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Découvrez le « sisu » ou la voie finlandaise du bonheur

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Nature, Philosophie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Revenue en Finlande, terre de ses parents, pour traverser une profonde dépression, la journaliste canadienne Katja Pantzar découvre le sisu, une ancienne philosophie fondée sur le courage, l’intégrité et l’espoir. Dans son livre « Les Finlandais sont des gens heureux », elle partage les clés pratiques de cet art de vivre qui lui a permis d’aller à l’essentiel, de se retrouver elle-même et de vivre la joie au quotidien.

Happinez : Comment décririez-vous votre ancienne vie, au Canada ?

Katja Pantzar : Même si de nombreuses opportunités s’offraient à moi, et que je disposais de beaucoup de ressources, j’avais des difficultés à trouver l’équilibre dans ma vie. Par exemple, je n’avais pas compris à quel point des habitudes quotidiennes comme l’activité physique fortuite, le régime alimentaire, ou le temps passé au contact de la nature, pouvaient influencer ma santé et mon bien-être général. Sans doute était-ce représentatif de l’époque à laquelle j’ai grandi (les années 80 et 90 en Amérique du Nord), mais j’accordais beaucoup trop d’importance au culte de la célébrité et aux modes alimentaires et sportives de l’époque. Par conséquent, je passais trop de temps à me dire que ma vie serait plus facile ou meilleure si j’étais plus mince, plus riche, et plus belle.

 

Happinez : Quand vous êtes rentrée sur la terre de vos ancêtres, vous avez découvert un secret bien gardé par les Finlandais… Comment avez-vous appréhendé ce changement ?

Katja Pantzar : Je me suis familiarisée petit à petit avec le mode de vie scandinave, si simple et si sensé, et le concept de sisu, incarnation de l’audace et du courage finlandais, à travers des changements faciles, comme me rendre au travail à vélo toute l’année quelle que soit la météo. J’ai également découvert la pratique du bain de glace, qui est très répandue en Finlande. Elle consiste à se baigner ou nager dans une eau comprise entre 2° et 4°C, après avoir creusé un trou à la surface d’un lac ou d’une mer gelés. Prendre son courage à deux mains pour accomplir quelque chose de difficile (et de désagréable, de toute évidence, oui, l’eau est absolument glaciale) illustre parfaitement le sisu. La plus grande surprise, pour la majorité des personnes qui s’essayent aux bains glacés pour la première fois, c’est le sentiment d’euphorie post-baignade. Les nageurs font le plein de confiance et d’énergie, l’immersion dans l’eau glacé ayant libéré les hormones du bonheur. Parmi elles se trouvent les endorphines (les antidouleurs naturels du corps), la sérotonine (qui permet de réguler l’humeur), la dopamine (le neurotransmetteur responsable de la sensation de plaisir), et l’ocytocine (surnommée l’hormone de l’amour).  L’eau froide stimule aussi la circulation sanguine et le système immunitaire tout en brûlant des calories. Après la baignade, la majorité des nageurs font escale au sauna, le bain de vapeur traditionnel finlandais, où ils s’assoient nus (les hommes et les femmes sont séparés) sur des bancs en bois. Les non-initiés sont confrontés à un nouveau test incitant à surmonter la gêne (et à un autre exemple de sisu). Les bains de glace représentent un exemple concret du sisu : au lieu d’attendre la facilité et la douceur d’une eau réchauffée par les rayons du soleil, il s’agit de transformer des conditions plus éprouvantes, comme l’eau glaciale et la rigueur de l’hiver, en atouts, qui entraînent d’innombrables bienfaits.

 

Happinez : Quelles sont les origines du « sisu »?

Katja Pantzar : Certains des exemples historiques les plus connus du sisu, un concept culturel qui remonte à plus de 500 ans, renvoient à des victoires grandioses ou de formidables exploits sportifs. Les exemples de sisu les plus célèbres évoquent une fabuleuse ténacité alors que tout semblait perdu d’avance, comme la victoire de la Finlande contre l’envahisseur soviétique pendant la guerre d’Hiver. Le conflit éclata en novembre 1939 avec l’invasion soviétique de la Finlande et se termina en mars 1940 avec la signature du traité de Moscou. Même si les Soviétiques avaient trois fois plus de soldats, 30 fois plus d’avions, et 100 fois plus de chars, l’armée finlandaise se montra plus rusée, et réussit à décourager l’armée soviétique au cours d’un hiver effroyable, le thermomètre affichant jusqu’à -40°C.

Un autre exemple de sisu souvent cité est l’incroyable remontée du coureur finnois Lasse Virén, qui après avoir chuté lors du 10 000 m des Jeux Olympiques de 1972 à Munich, se releva et poursuivit sa course, pour remporter la médaille d’or et établir un nouveau record mondial.

Cet héritage de formidables accomplissements a incité les Finlandais à adopter le sisu au quotidien, pour leur plus grand bonheur. Par exemple, se rendre au travail à pied ou à vélo pour profiter d’une panoplie d’effets positifs pour la santé alors qu’il serait plus facile de prendre sa voiture ; ou parmi les options moins contraignantes, cueillir des baies ou des champignons pendant les mois d’été ou d’automne au lieu de les acheter chez le marchand de légumes.

 

Happinez : Le sisu peut-il s’adapter à tous les environnements ? Ou est-il spécifique à la Finlande ?

Katja Pantzar : Comme le raconte un proverbe finlandais : « Le bonheur ne vient pas en le cherchant, mais en vivant ». Vivre de manière active est le meilleur moyen de développer le sisu.

D’après Emilia Lahti, une chercheuse de l’université Aalto d’Helsinki qui y a consacré son travail : « le sisu donne naissance à ce que j’appellerai un état d’esprit tourné vers l’action ; une attitude courageuse qui influence notre manière d’appréhender les défis. Le sisu est un art de vivre qui transforme véritablement les épreuves que nous rencontrons en opportunités ».

N’importe qui, n’importe où dans le monde, peut adopter un état d’esprit sisu, qui forge la ténacité mentale et physique et permet de surmonter les défis psychologiques et physiques. Il ne s’agit pas forcément d’événements extraordinaires, comme des guerres ou des victoires olympiques, mais de petits défis quotidiens, par exemple, faire une marche vivifiante au lieu de prendre un taxi même si le temps est loin d’être optimal.

 

Propos recueillis par Aubry François

Traduction : Emma Garzi

 

Portrait © Katja Tahja