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La force de se relever

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Rencontres, Sagesse & spiritualité

Aller à la rencontre d’un inconnu, plonger dans son univers, saisir la puissance d’inspiration que recèle parfois l’existence la plus discrète… Cet intérêt profond pour autrui a conduit Catherine Siguret à prêter sa plume aussi bien aux anonymes qu’aux célébrités. Auteure d’une soixantaine de livres, elle consacre son nouvel ouvrage, Héros ordinaires, à des individus dont le parcours, marqué par des drames bouleversants, ne les a pas empêchés de se relever pour monter des projets positifs et en faire profiter les autres.

Happinez : Quelle est la particularité des huit destins que vous présentez dans votre livre ? 

Catherine Siguret : Aucun parcours ne ressemble à l’autre parce qu’ils ont été touchés par une épreuve à des âges différents, d’ordre différent, eux-mêmes ou un proche, avec une personnalité différente. Pourtant, on est surpris de leur état d’esprit commun, notamment leur confiance en l’être humain, leur obstination, leur capacité à se raccrocher à la moindre joie. Laurent et Sophie lâchent la proie d’un métier assuré pour l’ombre d’un projet inédit d’institut de beauté pour corps abîmés ; Elodie et Louis frappent à toutes les portes pour obtenir des subventions et, ex-cadres, deviennent artisans tous corps de métier pour réduire le budget investi ; Cécile puise son courage dans les progrès de sa fille (atteinte d’infirmité motrice cérébrale), infinitésimaux au début. Ils ne se démobilisent jamais, irradiés par l’espoir.

 

Happinez : D’après vous, quel moteur a permis à ces individus de s’extraire d’une zone d’ombre personnelle pour choisir une voie lumineuse utile à tous ? 

Catherine Siguret : À un stade donné du marasme personnel, variable selon les individus, il n’y a pas trente-six solutions : soit on se laisse couler, et il n’y a pas de fond (jusqu’à la dépression, la désocialisation, le suicide), soit on invente quelque chose qui va nous extraire, non du problème parfois incurable, mais de nous-même. L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est notre propre nombril ! Un peu plus d’amour pour autrui, un peu moins de narcissisme, une capacité à être conscients que nous ne sommes qu’un grain de sable dans la mer de sable de l’humanité, voilà leur secret. J’aurais tendance à appeler leur moteur l’intelligence, tout… bêtement !

 

Happinez : Vous avez écouté de nombreuses personnes vous raconter leur incroyable aventure de vie. Quel message pourriez-vous adresser à tous ceux qui vivent actuellement des épreuves qu’ils croient insurmontables ? 

Catherine Siguret : Lire le livre, évidemment, et plus généralement l’histoire des autres, les écouter, faire parler autour de soi, y compris son boulanger, son voisin de café ou d’embouteillage. Rien de tel que le brassage des vies pour comprendre que nous ne sommes jamais seuls avec le pire drame, que d’autres ont eu le leur et peuvent nous donner des clés. Les autres aident à transformer la réalité en une action qui la dépasse, la fait regarder autrement. Le pire drame du monde, c’est le ressassement de soi, et la plus grande joie, c’est le mélange aux autres. C’est ce qui explique qu’il y a des gens très malheureux à qui il n’est rien arrivé, et d’autres très lumineux qui ont enduré le pire. On ne peut pas s’en rendre compte si l’on ne communique pas.

 

Propos recueillis par Aubry François

Photo © Nine Köpfer/Unsplash

Portrait © Didier Ben Loulou