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Natacha Calestrémé : comprendre et soigner les blessures du silence

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Dans cette Parole inspirée, la journaliste, réalisatrice et écrivaine Natacha Calestrémé nous plonge dans les arcanes de son dernier livre, « Les Blessures du silence » (Albin Michel), roman d’un nouveau genre dans lequel elle a prêté ses mots aux douleurs muettes qui persistent à l’ombre de nombreux foyers, espaces intimes où s’instaure la relation perverse et destructrice du bourreau et de la victime. Ses recherches sur le sujet l’ont menée aux frontières de la médecine officielle, du côté des énergéticiens, pour comprendre les mécanismes de ce fléau très répandu. Elle nous montre ici qu’il est possible de récupérer une énergie qui nous a été dérobée par cet autre qui partage souvent notre vie pour le pire, et de se libérer subtilement d’une emprise qui n’a que trop duré, afin de retrouver une unité en soi.

COMPRENDRE

J’ai lu un très grand nombre de manuels de psychiatrie et de psychologie, j’ai rencontré des victimes de harcèlement, de perversion, de manipulation, et je me suis rendu compte que ces phénomènes étaient extrêmement bien décrits. Mais trois questions demeuraient absolument sans réponses : Pourquoi certaines personnes qui ont ouvert les yeux sur ce qu’elles vivent, n’arrivent pas à quitter leur bourreau ? Pourquoi, d’autres, qui sont parties, reviennent ? Et pourquoi, celles qui ont vécu ces violences psychologiques continuent-elles souvent de rencontrer des personnalités de ce type ?

En me documentant, j’ai compris que le corps médical et les médecines parallèles utilisaient des mots différents pour dire la même chose. D’un côté la médecine conventionnelle parlait des phénomènes de sidération (on est incapable de réagir face à la brutalité de quelqu’un qui nous fait vivre l’horreur) et de dissociation (on est comme à l’extérieur de son corps, étranger à soi-même). Si les psychiatres nomment aussi ce second phénomène, une “fuite mentale”, les énergéticiens l’ont quant à eux, baptisé “perte d’âme”.

La première fois que j’ai entendu ce terme, je me suis crue dans Harry Potter. Et puis je me suis souvenue que les vétérans de guerre disent « ici j’ai perdu une partie de mon âme ». J’ai réalisé que l’âme symbolise notre manière de penser, notre confiance et notre estime de soi, que l’autre nous a pris. En fait, face à une blessure physique, notre corps nous protège en fabricant des endorphines qui nous empêchent de souffrir. Devant une douleur psychologique, notre corps nous protège encore : une partie de notre âme s’extrait pour éviter que l’on devienne fou. Le harceleur récupère cette énergie et se nourrit de notre défaillance. Les psychiatres parlent de vampirisation inconsciente.

Et cette vision des choses explique tout. Pourquoi une personne qui ouvre les yeux sur ce qu’elle vit, ne part pas ? Parce qu’elle ne peut pas abandonner une partie de cette énergie qui s’est échappée d’elle et que l’autre a récupéré. Pourquoi ceux qui sont partis, reviennent ? Parce que l’autre a une partie de leur énergie. Si on me coupe le bras et qu’on me dit de m’en aller, je vais peut-être m’éloigner, mais je reviendrai pour chercher ce qui m’appartient. Certaines victimes ne comprennent pas pourquoi elles pensent toujours à leur bourreau après 18 ans de séparation. C’est parce qu’elles sont toujours reliées à une partie d’elles-mêmes qui se trouve prisonnière de l’autre.

Quand nous sommes victime d’un traumatisme ou d’une manipulation, il arrive qu’une partie de notre énergie s’échappe, une faille se crée en nous, une béance que les manipulateurs perçoivent. A cause de cette blessure, ils savent qu’ils vont pouvoir nous manipuler. Raison pour laquelle on retombe sans arrêt sur ces personnalités destructrices en amour, sur le plan professionnel ou même dans la famille.

Le point positif, c’est que cette énergie manquante peut être récupérée et cette béance refermée, sans revoir la personne concernée, grâce à un protocole qui m’a été transmis par l’énergéticienne Loan Miège, et que je partage dans mon livre. On peut le faire seule ou accompagnée d’un thérapeute. Ce protocole très simple n’est pas une formule magique qui donne du pouvoir sur quelqu’un, c’est une connexion d’âme à âme qui permet de rééquilibrer les choses.

Je conseille souvent de faire et de refaire ce protocole qui marche d’autant mieux qu’il est dit avec intention. Au début, ça paraît étrange et on hésite un peu. Mais lorsqu’on finit par se l’approprier, l’intention est puissante et les choses évoluent vraiment. Une femme harcelée par son frère m’a écrit pour me dire qu’elle avait effectué le protocole une première fois et que les mails dictatoriaux qu’il lui envoyait avaient cessé. La deuxième fois, ils ont pu parler normalement, de frère à sœur, événement qui n’avait pas eu lieu depuis quarante-cinq ans, et la troisième fois, il lui a demandé pardon. Pourtant, un pervers narcissique ne demande jamais pardon. Une autre jeune femme était harcelée par son père qui ne voulait absolument pas qu’elle quitte l’entreprise familiale. La première fois, le protocole a provoqué un déchaînement de violence. La deuxième fois, il s’est calmé, mais rien ne s’est passé. Et puis, un jour, elle l’a refait et le soir même, son père lui a dit qu’il avait compris son souhait et qu’il allait la licencier pour qu’elle puisse profiter des indemnités et suivre gratuitement la formation à laquelle elle aspirait.

Les cas où le bourreau change sont peu nombreux, mais le plus important ce sont ces centaines de témoignages de gens qui me disent avoir vu leur peur s’éloigner, qu’ils n’ont plus cette sensation de vide en eux, qu’ils ont cessé d’avoir toujours faim, qu’ils ont enfin pu s’abandonner à un sommeil réparateur. Un médecin m’a même écrit que mon livre faisait désormais partie des prescriptions qu’il conseillait à ses patients car, après ce protocole réalisé sur lui-même, un champ de possibilités thérapeutiques nouvelles s’était offert à lui. Je suis pleine de gratitude quand je vois que le corps médical s’ouvre à ces techniques.

Lors de la conférence TEDx que j’ai donnée récemment, une dame de 96 ans a pris mon livre en m’expliquant qu’elle avait vécu 35 ans avec un pervers narcissique et qu’elle comptait bien récupérer cette part d’elle-même afin d’avoir encore plus d’énergie pour s’occuper des petits vieux en maison de retraite [Ce sont ses mots]. Quelle générosité ! Les victimes sont généralement de belles personnes, empathiques, intelligentes, qui ont des valeurs et que les pervers considèrent comme des trophées.

Si des personnes sont isolées par leur conjoint, qu’elles sont dans le déni et ne veulent plus vous parler, envoyez-leur le livre anonymement. La curiosité – et le fait que ce soit un roman – feront qu’elles le liront. L’une de ces personnes m’a notamment écrit, en septembre dernier : « j’ai reçu anonymement votre livre par la poste au mois de mai, je ne sais pas qui me l’a envoyé mais il m’a sauvé la vie car j’ai compris que ce que je vivais n’étais pas normal. Je me suis reconstruite et aujourd’hui, je vais bien ».

J’ai écrit ce livre parce que j’ai perdu une amie très proche et j’aurais tellement voulu connaître cette technique pour l’aider ! Je me dis qu’à travers toutes les personnes qui renaissent aujourd’hui, c’est elle qui revient un peu à la vie.

 

*Dans Happinez n°43 (chez votre marchand de journaux le 24 juillet), Natacha partagera avec les lecteurs une technique inédite pour contacter son guide…

 

Journaliste et réalisatrice de plus de 30 documentaires sur les thèmes de la santé et de l’environnement, Natacha Calestrémé a aussi publié plusieurs essais et trois thrillers psychologiques : Le Testament des abeillesLe Voile des apparences et Les Racines du sang aux éditions Albin Michel. Son nouveau roman, Les Blessures du silence, a beaucoup touché le public et en est à sa troisième réédition.

 

Portrait © Stéphane Allix

Propos recueillis par Nathalie Cohen et Aubry François