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Déchiffrer le langage du rêve pour mieux se comprendre

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

En tant que spécialiste du langage du rêve, psychanalyse et psychothérapeute, Tristan-Frédéric Moir aide les personnes à décoder les messages que leurs songes ont à leur transmettre. Il interviendra sur ce sujet lors du festival La Conscience dans tous ses états (www.laconsciencedanstoussesetats.fr), qui aura lieu les 13, le 14 et le 15 septembre 2019 au Club de l’Étoile Paris 17. Dans cette interview exclusive, le fondateur de E.V.E.R (École Vivante d’Enseignement du Rêve) et auteur notamment du Nouveau dictionnaire des Rêves (Éditions l’Archipel) explore pour nous les nombreuses implications de ce royaume de la nuit dans notre vie diurne et tente d’en clarifier le mystérieux langage.

Happinez : Quel rôle les rêves jouent-ils dans nos vies, tant au niveau psychologique que physiologique ?

Tristan-Frédéric Moir : Les fonctions du rêve sont multiples. Tout d’abord, d’un point de vue neurologique, les rêves régulent nos émotions au quotidien ; le cerveau les traites et les gère pendant le temps du rêve. D’une façon générale, le rêve met en mémoire les informations, les données issues des acquis et des expériences de la journée, mais il permet à l’inverse le nettoyage des données surnuméraires. Il valide nos avancées et nos réussites. Sur le plan psychologique, les rêves sont des messages de l’inconscient adressés au conscient, des messages qui signalent nos blocages, nos peurs ou nos traumatismes, tout en nous rappelant à nos qualités et talents. Ils sont des révélateurs de tous nos potentiels inexploités et l’expression de nos véritables désirs. Dans la perspective freudienne, le rêve est l’exutoire de nos désirs refoulés. Pour Carl Jung, le rêve reconnecte l’individu à sa nature fondamentale, sa spécificité, tout en le guidant sur son chemin d’individuation, c’est-à-dire, devenir ce qu’il est vraiment, un individu unique et autonome, un individu adulte.

Happinez : Sur quels éléments les dictionnaires des rêves s’appuient-ils pour donner un sens aux images et symboles oniriques ?

Tristan-Frédéric Moir : Le rêve est constitué à 90% d’images qui sont aussi les reflets de nos émotions. Elles sont choisies par le psychisme pour leur pouvoir symbolique, leur valeur et leur puissance signifiante, sémantique et énergétique. Pendant le temps du rêve, nous sommes connectés à l’inconscient collectif, banque d’images communes à l’humanité qu’a définie la psychologie jungienne.  Ces images sont des symboles et des bases de données psychiques universelles qui ont un sens commun pour tous les rêveurs. Il est nécessaire de connaître et d’étudier ces symboles (représentations mentales) et les archétypes (gabarits universels) dans leur sens et leur valeur ainsi que dans leur assemblage – le langage onirique – pour pouvoir interpréter les rêves. La méconnaissance de ce langage et des fonctionnements psychiques fait dire au profane qu’on ne peut pas interpréter les rêves sans connaissance de l’histoire du rêveur ou que les rêves n’ont pas de sens, qu’ils soient personnels ou universels. La connaissance profonde de ce langage permet l’interprétation analogique du rêve, interprétation spontanée et directe réalisée par l’interprète, mon axe de travail. Le rêve utilise aussi, en faible proportion, des symboles personnels, exclusifs au rêveur. On ne peut donc pas les inclure dans un dictionnaire, mais les entendre en mode associatif, de la bouche du rêveur, comme le veut la psychologie freudienne.

Happinez : Les détails oubliés après la nuit, la tentative de rendre cohérent ou acceptable le récit du rêve pour satisfaire notre part rationnelle : toutes ces lacunes ne nous empêchent-elles pas, dès le départ, d’apporter une interprétation valable du rêve ?

Tristan-Frédéric Moir : Ce qui importe dans le rêve, c’est ce dont nous nous souvenons au réveil. Bien évidemment, plus nous avons la mémoire intacte du rêve, plus nous sommes fidèles à son contenu, et plus le message sera explicite. La façon dont nous le retranscrivons est essentielle ; la construction des phrases et la sémantique du texte sont révélatrices de notre construction mentale. Comme je l’ai dit plus haut, le rêve est un message de l’inconscient adressé au conscient et la façon dont nous l’écrivons consciemment est aussi l’un des aspects du rêve, si nous ne le dénaturons pas volontairement. L’écriture du rêve est le reflet de notre structure psychique.

Happinez : Certains spécialistes des rêves donnent toute leur importance à ce tiers à qui nous racontons notre rêve et qui a la hauteur de vue nécessaire pour l’interpréter. D’après vous, peut-on bien interpréter un rêve par soi-même ?

Tristan-Frédéric Moir : Oui et non. Dans un premier temps, le rêve s’adresse d’abord à nous-même, à notre conscient. Il vient nous interpeller émotionnellement, nous invitant à réfléchir sur nous-même et à prendre du recul. Étant le démiurge et le récipiendaire du rêve, nous sommes normalement capable d’en saisir la teneur, si nous ne nous cantonnons pas au premier degré – la représentation symbolique – et aux aspects superstitieux que véhicule la tradition populaire (si nous rêvons de perte de dents, il s’agit d’un ressenti de stress personnel ou de perte de vitalité, mais pas de l’annonce du décès d’un proche). Avec discernement, nous pouvons entendre et comprendre les messages de notre Inconscient.

Cependant, nous pouvons bloquer sur le sens de son langage spécifique, c’est-à-dire symbolique, et, parfois, nous ne sommes pas la personne la plus apte à l’interpréter ; nos résistances psychiques peuvent nous incliner à la subjectivité. Le rêve est aussi fait pour être raconté et entendu par une personne extérieure qui est neutre affectivement. Ainsi, le recours à un tiers ou à un spécialiste du langage du rêve est parfois judicieux ; il reste objectif émotionnellement devant le contenu manifeste du rêve, ce qu’il lui permet d’en entendre le sens latent plus clairement.

Happinez : Sans forcément parler d’interprétation, quels conseils donneriez-vous à une personne qui voudrait commencer à s’intéresser à ses rêves ?

Tristan-Frédéric Moir : La première chose, c’est de les noter, au moins un par semaine, le plus fidèlement, comme évoqué précédemment. Pas besoin d’en consigner 5 par nuit – certaines personnes ont la faculté de se souvenir de tous leurs rêves – mais retranscrire le plus marquant. Quand nous écrivons nos rêves, nous rationalisons une émanation émotionnelle de notre psychisme, ce qui la rend plus logique. Même si nous ne les interprétons pas, en les retranscrivant, nous donnons une forme concrète et de la valeur à ce qui vient du plus profond de soi, nos désirs véritables. N’oublions pas non plus que les rêves sont toujours codés ; il ne faut jamais les prendre au premier degré. Pour éviter la subjectivité inhérente à la résistance de chacun, et pour avoir une idée de ce que veut nous signifier le rêve, il parfois judicieux de laisser reposer son rêve pendant 15 jours, après l’avoir noté, et le regarder ensuite comme s’il n’était pas le nôtre, avec distance. Ensuite, il faut utiliser un dictionnaire sérieux des symboles oniriques (le vocabulaire du rêve) pour comprendre le sens latent signifié. La syntaxe du rêve, ou grammaire du rêve, obéit à une logique précise qu’il est important de respecter pour pouvoir véritablement entendre le sens profond du rêve. Le langage du rêve possède un vocabulaire et une grammaire précise. Mais, n’oublions pas qu’un rêve est un support de communication, qu’il fait aussi pour être verbalisé et raconté, pour communiquer autrement avec l’autre, de conscient à conscient. En cas de doute ou d’incompréhension, une écoute extérieure objective sera toujours très précieuse.

Happinez : Comment est née chez vous la passion des rêves ?

Tristan-Frédéric Moir : Depuis ma plus lointaine jeunesse, je me suis intéressé au monde symbolique, aux contes et légendes, à la mythologie, au fantastique et bien sûr, j’ai toujours été fasciné par les processus oniriques et leurs somptueuses mises en scène. Le rêve m’a toujours interpellé, autant les miens que ceux des autres. Ils m’ont toujours paru signifiants, révélateurs d’une autre réalité ou de la réalité profonde. J’ai été aussi un grand lecteur de littérature classique – découvrant chez ses auteurs les premiers véritables psychologues –, de littérature moderne, fantastique, mais aussi de science-fiction, ces dernières étant des mises en images parfaites des perspectives oniriques. J’ai commencé à aborder la psychologie en terminale. Je me suis ensuite intéressé à la spiritualité et à la place du rêve dans l’histoire des religions. J’ai pratiqué le yoga à un haut niveau, la méditation et ses bienfaits sur le mental. J’ai étudié aussi la représentation du mental dans les autres cultures et l’impact du rêve dans les processus de prise de conscience. À une époque, je me posais quotidiennement cette question : « Est-ce que je rêve ? ». Le rêve est venu à moi tout autant que je suis venu à lui ; ce sont mes propres rêves qui m’ont mené sur les chemins du langage du rêve et de la psychothérapie par les rêves. Pour moi, le rêve est le vecteur le plus rapide et le plus efficace pour se rendre au cœur du problème, s’il y en a, et pour aller à l’essentiel de soi-même.

Pour en savoir plus : www.tristan-moir.fr

Propos recueillis par Aubry François

© Michael Paredes /Unsplash