Article

Les conseils santé du Dr V. : Réconcilier la vie et la mort

Catégorie(s) : Bien-être, Contes, poésie..., Développement personnel, Le Coeur, Non classé, Sagesse & spiritualité, Santé, Tribune

Chères lectrices, chers lecteurs, après d’interminables recherches centrées sur la pleine inconscience et les mystères de la création, après un long périple galactique au volant de mon cabinet médical nomade, me voici parmi vous avec un objectif ambitieux : redonner du volume et de la saveur à l’existence. Première urgence : réparer les articulations blessées, et elles sont nombreuses. En effet, depuis quelques centaines d’années, nos mondes à la pointe du progrès s’emploient, sans relâche, à séparer – l’ombre et la lumière, la tête et les pieds, l’humain et la nature, la littérature et les mathématiques, le dessin et l’écriture, l’individu et le collectif… Désormais intériorisées, ces ruptures structurent notre réel. Mais elles l’appauvrissent aussi considérablement, et nous fragilisent. Alors, puisqu’il faut commencer quelque part, je vous propose, ce mois-ci, de recoudre la vie et la mort.

Je suis sidérée de voir à quel point ces deux-là se sont désimbriquées : dans toutes les bouches, sur toutes les ondes, la mort se présente comme un événement problématique, anormal, étranger. Vous ne trouvez pas ça fou ? En l’espace d’un siècle, les corps froids ont quitté nos foyers, les cimetières nos centres-villes, la mort elle-même est devenue rupture : là où elle était intégrée aux mouvements de la vie, et, d’une certaine manière, facile, elle est aujourd’hui extraordinaire. Exclue de nos sociétés marchandes dont la seule compétence est d’organiser les vivants (en bonne santé), la mort est inacceptable. Privées de mythologie, de récits familiaux, de rituels, nos mœurs laïques sont démunies face à ce désordre insoutenable qui nous arrache au confort, nous jette dans l’irrationnel et le chaos…

Chères lectrices, chers lecteurs, ne serait-il pas temps de reprendre la mort en mains ? De l’accueillir, de l’apprivoiser, de lui donner une place parmi les vivants ? Ne serait-il pas temps, par exemple, de réintégrer dans notre quotidien ceux qui sont proches de la mort ? Je songe à nos vieux, ceux qu’on regroupe au sein d’îlots hermétiques, qu’on branche aux téléviseurs et aux médicaments, ceux qui trouvent normal d’être écartés de la société, bien conscients qu’ils la dérangent. Je songe à ceux parmi eux, encore nombreux, qui ont connu cette époque où la mort était familière, et qui se préparent à partir en se moquant doucement de l’injonction moderne à sauver des vies. Pourquoi se prive-t-on de ce vaste puits de sagesse qui s’éteint en silence ?

N’ayant pas de réponse nette à ces questions, je vous prescris ce mois-ci quelques actions simples :
1/ Demandez à une personne très âgée de vous raconter ses expériences liées à la mort.
2/ Prenez l’habitude de fêter les anniversaires de quatre à six ancêtres de votre choix.

Bon rétablissement,

Dr. V.