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Entre rêve, spiritualité et sagesse amérindienne

Catégorie(s) : À découvrir, Art de vivre, Bien-être, Contes, poésie..., Développement personnel, Livres, Nature, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité

L’amour de la poésie et de la spiritualité a poussé Olivia Zeitline à se consacrer pleinement à l’écriture, au lendemain de ses études de droit. Succédant brillamment à son best-seller Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête (Pocket), mais tout autant marqué du sceau de l’intuition, son nouveau roman Là où chante l’étoile (Solar) nous conduit dans le désert des doutes et du désir, aux côtés de Charlotte, son héroïne, qui va apprendre à percer à jour les voix de la nuit afin d’éclairer sa route. Une interview exclusive entre rêve, spiritualité et sagesse amérindienne.

Happinez : Par quelle quête est appelée votre héroïne Charlotte quand commence son histoire ?

Olivia Zeitline : Dans mon nouveau roman, Là où chante l’étoile, Charlotte, mon héroïne, est face à une quête inconsciente, celle d’aller vers son grand destin en accord avec ses désirs les plus profonds. Une quête qui la dépasse parfois tant elle demande beaucoup de sacrifices, de résilience, de foi et de courage. Une quête difficile à ancrer dans le fonctionnement de la société contemporaine. Charlotte cherche une place dans ce monde tout en respectant la profondeur de son chemin d’âme. Au début de son aventure, elle voudrait que plus rien ne bouge dans sa vie qui ressemble à tout ce qu’elle avait désiré depuis toujours, à ses rêves d’enfant : elle a enfin intégré la troupe de danse contemporaine d’un chorégraphe célèbre et sa vie amoureuse s’est stabilisée avec Tom, son compagnon. Mais d’étranges songes la réveillent en sueur. Il y a donc une sorte d’opposition entre la nuit et le jour… Qu’est-ce que la nuit nous révèle sur le jour ? Ces rêves nocturnes guident mon héroïne vers Los Angeles, où se rend sa troupe de danse, ville des rêves les plus grands et des stars, mais aussi des désillusions et des clochards… Je trouvais intéressant de suivre ce fil de la nuit qui fait irruption dans le jour et qui mène à la question de l’ombre et de la lumière. Quand on entre sur un chemin initiatique, la vie est une suite de transformations qui nous mènent là où on ne l’aurait pas imaginé. Il y a des phases de déconstruction et de construction, d’ombre et de lumière. Comment intégrer notre part d’obscurité dans notre grand jour ? Dans ce roman, mon héroïne va être confrontée à la nuit noire de l’âme. À chaque début de chapitre, j’écris une phrase poétique et celle-ci résume cette phase de l’évolution initiatique : « Plus on meurt, plus on renaît ». C’est dans ce trou noir que se trouve son étoile. Une étoile qui n’est peut-être pas celle de la danseuse étoile, du rêve de devenir une étoile qui brille mais une autre étoile, plus lointaine, plus mystique… Tout au long de mon roman, je traite avec poésie cette idée que la nuit jaillit pour redonner du souffle au jour si on ose écouter son message.  Ce roman, c’est aussi un récit où j’avais envie de donner de la force au lecteur pour continuer malgré les épreuves.

 

Happinez : Les rêves sont très présents dans votre livre. Quel est, à votre avis, le rôle de ces visions nocturnes dans une vie humaine ?

Olivia Zeitline : Les rêves sont le langage de l’âme, de l’intuition viscérale… Ils sont la porte d’accès à notre profondeur, à nos désirs enfouis. D’après mon expérience, ils peuvent nous montrer bien plus que ce dont nous avons conscience. Ils nous parlent par rébus, par symboles et parfois beaucoup plus clairement et simplement qu’on ne l’imagine. Les rêves de la nuit peuvent être des détonateurs, des déclencheurs, des messages de l’invisible, de nos guides, de personnes chères… Il y a autant d’explications que de sensibilités… Ils peuvent nous amener à trouver notre chemin. Je me suis beaucoup documentée à leur sujet avant d’écrire mon roman. J’ai lu notamment qu’il était important, pour s’en souvenir, d’essayer de les noter, de conserver un carnet à coté de sa table de chevet. Personnellement, les rêves sont venus me guider naturellement, souvent quand je m’y attendais le moins… De temps en temps, avant de m’endormir, je posais simplement l’intention d’avoir des réponses pendant la nuit. Les guidances ne sont pas forcément venues tout de suite mais cela a fonctionné sur la durée. C’est aussi de cette manière que mon héroïne obtient finalement le plus de réponses… Mais chacun a sa méthode et il est important de se connaître et de s’écouter. L’intrigue de mon roman est basée sur la quête de sens de Charlotte qui tente de comprendre les rêves quasi mystiques dans lesquels une ombre mystérieuse lui rend visite. Je pose la question des rêves télépathiques ou des songes en lien avec des guides, comme dans la tradition amérindienne. En réalité, ça n’est pas la réponse qui compte. C’est la manière dont toutes les interprétations font évoluer mon héroïne, dont ils la mettent en mouvement. Pour moi, les rêves nocturnes sont fondamentaux dans nos vies de par l’énergie qu’ils dégagent depuis le lieu d’où ils viennent.

 

Happinez : Votre roman évoque notamment la spiritualité amérindienne. Que vous a appris cette sagesse ?

Olivia Zeitline : Avant de commencer à écrire mon roman, j’ai fait énormément de recherches sur cette culture qui me fascinait depuis toujours, sans trop savoir pourquoi, comme si j’étais appelée à parler d’elle… Pour les Amérindiens, tout est interconnecté, chaque chose a un esprit et est une part du grand Esprit. Cela m’a fait du bien de découvrir cette manière très simple d’expliquer une sensation que j’avais instinctivement en moi depuis toutes ces années d’introspection, de rencontres et de lectures sur la spiritualité.  En effet, je me suis souvent sentie connectée aux éléments, comme si je pouvais leur parler. Dans mes romans Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête ou Là où chante l’étoile, j’ai travaillé les éléments de la nature, le désert, la forêt, les collines comme de véritables personnages qui ont, eux aussi, des messages à délivrer à mon héroïne. Je trouve ça beau et poétique. Pour moi, cette sagesse invite donc à voir l’invisible, à entrer en relation avec cette force cosmique impalpable mais omniprésente, celle du mouvement fondateur de l’univers, et à lui faire confiance.

Dans ce roman, je me suis demandé comment comprendre leur culture et comment l’appliquer à notre mode de vie occidental… Nous ne serons jamais des Amérindiens, nous ne vivons pas en interaction avec le désert. La question que pose ce livre est de savoir comment regarder leurs enseignements pour qu’ils nous servent à nous positionner dans l’existence. Pour mon héroïne, j’en reviens à sa place dans le monde, à son envie d’être là où chante l’étoile…

Et puis, après avoir lu beaucoup de livres, j’ai eu envie d’aller les rencontrer. Tout s’est déroulé par un enchaînement de coïncidences. Avec mon compagnon, Dominique Filhol, nous sommes allés à Sedona car son court-métrage avait été sélectionné à un festival de films là-bas. Au milieu de ces roches rouges à l’énergie yang, nous avons rencontré des personnes qui, de fil en aiguille, nous ont présenté un Amérindien de la tribu des Hopis. Celui-ci nous a invités à venir chez lui et à visiter son atelier de bijoux. Nous avons roulé pendant de longues heures, dont les deux dernières au milieu du désert d’Arizona, pour finalement arriver sur un haut plateau, aux roches jaunes cette fois. Sa ville s’appelle Second Messa et il n’y a rien à part un hôtel restaurant. Les réserves sont comme les décrivent les films et c’est assez difficile à voir mais leur culture ancestrale reste très belle. Notre nouvel ami nous a conduits jusqu’à la pierre de la prophétie et nous avons été autorisés par les Esprits de leurs ancêtres à reprendre le message gravé sur ces pierres. Cette prophétie raconte comment nos ancêtres ont réussi à passer du troisième au quatrième monde, à travers le Ciel, pour arriver au Grand Canyon, le centre de l’Univers. Il faut aujourd’hui que l’humanité ouvre son cœur pour passer dans le cinquième monde, un monde d’équilibre et d’harmonie. L’important pour ce peuple, désormais, est de diffuser le message selon lequel la présence des ténèbres en tout chose doit être équilibrée. Chacun de nous peut devenir Hopi s’il développe de la compassion envers lui-même et pour ses erreurs – car nous en faisons tous – mais surtout une humilité à retrouver en urgence face à notre Mère la Terre.

 

Propos recueillis par Aubry François