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Les conseils santé de Dre V. : Muscler son imagination

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Happi.Body, Nature, Philosophie, Sagesse & spiritualité, Santé, Tribune

Chers lecteurs, chères lectrices, en ces temps sombres où médecine et idéologie tricotent d’inquiétantes certitudes, la science est un recours précieux. Ma dernière chronique — humble vulgarisation du théorème de Roberte — ayant eu un succès inattendu, j’ai décidé de déplier pour vous une série de concepts arithmétiques. Or, il me semble urgent d’entrer dans l’automne par la porte de l’imagination, qu’on oppose étrangement au matérialisme, tout comme la religion. Vous savez comme les interprétations binaires me chagrinent; l’humain, bloc idiot, imperméable, univoque, au centre duquel somnolerait une vérité lumineuse, s’y englue quotidiennement, tête baissée.

Et voilà une déclaration impitoyable que j’entends trop souvent  : « Je n’ai aucune imagination (car) je suis terre à terre ». Autant dire « un triangle a quatre angles (car) il n’en a pas cinq ».

Cette assertion d’identité inversée est dite “inversion d’Arignotès”. En 503 avant Jésus, Arignotès, fille ainée de Pythagore, pressent déjà une Europe envahie de monolithes : les matheux, les farfelus, les imaginatifs, ceux qui ont le sens de l’orientation, ceux qui ne l’ont pas, les littéraires, les scientifiques, les ordonnés et les chaotiques… qui se réduisent eux-mêmes à l’infini selon ce qu’ils mangent, ce qu’ils portent, etc., jusqu’à s’inverser. Elle voit donc encore plus loin que les savants plurivoques de la Renaissance, vous savez, ces peintres botanistes, cartographes biologistes, médecins poètes, marins géomètres… et met en garde contre la délégation des compétences à une fourmilière d’experts, d’artistes et de machines, aujourd’hui banale. Selon elle, ce phénomène trouverait sa source dans un abandon rapide et massif de responsabilités.

Les neurosciences confirmeront ses intuitions : l’être humain naît (c’est un fait désormais irréfutable) avec un bassin de riches univers mentaux et une production imaginaire que la sélection naturelle n’a pas réservée à quelques-uns. De nombreuses études tentent donc péniblement de remettre à l’endroit cette inversion en postulant l’imaginaire comme un réservoir et l’imagination comme la membrane qui l’entoure, muscle qui s’active automatiquement en temps de rêve et de rêverie, qu’on tolère chez l’enfant, qu’on ne juge pas utile de renforcer chez l’adulte. Or, le muscle étant invisible, on préfèrera affirmer collectivement qu’il n’existe pas plutôt que d’avouer qu’il est flasque.

Et l’inversion continue de fleurir, malgré l’avancée de la science, qui explique pourtant que cette membrane est exceptionnelle: contrairement à un muscle apparent, en le renforçant, ce n’est pas sa silhouette qu’on sculpte, mais celle du monde. Et, par effet boomerang, en galbant le monde, on galbe sa propre forme dans le monde. Une imagination musclée, c’est un corps qui retrouve sa place et, j’oserais dire, sa capacité d’exister.

Par conséquent, je ne saurais trop vous inviter à redonner ses pleins pouvoirs à votre membrane. Pour commencer, prenez un cahier vierge et notez vos rêves. Au bout de cinquante, vous verrez déjà la différence: valorisés, les rêves donneront le meilleur d’eux-mêmes et l’impulsion pour les exercices suivants.

Bon rétablissement,

Dre. V.

 

Photographie : Linda Barberis

 

Lisa Diez est une chercheuse polyvalente, sorte d’artiste tout-terrain. Plasticienne, clown, autrice, formatrice, elle ausculte sans relâche le vivant, le sensible, l’invisible en inventant des formes qui les relient. Promenez-vous sur son site, toujours en construction, www.atelierdiez.com