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Les conseils santé du Dr V. : Prendre en soi le soin d’aimer

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Contes, poésie..., Développement personnel, Happi.Body, Nature, Rencontres, Rituels, Santé, Tribune

Chères lectrices, chers lecteurs, le mois dernier, les mots de mai s’épanouissaient, souvenez-vous, je proposais de mettre le sens au corps. J’espère que l’hydratation lexicale a porté ses fruits. Ce mois-ci, j’avais prévu de vous parler d’imagination, mais une série de rencontres légères et puissantes propulsent ma plume au dessus des virgules. L’émulsion-star des premières secousses du printemps, j’ai nommé l’amour, chuchote à mes oreilles – les docteures aussi frissonnent. D’ailleurs, mettons-là au féminin pluriel, cette chose sublime et rabâchée. Ça nous changera. Le féminin pour renouer avec sa matrice étymologique (la fin’amor), le pluriel pour enfin célébrer la fin d’une ère – et pourquoi pas ?

Les amours, donc, on les escalade tout au long d’une existence, comme on peut. Mais connait-on vraiment la matière entre nos mains, celle qui nous permet d’avoir prise ? Comment ne pas la confondre avec l’emprise ? Lorsque le pouvoir surgit dans une relation – bien qu’on l’appelle parfois magie, miracle ou passion – la manipulation se confond avec l’amour. Alors, “par amour”, on blesse, et “par amour”, on se laisse maltraiter…

Malléable, imprécis, amour est cuisiné à toutes les sauces, on lui fait dire ce qu’on veut. Examinons le dictionnaire historique de la langue française. Agité par une longue série de remous, l’usage du terme se déplace sans cesse, mais au bout de l’interminable définition surgit : « amoureuse se dit aussi de la terre onctueuse, humide, bien ameublie ». Voilà une prise solide. Approchons-nous encore. Je constate qu’amour est coincé entre amortisseur et amovible. Que racontent ces voisins ? En passant, si des mots vous grattent, allez creuser ceux qui l’encerclent, et observez comme les démangeaisons s’amenuisent. Bref (excusez-moi, certains sursauts de l’épiderme papillonnent ma pensée). Alors qu’on croit tenir amour, amovible débarque brutalement, tourmente nos certitudes, d’où la nécessaire présence d’amortisseur. Le dictionnaire avait donc prévu que l’amovible amoureux nous violenterait ! Et c’est là que j’affirme que la langue est désuète. Alors que l’amour, le couple, le genre sont plus que jamais questionnés, mouvementés, alors que pullulent les espaces où l’on s’autorise enfin à avouer que 1+1 = < 2, la langue nous agrippe à ce format d’amour unique non-amovible, en proie aux chocs.

Je vous propose donc de changer les voisins d’amour… Amortricoter, par exemple, le précéderait : « action de tisser plusieurs couleurs, fils, dans sa chair ». Amouvroum le suivrait : « son aigu et fugace émis par l’écorce, souvent doux ou velouté, qui guérit une seule oreille ». Ce mot-là, qui contient l’idée du soin, soutiendrait fièrement amour dans le dictionnaire. Une belle phrase me revient soudain : « aimer, c’est prendre en soi le soin de l’autre ». Et puisque soin est aussi imprécis et fourre-tout qu’amour, il est peut-être temps d’attraper notre responsabilité envers nous-mêmes et le vivant en fabriquant ces espaces puis en les aménageant à notre goût. Vous, comment soigneriez-vous vos amours ? Quels seraient vos protocoles singuliers ? Impliqueraient-ils le jeu ? Le végétal, le minéral, l’animal ? La lune, le feu ? L’humour ?

En vous souhaitant de belles expérimentations…

Bon rétablissement.

Dr V. (Lisa Diez)

 

Photographie : Lise Mazin

 

Lisa Diez est une chercheuse tout-terrain. Depuis sa tendre enfance, elle ausculte avec passion les facettes du vivant, du sensible, de l’invisible et déniche dans la matière les formes qui les relient. Plasticienne, clown, auteure mais aussi formatrice et médiatrice artistique, elle invite les personnes à plonger dans l’expérience de la création.