal.

Les choses ont un peu évolué mais il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine. Seule l’équithérapie s’est réellement développée.

La plupart des entreprises menées avec des chiens le sont sous forme associative et bénévole, alors avec le temps, les enthousiasmes s’épuisent… Et pourtant, de nombreuses études démontrent que la médiation par l’animal comporte de grands bénéfices, surtout avec les enfants. Le chien, qui de plus est un animal accessible et que l’on peut aisément déplacer, est vecteur de vie, notamment dans le milieu hospitalier. Il permet également à l’enfant de verbaliser, de se socialiser. Peut-être que ce livre contribuera à de nouvelles initiatives, qui sait ?

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Roberto Frankenberg – Flammarion