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Le jeûne – Cure de légèreté

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Toutes les grandes religions du monde et de nombreux gourous modernes de la santé se rejoignent sur ce point : le jeûne est bon pour le corps et pour l’esprit. Nous avons donc voulu en savoir plus sur les effets produits lorsque nous renonçons consciemment à (une partie de) notre pain quotidien.
Extrait du dossier Le jeûne dans Happinez 53 – Se retrouver
Texte Hanny Roskamp Photo Rachael Gorjestani/Unsplash

En lisant le mot “jeûne”, vous aurez sans doute immédiatement pensé au fait de maigrir ou de retrouver la forme. Toutefois, dans les grandes religions du monde, cette pratique est avant tout un moyen de revenir à soi et de faire le point sur sa vie. Les musulmans observent le ramadan, mois durant lequel, selon les principes du Prophète, ils ne peuvent ni boire ni manger entre le lever et le coucher du soleil, pour se purifier l’esprit et pour atteindre un approfondissement spirituel. De même, les juifs ont plusieurs jours de jeûne pour commémorer des événements de leur histoire. Enfin, les chrétiens célèbrent de leur côté le carême dans les semaines qui précèdent la fête de Pâques, en hommage à Jésus qui a lui-même jeûné pendant quarante jours dans le désert.

Confiance, volonté et discipline
À l’origine, pendant le carême chrétien, on ne mangeait qu’après le coucher du soleil. Aujourd’hui, ce jeûne est surtout une question de sobriété : ne pas grignoter, ne pas fumer, ne pas boire d’alcool et ne pas trop manger. Les hindous et les bouddhistes jeûnent eux aussi. Les grandes religions peuvent être en complet désaccord sur de nombreux points, mais elles s’entendent néanmoins raisonnablement pour dire que la luxure corrompt l’homme, raison pour laquelle chacune prône l’ascèse dans le but de parvenir à un mode de vie pur en limitant la tentation et en appliquant l’autodiscipline. La chasteté en est une déclinaison, le jeûne également. Si votre corps est un temple, le jeûne est le balai pour y faire le ménage. Peut-être vous demandez-vous comment la faim – inhérente à cette pratique – peut vous aider à atteindre une conscience plus profonde. Le corps ressent l’absence de nourriture comme une menace et vous le fait savoir : votre estomac commence à gronder, vous tremblez éventuellement ou vous vous sentez affaibli. Lorsque l’on a faim, on ne pense plus qu’à une seule chose : manger. L’esprit est fort, mais l’appel du ventre encore plus. Il faut énormément de volonté et de discipline pour ignorer les appels de détresse de votre corps. Lorsque l’on jeûne, il faut avoir confiance en sa survie.
Vous pouvez trouver cette confiance, cette volonté et cette discipline en vous tournant vers quelque chose de plus élevé et de plus fort que vous : le divin. Ce n’est qu’avec ce soutien que vous pourrez surmonter votre faiblesse humaine.
De plus, cette expérience vous enseigne l’humilité. En tant qu’être humain, vous n’y arriverez pas seul. Cette prise de conscience confère une grande force.

“Si votre corps est un temple, le jeûne est le balai pour y faire le ménage.“

Le jeûne moderne
À notre époque d’abondance, l’ascèse est un mot presque oublié. Nous mangeons, nous buvons et nous nous abreuvons de réseaux sociaux jusqu’à plus faim ni soif à longueur de journée. Nous avons presque érigé la bonne chère en religion. Nos divinités s’appellent désormais chocolat noir d’origine, merlot, avocat, gin-tonic et Instagram. Les chefs sont les nouveaux prédicateurs et les restaurants font salle comble le samedi tandis que les églises sont désertées le dimanche. Des bibles culinaires trônent sur nos tables de chevet et nous parlons de “péchés mignons” lorsque nous avalons quelque chose de nocif, mais d’irrésistible.
Jadis, la nourriture était plus rare et l’on se montrait reconnaissant lorsque l’on avait de quoi manger – « Seigneur, bénissez cette table et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas, amen. » Aujourd’hui, on se fend simplement d’un « bon appétit ! », avec un point d’exclamation. Le plaisir est le nouveau Graal, il a remplacé la foi. Mais même si la ceinture se relâche après le repas, toute cette ripaille n’est pas en mesure de combler le vide intérieur. Céder constamment aux désirs ne rend pas plus heureux, mais nous rapproche de l’obésité et de la dépression.
Cela expliquerait-il le succès actuel du “jeûne intermittent” ? Est-ce pour cela que tant de personnes cherchent aujourd’hui de nouvelles formes d’ascèse ? Le défi du dry january – janvier sans alcool – n’est rien d’autre qu’une façon moderne de jeûner. Tout comme se déconnecter des réseaux sociaux pendant
un mois. C’est une quête de pureté et de simplicité, laissant davantage de place à la spiritualité et aux “vrais” contacts.
Les végans qui cessent de manger des produits d’origine animale ne le font pas pour maigrir. Leur démarche repose sur une conscience morale fortement ancrée de la valeur et des droits des animaux. Elle témoigne d’un désir profond de devenir un meilleur être humain en traitant différemment les animaux, même si cela implique de renoncer au morceau de fromage qui vous faisait tant saliver. De plus en plus de personnes se rendent dans les monastères pour une retraite où elles se défont de leur smartphone, méditent pendant des heures et se sustentent de repas frugaux. Vous avez le choix : céder aveuglément à vos désirs ou ressentir en pleine conscience ce qui se passe lorsque vous y résistez. La première option vous offre une satisfaction instantanée, la seconde une satisfaction et un bonheur à long terme.

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