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Comme l’amour, la confiance ne se divise pas, elle se multiplie

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Enfance, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité

Les bureaux Cogito’Z, où Jeanne Siaud-Facchin accompagne les personnes à haut potentiel, ne sont que le seuil de notre rencontre. Très vite, la psychologue clinicienne et psychothérapeute nous entraîne dans la clairière de son esprit, ce havre de paix baigné de soleil qui illustre le mieux pour elle l’idée de sérénité. Elle s’y laisse inspirer par les énergies du rassemblement et de la confiance, deux nobles qualités qui peuvent illuminer notre route dès lors que l’on prend la peine de les cultiver dans notre relation à nous-même, aux autres et à la vie.

RASSEMBLER

C’est cette capacité intime d’être honnête et lucide vis-à-vis de soi, dans une forme d’acceptation, et peut-être même de renoncement, par rapport à tout ce qu’on aurait pu, tout ce qu’on aurait dû, tout ce qu’on pense qu’il aurait fallu réaliser. C’est se rassembler soi-même dans un monde où demeure toujours la tentation de l’éparpillement et où nous dispersons beaucoup notre âme. Un peu comme quand on joue à la roulette. Le pire, pour moi, dans ce jeu, c’est de voir certains participants placer leur pion à cheval sur plusieurs numéros, pour être certains de gagner ou de ne pas totalement perdre. C’est typique de personnes qui n’ont pas le courage d’assumer ce qu’elles sont, ce qu’elles font et pourquoi elles le font, comme si elles n’étaient pas alignées, par peur, sur le sens profond de leurs valeurs. Peur de ne pas être à la hauteur, peur des autres, d’accomplir des choses, de s’exposer, de ne pas être aimé, de ses fragilités… Tout cela nous conduit à nous disperser énormément en espérant, à un moment, gagner quelque chose, avoir un retour sur investissement. Miser sur un numéro, dans la vie, c’est consacrer toute son énergie, toutes ses compétences, tout son talent dans une voie en se disant que c’est la bonne, qu’il n’y en pas d’autres. Ca exclue certes des myriades de possibilités et ça peut, à l’extrême, nous rendre rigide, tel un cheval de traie avec des ornières, sur un seul sillon, qui ne veut rien voir ce qu’il se passe autour. Mais ça exige aussi beaucoup de courage. Se rassembler, c’est peut-être finalement se dire – pour terminer sur la métaphore de la roulette – que nous sommes faits de tous ces numéros. C’est s’unir à soi-même et réunir tout ce qui fait que l’on est ce que l’on est, dans ses faces lumineuses et ses côtés plus sombres. S’accepter profondément, même si les autres ne voient pas que nos « bons » côtés.  Mais ce mot m’évoque aussi une notion d’intelligence car “intelligere” signifie, étymologiquement, faire des liens. Pour moi, la plus belle intelligence de l’homme est justement de construire en permanence des liens avec tout ce qu’il vit, tout ce qu’il est, avec les autres, avec tout ce que lui offre et lui retire l’existence. C’est de l’alchimie de vie, comme quand on fabrique une potion dans une grande marmite : on y met de l’acidité, du sucré, de la douceur, de l’amertume. L’intelligence collective nous a offert cette phrase : « tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ». Et elle peut se décliner de mille et une façons. Quelquefois, on peut être piégé par l’illusion que notre façon de comprendre et de voir est la meilleure. Très vite, on se met à donner des conseils aux autres : « moi, je pense que… ». D’accord, mais ce n’est qu’un grain de sable dans l’univers, et chacun pense différemment. Je parlais de potions, mais quand on prépare, plus ordinairement, une soupe dans sa cuisine, il faut souvent tourner, sinon ça brûle. C’est un peu ça le mouvement de la vie, il faut tout le temps tourner et rassembler.

 

CONFIANCE

Avoir confiance, c’est avoir foi, au sens noble du terme, en quelque chose d’inébranlable. Il y a toujours la trilogie : confiance en soi, en l’autre, en la vie. La confiance en soi, ce n’est pas se considérer comme le meilleur, le plus fort, le plus compétent. Non, c’est, une fois encore, pouvoir prendre en compte ce qui, chez soi, fonctionne et ne fonctionne pas, et être à l’aise avec ça. Si l’on peut s’aimer tel que l’on est, on peut aussi s’élancer dans la vie comme dans ces gymkhanas où l’on relève des défis, où l’on résout des énigmes, où l’on dépasse des situations en se disant : « je vais faire du mieux possible avec ce que je suis parce que, de toute façon, c’est le maximum que je puisse faire ». Avoir confiance en soi, c’est aussi accepter ses limites. Par exemple, moi, je suis petite et, par définition, je ne peux pas attraper certains objets dans une cuisine. Mais je m’en fiche, ça ne m’empêche pas d’avoir confiance en moi. « Toi qui est grand, vas-y, moi, petite, je me faufile ». Il est plus facile de développer une confiance en soi solide quand on a une base interne de sécurité. La psychologie du développement nous explique qu’elle vient de la qualité de la relation qu’on a eu avec les figures d’attachement que sont nos parents. Mais cela ne nous empêche pas de l’acquérir à tous les âges de la vie, de la prendre en route. La confiance en la vie, c’est accepter le fait qu’il peut nous arriver des tas de catastrophes, tous les jours. Que ce soit sur un plan personnel, sur celui de la société, ou de l’humanité, des catastrophes en veux-tu en voilà. Notre cerveau est d’ailleurs formaté de sorte à voir d’abord ce qui dysfonctionne. Ça nous permet d’avoir conscience des dangers, de ne pas faire tout et n’importe quoi, de ne pas se dire « tiens, je vais essayer de marcher sur la rambarde parce que c’est rigolo et que je verrai bien mieux la Tour Eiffel qui est juste là ». Après, c’est la capacité de se décaler sur le bas côté et de dire « wow ok, il y a des nuages, mais regarde cette lumière sur l’immeuble en face, comme elle est belle ! » La capacité de se saisir, de capturer, ce qui va pouvoir justement éclairer notre chemin au milieu des catastrophes. Je fais beaucoup ça avec mes patients, leur dire « si on revient sur votre journée d’hier, à quel moment avez-vous eu l’impression que la vie vous faisait un clin d’œil et que c’est passé si vite que vous ne vous en êtes pas rendu compte ? » Je n’ai jamais rencontré un patient, depuis 30 ans que j’exerce, qui m’ait répondu « non, rien ». Il est très intéressant d’accompagner quelqu’un pour tordre un peu son regard, pour lui dire « regarde, là, dans le coin, il n’y a pas un truc, quand même, qu’on pourrait attraper ? » Ce n’est pas une question de dire « wow, tout est merveilleux », parce que ce n’est pas vrai. C’est juste se rendre compte que dans une journée, dans une heure, il y a des petites choses, aussi microscopiques soient-elles, qu’on peut aller attraper et qui sont beaucoup moins sombres que tout le reste. La confiance en l’autre, c’est mettre à distance la peur d’être trahi, d’être déçu ou de ne pas être aimé tel que l’on est. Je dis souvent à mes patients : « Ok, vous avez été trahi, vous êtes déçu, mais dans la grande balance de la vie, est-ce que vous ne faites plus jamais confiance, ou est-ce que de laisser cette énergie de la confiance, est-ce que ce n’est pas beaucoup plus avantageux pour vous de continuer ? Est ce que, finalement, la balance, elle ne finira pas par pencher, même si vous avez été blessé ? Malgré les coups de grisou que vous avez vécu, parce que vous ne vous êtes pas senti aimé, reconnu ? Eh bien remettez encore toute votre confiance, c’est comme l’amour, ça ne se divise pas, ça se multiplie ! » Plus on le fait, plus on élargit le champ des possibilités de se sentir à sa place dans sa vie. Il ne s’agit pas que la vie nous rende, ce n’est pas ce calcul-là, cette mécanique-là. C’est que, plus on fait confiance, plus on ressent de la confiance, plus on se sent aligné dans la vie, plus on se relie à notre propre énergie de vie.

 

Psychologue clinicienne, psychothérapeute, Jeanne Siaud-Facchin a fondé Cogito’Z, des Centres de Psychologie Intégrative en France et à l’étranger. Auteure de nombreux ouvrages à succès, Jeanne Siaud-Facchin a publié dernièrement : S’il te plait aide-moi à vivre. Pour une nouvelle psychologie aux Éditions Odile Jacob. Elle préside aussi l’association Zebra, centre ressource pour les surdoués et fait partie du Comité Scientifique de l’association SEVE, de Frédéric Lenoir. Elle a aussi crée Mindful UP des programmes de méditations pour enfants et adolescents.

 

Portrait © stella&claudel

Propos recueillis par Nathalie Cohen et Aubry François