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Le Cabinet Aléatoire de Soins Artistiques (CASA) : une consultation que vous n’êtes pas prêt d’oublier

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Le Coeur, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Mais où va le monde ? À trop se poser la question, on frôle le burn-out planétaire ! Et si vous changiez de point de vue, tel le pendu du tarot qui, la tête en bas, renverse son univers étroit pour laisser émerger l’autre sens de tout ça ? Entre rires, dérision, jeu, désordre et thérapie, les alter ego clownesques de Lisa Diez (artiste et médiatrice artistique) et Linda Barberis (éducatrice spécialisée), du collectif À la Source, vous reçoivent au sein de leur caravane turquoise ou Cabinet Aléatoire de Soins Artistiques (CASA) pour une consultation que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Dans cette interview exclusive, Lisa Diez nous en dit plus sur ce concept atypique qui apparaît comme une bouffée d’air frais dans la grisaille ambiante.

Happinez : Comment décrire un tel concept ?

Lisa Diez : Structure de soins personnalisés, boîte à rituels nomades, happening thérapeutique, spectacle participatif … comment décrire le Cabinet Aléatoire de Soins Artistiques (CASA) ? C’est une caravane transformée en cabinet médical où deux docteures déguisées en clownes (ou l’inverse) proposent de courtes consultations. Que se passe t-il dans cet espace peuplé de bocaux, de plantes, de tissus, de clous, d’objets insolites, de tiroirs débordants d’outils, de laine, de sable où l’on peut tout autant se relaxer, jouer, danser, caresser des cailloux ou fabriquer des objets magiques ? Est-ce un lieu de culte ? Un atelier d’artistes ? Un cabinet de soin ? De voyance ? De curiosités ? Une grotte de clownes sacrées ? Un boudoir de grand-mères ? Tout cela à la fois ? La CASA et est surtout un espace d’autonomie temporaire, de contestation, de dérision. Les professeures clownes qui l’habitent se plaisent à y inverser les rituels de prise en charge médicale dont on a l’habitude : scénographie, relation thérapeutique, stratégies et désirs de prévention, comportements… Tout cela se réinvente sans cesse, car à la CASA, le ou la patient.e n’est plus l’objet du soin, mais un sujet qui joue avec son propre soin.

 

Y-a-t-il deux séances qui se ressemblent ? Laissez-vous le soin au hasard d’opérer ?

Dès lors qu’on pénètre dans le cabinet, on est en rupture avec l’espace et le temps réels. Le travail des docteures commence au moment précis où la porte se referme : il leur faut se saisir de la matière vivante (le ou la patient.e) pour l’aider à voyager. Ce qui s’élabore ensuite ne peut être prémédité : le soin se nourrit de la rencontre, de l’échange, des états, des besoins, des humeurs, des imaginaires, des désirs et de l’instant présent. Il s’appuie souvent sur des outils variés et une épicerie des forces foisonnante, issue de la nature (minéral, végétal, animal). S’y articulent théâtre d’objet, danse, peinture, jeu divers, voyance, effets spéciaux, magie… Une ordonnance est fournie à l’issue de la séance : on sort de la CASA avec une trace écrite, dessinée, bricolée, un rêve, une prescription, un poème, de la terre sur sa peau, un souvenir profond ou dérisoire, un objet-force issu de soi qu’il s’agira d’activer bientôt.

 

Derrière l’humour et l’apparente absurdité du spectacle, que cherchez-vous à transmettre à ceux qui viennent vous consulter ?

C’est le monde qui est fou, fragile, absurde ! Il y a des opérations de soudure à pratiquer, des connexions à retrouver si l’on ne veut pas exploser tout à fait, si l’on espère tenir encore un peu, ensemble, sur cette planète-là… C’est dans ce monde excessif, clivé entre matérialité et spiritualité, féru de thérapie, en quête de liens, de sens, de tissages collectifs que nous apportons la CASA, petite forme légère en apparence qui transporte un peu partout ces fêlures en jouant avec elles. Nous ne voulons rien transmettre. Nous jouons. Avec toutes les formes de thérapies, toutes les formes de croyance, tous les protocoles de soin. Ce dont nous sommes convaincues, c’est que nous avons besoin de jeu. Le jeu n’est pas toujours une chose légère, inutile et réservée aux enfants. Toute relation est un jeu. Le jeu peut transformer et enrichir les regards, les imaginaires, redonner de la profondeur, du volume et de la saveur aux interactions humaines. Et le jeu mène souvent au rire. On n’a pas l’habitude de  rire avec la maladie, la mort, la science… Pourquoi ? Au sein des consultations, nous aidons nos patient.e.s à inventer leur propre soin, et parfois même ce sont elles ou eux qui nous soignent… Il y a donc aussi, avec ce projet, l’envie de rappeler à tous ceux qui se sentent investis d’une sérieuse mission thérapeutique, à tous ceux qui croient soigner les autres dans une position haute, que ce n’est jamais eux qui soignent, mais bien la relation qu’ils tissent avec leurs patients…

Pour découvrir l’univers de la CASA, suivez ce lien !

Propos recueillis par Aubry François