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À la recherche de son poids naturel…

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Plus je grossissais, plus j’étais heureuse.” Grâce à la cuisine végétale, Lisette a découvert son poids naturel, celui qui lui procure le maximum d’énergie et d’équilibre. C’est aussi un mode d’alimentation qui lui permet de vivre avec lucidité.

Happinez : Depuis déjà plusieurs années, vous plaidez avec ferveur pour l’alimentation végétale. Comment l’avez-vous découverte ?
Lisette Kreischer : Pendant mon adolescence, je me suis beaucoup intéressée à l’alimentation et à son impact sur le monde, comme la souffrance animale et les conséquences sur l’environnement. Je trouvais des défauts à tout. À la moindre barre chocolatée, je me disais : “Ah, ces multinationales qui détruisent la planète ! En plus, il y a du lait de vache dedans, donc ce truc est lié à l’industrie de la viande.” J’en étais arrivée à l’idée que je ne pouvais plus rien manger, tout me dégoûtait. Je ne me nourrissais plus que de pommes de terre, de légumes et de burgers végétariens, et je me suis mise à perdre beaucoup de poids. À un moment, je m’habillais en taille 36 et je pesais 52 kg pour 1,74 m. On me faisait plein de compliments sur ma ligne, mais moi je me sentais terriblement mal. J’avais tout le temps froid, mon cycle menstruel était déréglé et je souffrais de troubles intestinaux. Super, la taille mannequin, mais je me sentais faible et éteinte. J’ai compris que je devais trouver une façon de manger qui me corresponde et qui ne me cause pas de stress, donc qui soit entièrement dépourvue de produits animaux ou d’origine animale, comme les produits laitiers. C’est à cette époque que j’ai découvert les épiceries bio ; tout un monde d’idées et de saveurs s’ouvrait à moi. Tous ces merveilleux légumes de saison et ces rayons entiers de céréales et de fruits à coque ! J’ai commencé à préparer de bons petits plats avec ces produits et, petit à petit, j’ai retrouvé le goût de manger. C’était le début de la “mode” du lait de soja, je pouvais donc moi aussi boire des cappuccinos et faire des gâteaux sans produits laitiers. J’aimais tout, je me suis mise à mieux manger et j’ai repris du poids, et plus je grossissais, plus j’étais heureuse. Je sentais grandir ma force de vie.

Le sous-titre de votre dernier livre Plant Power (non traduit en français) est : Trouvez votre poids naturel avec la cuisine végétale. Que voulez-vous dire par poids naturel ?
C’est le poids qui vous correspond, celui auquel vous vous stabilisez sans trop d’efforts, qui donne un sentiment d’équilibre. J’ai fini par arriver à 65 kg et je m’y maintiens depuis 10 ans maintenant, quoi que je mange. Votre poids naturel peut être plus ou moins élevé, cela dépend de la taille et de la carrure de chacun.

Qui dit “atteindre son poids naturel” pense automatiquement “être le plus mince possible”, mais apparemment ce n’est pas du tout la même chose ?
Tout à fait, et je tiens à le faire comprendre aux gens. Le poids naturel n’a rien à voir avec le poids idéal dont parlent les médias. Le poids idéal est un combat pour la perfection et l’idée qu’on s’en fait est définie par le monde extérieur. J’espère au contraire inciter les gens à voir les choses différemment. Qu’est-ce qui vous convient ? Qu’est-ce qui est naturel pour vous ? Quel poids vous permet d’être au top de votre énergie et de votre santé ?

En quoi la cuisine végétale peut-elle nous y aider ?
D’après ma propre expérience, l’alimentation végétale marche très bien, c’est une manière de manger qui m’aide à vivre plus lucidement. Elle dissipe le brouillard, en quelque sorte. Ce n’était pas le cas lorsque je mangeais des produits animaux. Je me sentais souvent moins vive. Cela vient du fait qu’il faut beaucoup plus de temps pour digérer la viande ; elle ralentit le corps. L’alimentation végétale pèse moins sur l’organisme. Elle est assimilée beaucoup plus vite, ce qui laisse plus d’énergie à disposition. En outre, elle contient tous les nutriments dont l’homme a besoin pour vivre : protéines, glucides, lipides, vitamines et minéraux. Pour m’assurer que la valeur nutritive des recettes de mon livre était correcte, je me suis fait aider par une diététicienne. Je voulais prouver qu’on pouvait atteindre sa ration de calcium, de protéines et de vitamines essentielles en
ne mangeant que des végétaux.

Pourtant, on dit souvent qu’à la longue des carences apparaissent lorsqu’on mange végétal. Comment les prévenir ?
Surtout en mangeant varié. Le risque d’une alimentation trop monotone est le même avec l’alimentation végétale qu’avec une alimentation traditionnelle. Il est évident qu’il ne faut pas manger tous les jours du tofu ou des pois chiches, ou seulement des légumes et pas de glucides ou de fibres. Il s’agit de trouver les bonnes associations et de préserver l’équilibre. Pas besoin de faire d’études approfondies sur le sujet, il n’existe pas de lois inflexibles, il faut simplement veiller à alterner fruits à coque, céréales, légumineuses, graines, légumes, fruits et algues. Chacun a sa propre constitution, son propre corps. Et chacun doit l’écouter.

Écouter son corps, qu’est-ce que cela veut dire ?
Par exemple, prendre un peu de recul lorsqu’on a envie de quelque chose. Imaginez que vous avez une envie de sucré. Souvent, cela a à voir avec le niveau d’énergie, c’est que vous avez besoin d’un apport en sucres. Inutile de vous jeter sur le premier paquet de biscuits venu, puisqu’une pomme ou une poignée de dattes feront, elles aussi, remonter votre glycémie, mais de manière saine. Autre exemple : vous avez une irrépressible envie de chips. Souvent, cela cache un besoin de sel. N’ouvrez donc pas tout de suite le sachet, mais passez en revue votre journée : avez-vous déjà mangé un aliment salé ? C’est un bon début que d’apprendre à faire une pause avant d’ouvrir le frigo. Et lorsqu’on comprend la demande de son corps, on peut y répondre sainement.

Comment passer à une alimentation plus végétale ?
Analysez votre façon de manger et repérez ce que vous pouvez modifier. Je conseille de procéder par étapes, en commençant par exemple par le petit déjeuner ou le déjeuner dans un restaurant d’entreprise. Mais au dîner, vous pouvez remplacer la viande par des fruits à coque et des légumes secs. Et le matin, buvez de temps en temps un smoothie vert à la place de votre café au lait. Dans votre bol de céréales, remplacez le lait de vache par de l’eau, du lait de riz ou d’amande. Il suffit de chercher ce qui vous convient et surtout ce qui vous plaît.

Et on finit par supprimer complètement la viande ?
Ah, je ne dirais jamais ça. Qui suis-je pour poser des interdictions ? Dès que l’on s’interdit quelque chose, on se complique inutilement la vie. C’est le cas pour certains végans : ils font souvent des choix pour marquer leur opposition à quelque chose, par exemple la souffrance animale dans l’élevage industriel. Mais est-il sain d’être toute sa vie en lutte ? C’est surtout un facteur de stress, je le sais d’expérience. Heureusement, de plus en plus de gens optent pour l’alimentation végétale parce qu’ils y gagnent de l’énergie physique et le plaisir de se régaler. Ce mode d’alimentation apporte tout ce qu’il faut pour se sentir en pleine santé. Je ne pense pas qu’on y parvienne avec une alimentation à base de viande, de poisson et de produits laitiers. S’il vous paraît inenvisageable de supprimer ces produits de votre assiette, continuez tranquillement à en manger, mais essayez quand même de faire des repas exclusivement végétaux un ou deux jours par semaine. Si vous commencez la journée avec un petit déjeuner tout végétal, vous remarquerez naturellement la différence et vous aurez envie de le faire de plus en plus souvent. Ma façon de manger évolue toujours. J’adorais les sucreries, mais je constate que j’ai de moins en moins besoin de sucre. Je n’aurais jamais imaginé ne pas avoir envie de dessert, pourtant, c’est parfois le cas.
Mon père est peut-être le meilleur exemple des changements que l’alimentation végétale peut apporter dans votre vie. Autrefois, il lui fallait toujours son plat de viande-légumes-pommes de terre. Lorsque je suis devenue végétarienne, je préparais de temps en temps du jus de viande végétal. Mon père s’est rendu compte que ça n’avait pas si mauvais goût sur ses pommes de terre sautées. Quand je me suis mise à manger exclusivement végétal, il y avait souvent des yaourts de soja dans le réfrigérateur. De plus en plus souvent, il en prenait un à la place d’un yaourt normal. À un certain moment, il a remarqué qu’il ne s’était jamais senti aussi bien. Il se levait plus facilement le matin et sa condition physique s’améliorait. Certaines personnes de son âge commençaient à souffrir de petits maux, tandis que lui, à 64 ans, se sentait au contraire en pleine forme. En mangeant plus sainement, il prêtait aussi plus d’attention aux besoins de son corps. Comme le besoin de détente. Aujourd’hui, il pratique le yoga tous les mardis et il adore ça. Si, il y a trois ans, je lui avais conseillé d’en faire, il se serait sans doute moqué de moi. Mon père est la preuve vivante que, même pour quelqu’un d’âgé et de très habitué à un certain mode d’alimentation, cela vaut toujours la peine de changer.

QUEL EST VOTRE POIDS NATUREL ?
Voici ce qu’explique la diététicienne Karine Hoenderdos : « Notre corps aspire à un poids qui lui procure une sensation de bien-être et qui reste relativement stable sans trop d’efforts. Vu que nous mangeons et bougeons chaque jour un peu différemment, c’est un véritable tour de force que notre corps soit capable de se maintenir en équilibre ! Cet équilibre est mis à l’épreuve par notre instinct archaïque. Les hommes préhistoriques avalaient tout ce qu’ils trouvaient parce qu’ils ne savaient jamais quand ils retrouveraient assez à manger. Cette pulsion existe toujours en nous. Les personnes qui réussissent à conserver un poids stable s’intéressent consciemment à leur alimentation. Elles ont par exemple un rapport naturel à l’appétit et à la satiété, s’arrêtant de manger dès qu’elles se sentent rassasiées. Le poids naturel ne correspond pas forcément au poids idéal. Par exemple, vous voudriez peser 60 kg mais cela vous coûte beaucoup d’efforts. Si vous pouvez accepter qu’il vous est plus facile de vous maintenir à 62 kg, vous observerez un regain d’énergie et un meilleur équilibre physique. »

QUI EST LISETTE KREISCHER ?
Devenue végétarienne à 10 ans et végétalienne à 20, elle a fait son mémoire de fin d’études à l’académie de design Artemis sur le concept durable Veggie in Pumps. Elle s’est donné pour mission de montrer qu’on pouvait être belle et branchée tout en étant fi dèle à ses convictions écologiques. Par le biais de sa plateforme Veggie in Pumps, elle a lancé son ecofabulous lifestyle.

Texte E. Beijers