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Dr. Richard Davidson : les bienfaits de la méditation sur le cerveau et le corps validés par la science !

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Chercheur en neurosciences, professeur de psychologie et enseignant à l’Université du Wisconsin (Madison), Richard Davidson a notamment fondé le Center for Investigating Healthy Minds, qui se consacre à l’exploration des facultés positives de l’Homme, telles la bienveillance et la compassion. Participant au colloque “Santé, Méditation et Conscience” (www.sante-meditation-conscience.com), organisé le 28 septembre 2019 au Grand Rex de Paris par les éditions Guy Trédaniel et l’Université Interdisciplinaire de Paris (UIP), il nous rapporte dans cette interview exclusive ce que son expérience personnelle et ses nombreuses recherches – notamment auprès du Dalaï Lama et de Matthieu Ricard – lui ont appris des effets bénéfiques de la méditation sur le cerveau et le corps.

Happinez : La méditation peut-elle être étudiée d’un point de vue scientifique ?

Richard Davidson : De plus en plus de preuves suggèrent que la méditation, qui constitue une famille d’exercices mentaux, peut aider à promouvoir différents aspects du bien-être. Il n’y a rien de mystérieux non plus concernant la façon dont ces exercices peuvent affecter notre cerveau et notre corps. C’est pour cela que, comme tout autre type de processus mental, ils peuvent être explorés par la science.

Happinez : N’est-ce pas Sa Sainteté le Dalaï-Lama qui vous a poussé, au début, dans cette direction ?

Richard Davidson : Oui, à vrai dire, Sa Sainteté le Dalaï-Lama a été une inspiration, un catalyseur. Il nous a demandé d’utiliser les outils de la science moderne pour étudier la méditation. Mais il a également été prudent en disant « utilisez les outils scientifiques les plus rigoureux, et si vous trouvez – et seulement si vous trouvez – que ces techniques ont de la valeur, alors diffusez-les ». Il avait donc adopté, dans sa requête, une posture très scientifique.

Happinez : Pouvez-vous résumer les principales conclusions des études que vous avez menées et auxquelles ont participé des méditant expérimentés comme Matthieu Ricard ?

Richard Davidson : Eh bien, nous avons maintenant les résultats de beaucoup d’études. Nous nous sommes intéressés aussi bien aux personnes pratiquant la méditation sur le très long terme qu’à celles qui ne faisaient que commencer, voire à celles qui méditaient pour la première fois, à titre de comparaison. Nos conclusions générales montrent que la méditation change effectivement le cerveau, et que le type de méditation mis en œuvre compte aussi. Chaque type de méditation a ses effets. Nous avons également conclu que la pratique régulière de la méditation est essentielle et que les changements que nous observons chez un individu qui médite ne sont pas les mêmes que ceux constatés chez les novices. Le nombre d’heures qu’il y consacre nous permet par ailleurs de prédire l’ampleur des changements que nous enregistrerons ensuite dans son cerveau !

Happinez : Vous dites que chaque type de méditation apporte différents résultats. Pouvez-vous développer ?

Richard Davidson : Deux formes de méditation sont plus couramment enseignées et pratiquées en Occident. L’une est la méditation de pleine conscience et l’autre une méditation de compassion. Nous-mêmes, ainsi que d’autres scientifiques, avons noté que la méditation de pleine conscience a tendance à avoir un impact sur les réseaux du cerveau qui jouent un rôle important dans la régulation de l’attention, alors que la méditation empreinte de compassion touche des réseaux du cerveau liés à l’émotion et à l’empathie. Ces deux formes de méditation impliquent donc différents réseaux cérébraux.

Happinez : Avez-vous mesuré d’autres impacts de la méditation sur le cerveau ?

Richard Davidson : L’un des domaines d’investigation les plus passionnants est l’âge cérébral. Si vous prenez un large échantillon d’individus et que vous calculez – par des mesures objectives qui peut être dérivées à partir d’une analyse IRM, sans aucune interprétation subjective, car elles sont basées sur des modèles anatomiques – leur âge cérébral, vous verrez qu’en moyenne l’âge de leur cerveau est fortement corrélé à leur âge chronologique. Mais chez certains, ce n’est pas le cas. Leur cerveau peut vieillir plus vite ou plus lentement. Vous aurez par exemple une personne de 60 ans dont le cerveau aura l’air d’avoir 75 ans et une autre du même âge dont le cerveau ressemblera à celui d’une personne de 45 ans. La méditation ralentit donc le vieillissement du cerveau et ceux qui méditent sur le long terme ont un cerveau plus jeune que ne le laisse supposer leur âge chronologique.

Happinez : Cette relâche du vieillissement cérébral a-t-elle été observée dans d’autres domaines, par exemple chez les scientifiques de haut-niveau, les joueurs d’échecs ou les personnes ayant des activités intellectuelles, ou s’agit-il d’un effet propre à la méditation ?

Richard Davidson : C’est une excellente question. Et la réponse est la suivante : nous ne le savons pas pour le moment. Parce qu’on n’a pas assez étudié ces différentes populations. Il se peut donc bien que cela ne soit pas spécifique à la méditation et qu’il existe peut-être toute une gamme d’activités différentes qui favorisent l’épanouissement et conduisent toutes à un ralentissement du vieillissement du cerveau.

Happinez : Après toutes ces expériences et vos nombreuses années de pratique, quel est votre avis sur la méditation ?

Richard Davidson : J’en suis un grand partisan. Sur la base de ma propre pratique habituelle, je pense que la méditation peut être extrêmement précieuse pour tout le monde. Il n’est pas nécessaire d’en faire beaucoup, mais il faut s’y livrer quotidiennement. C’est presque une question de santé publique. Par exemple, quand les êtres humains ont évolué pour la première fois sur cette planète, aucun d’eux ne se brossait les dents. Aujourd’hui, ce comportement est clairement acquis, car nous avons compris toute son importance pour notre hygiène personnelle. La méditation n’est pas différente. Nous parlons de simples exercices que nous pensons utiles pour l’hygiène mentale d’une personne. Et je crois que si les gens passaient chaque jour autant de temps à s’occuper de leur tête qu’à se brosser les dents, ce monde serait alors vraiment différent. Pour ma part, je médite tous les jours, c’est une partie très importante de ma vie et j’ai différents types de pratiques : certaines visent à renforcer la conscience et d’autres mettent en œuvre la compassion et la gentillesse.

Happinez : Vous diriez donc que la méditation peut réellement profiter à toute la société ?

Richard Davidson : C’est même certain. Les difficultés fondamentales de notre société sont dues aux problèmes de l’esprit humain, sa cupidité, son égocentrisme. Les divisions que nous observons entre les groupes humains et les mauvais traitements infligés à l’environnement y sont aussi liés. Et ce sont des obstacles que nous pouvons traverser en nous formant tous à la méditation. Pour reprendre l’image précédente, j’irais jusqu’à dire que la plupart des gens, lorsqu’ils y réfléchissent vraiment, pensent que leur mental est bien plus important que leurs dents. Et c’est quelque chose que je me suis donné comme mission : changer cet état de fait.

Happinez : La méditation aurait-elle sa place dans les écoles ?

Richard Davidson : Absolument ! L’une des choses fondamentales que nous savons, et ce de façon certaine, c’est que la méditation peut améliorer la concentration. Et la concentration est la pierre angulaire de toutes les autres formes d’apprentissage. Ne pas permettre à nos enfants de tirer parti de ces bienfaits est un scandale inexplicable. Nous avons les moyens d’instaurer la pratique de la méditation dans les écoles et, selon moi, c’est même une obligation morale.

 

Propos recueillis par Jean Staune

© Muhammed Fayiz/Unsplash