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Les conseils santé du Dr V. : Articuler l’esprit et le corps

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Happi.Body, Nature, Philosophie, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Chères lectrices, chers lecteurs, j’ai décidé de garer mon cabinet spatial à vos côtés plus longtemps que prévu… L’urgence à soigner les articulations me saute au nez. Dernièrement, je me suis attardée sur notre perception de l’étranger et de la mort, me vient aujourd’hui l’envie folle de dépiauter le dévouement porté à la conscience, dénigrant au passage l’inconscience ou l’oubli de soi, qui me semblent pourtant nécessaires à l’émergence du vivant.

La pleine conscience, dont on entend beaucoup parler, me semble être une pratique à remettre en question dans la mesure où elle est souvent comprise depuis la séparation de l’esprit et du corps. De plus, si elle s’en tient à une exploration mentale des sensations, l’un surplombe inévitablement l’autre. Cette conception dualiste et hiérarchisée du phénomène humain, très ancrée, écarte d’emblée la complexité, la nuance, l’entremêlement. Elle nous pousse à considérer “par essence” la pensée et l’action comme deux mouvements distincts voire opposés, nous empêchant ainsi d’expérimenter la capacité de notre corps à penser, et celle de notre esprit à agir. Impossible alors de nous ouvrir à l’intelligence du vivant – où la conscience est un épiphénomène – afin d’exister comme une algue, une banane, un rocher, une musaraigne… Quel dommage !

Supprimer l’hégémonie de la conscience, et non la conscience (tout l’art, ici, est de ne pas verser dans l’excès inverse), nous permettrait de faire confiance au vivant, de le laisser nous toucher, nous éroder, nous fleurir. Nous pourrions retrouver les fondations de notre vie propre. Comment ? L’enfant que nous étions, tourné vers l’action au dehors, prêt à tout type de relation dans une présence totale, avait cette faculté innée d’hybrider le penser et l’agir, de se fondre avec son environnement. L’enfant puise à chaque instant sa force vitale et sa puissance dans l’engagement de tout son être, corps et esprit mêlés, au cœur du réel. Son intelligence se trouve dans l’expérience même de ce plongeon. En somme, il sait vivre parce qu’il est inconscient qu’il vit. L’enfant s’échappe continuellement de lui-même, et pourtant il ne viendrait à l’esprit de personne de lui conseiller de faire de la pleine conscience.

Je pointe ici l’incongruité fondatrice de nos vies d’adultes civilisés, que je développe dans ma thèse sur la santé en pleine inconscience. Plus nous sommes conscients et présents à nous-mêmes, moins nous nous connaissons, et moins nous allons bien. Oublier qu’on existe afin d’exister mieux, c’est se déplacer de son propre centre, se rendre à l’inattendu qui nous tonifie et nous transforme. Le “je” disparaît alors, et là, le ”je“ peut guérir. Car en s’oubliant, il se laisse traverser par toutes les forces vitales dont il a besoin et qui, si j’ose dire, ne dépendent pas que de lui.

Comment ébranler nos habitudes de perception ? Comment ne plus penser pour agir en pensant ? Commençons par deux exercices simples :

1/Prendre un végétal, une banane par exemple. L’écouter, puis la toucher, puis la humer, puis la regarder, et enfin la gouter, dans cet ordre. Vous explorerez là l’approche dualiste et fractionnée habituelle.
2/Prendre une autre banane, passer plusieurs jours à ses côtés – la placer dans votre sac à main, dans votre poche… jusqu’à l’oublier (ça peut être long). Noter comment elle va peu à peu s’imprégner en vous, dans vos rêves, par exemple, car il est presque certain qu’elle viendra vous y rencontrer et répondre à des questions que vous ne connaissez pas encore.

Bon rétablissement,

Dr.V