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Apprivoisez vos émotions grâce à l’écriture créative

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Se définissant comme une femme par délicatesse, une écrivaine par instinct et une maman par amour, Isabelle Bary est passée d’une courte vie dans les affaires à une existence guidée avant tout par la plume. Auteure d’une dizaine de romans, dont Zebraska, paru au printemps 2020 aux Éditions J’ai Lu et inspiré par son fils Haut Potentiel, Isabelle anime aussi des conférences et des ateliers d’écriture créative, où se révèle le pouvoir des mots, chemin vers la liberté d’être soi. Elle participe, aux côtés de 17 autres orateurs, à la cinquième édition du Congrès virtuel de la Douance, qui aura lieu du 8 au 17 octobre 2020. L’interview suivante vous donne un avant-goût de la conférence qu’elle donnera lundi 12 octobre, et qu’elle a intitulée  “Comment mettre l’écriture au service de nos émotions”.

Happinez : Quand avez-vous découvert toute la puissance thérapeutique de l’écriture ?

Isabelle Bary : Comme les chevaux, les histoires et le chocolat, l’écriture a fait partie de ma vie depuis l’enfance. J’étais une enfant solitaire et à fleur de peau. L’écriture était pour moi comme une bulle paisible, un écrin de liberté. C’était un peu comme si je pouvais y rendre justice à mes émotions. Mais bien sûr, à l’époque, cet effet libérateur était purement instinctif. La conscience de cette force thérapeutique m’est venue bien plus tard. Tout d’abord avec la publication de mon tout premier roman. Ce sont mes lecteurs qui m’ont fait découvrir le pouvoir des histoires, en m’écrivant pour me dire que mon roman leur avait redonné espoir, avait changé leur regard ou fait comprendre quelque chose d’important. J’ai alors réalisé combien la manière dont je mettais en scène mes émotions (parfois douloureuses) au service d’une fiction me faisait du bien autant qu’au lecteur ! Une seconde prise de conscience s’est faite un peu plus tard encore, lorsqu’une maison de ressourcement pour personnes atteintes du cancer (La Vie-là), m’a demandé d’organiser des ateliers d’écriture pour ses patients. J’ai réalisé, en les mettant sur pied et en les animant, combien les émotions étaient à la base de tout et comme il était apaisant de pouvoir les coucher sur le papier, puis de les engager dans un processus créatif pour en faire des alliées. Écrire, c’était désormais évident, relevait de la thérapie.

 

Mais dans bien des cas, on n’ose pas se lancer, par peur de ne rien avoir à dire…

On a tous des choses à dire ! Mais c’est vrai que les préjugés sur l’écriture ont la vie dure. Écrire est un passage à l’acte qui impressionne parce qu’on y colle encore l’image d’une activité intellectuelle réalisée par une sorte de personnalité énigmatique et érudite qui écrit pour dispenser son savoir ou son talent. Dans ce cas, évidemment, personne ne se sent légitime par rapport à l’écriture. Mais, comme pour toute forme d’art, on n’est pas obligé d’en faire son métier ! Il n’y a pas d’exigence ou de prérequis, à partir du moment où on ne désire pas être publié. Il n’existe aucun modèle, aucun critère, aucune obligation à partager son texte. Pas besoin non plus de se mettre la barre haut. Si on se libère de cette croyance, prendre la plume ou le clavier n’a plus rien d’intellectuel ou de figé, au contraire, cela devient émotionnel et terriblement vivant. Et c’est ce qui rend l’acte d’écrire accessible à tous et particulièrement aux personnes hypersensibles qui débordent de ces émotions qui sont la source de toute écriture libératrice. Il suffit de lâcher prise avec notre perfectionnisme, de se désengager du résultat en se donnant la permission de jeter simplement ses émotions sur le papier ou l’ordinateur. La page blanche est un mythe engendré par une peur sans fondement.

 

Se réconcilier avec ses émotions via l’écriture est une idée séduisante. Mais comment s’y prend-on ?

Sans faire le tour de la question, je vous dirais que dès qu’on accepte l’idée qu’écrire, c’est déplacer son émotion sur un support, la pratique devient très simple ! Il suffit d’avoir sur soi de quoi écrire pour y poser le ressenti qui nous submerge. Peu importe le style, ce qui compte, c’est l’acte physique. Parfois, le temps d’un feu rouge suffit. Ce premier geste est déjà libérateur. On peut en rester là. On peut aussi aller plus loin et faire de cette émotion une force. On passe alors de “se raconter” à “raconter”. Il s’agit de travestir son émotion en la mettant au service d’une histoire plus grande. Cela implique une forme de détachement qui permet de jouer avec son ressenti et donc de ne plus le subir. Je vous donne un exemple personnel : lorsque mon petit garçon a été diagnostiqué Haut Potentiel, nous avons vécu des années sombres et difficiles. J’écrivais régulièrement ma peine dans un carnet. Les mots étaient durs, le style rudimentaire. Longtemps, mon carnet est resté un simple exutoire. Ensuite, il m’est arrivé de relire des passages et de revoir ma copie en imaginant la scène sous un autre angle, en réinventant mes réactions, en prenant la mesure de l’absurde de certaines situations. En réalité, je travestissais la réalité pour la sublimer par l’écriture créative. Enfin, quand tout a commencé à aller mieux, j’ai écrit Zebraska, un roman dont les héros sont hypersensibles. J’y ai mis toutes mes émotions au service d’une fiction (et non d’un témoignage) destinée à faire du bien aux autres et qui m’a permis, à moi aussi, de tourner une page. J’ai usé de mes émotions pour m’en décharger, mais aussi pour en faire circuler l’énergie positive.

 

Pour en savoir plus : www.isabellebary.be/

Pour s’inscrire au Congrès virtuel de la Douance : ici

 

Propos recueillis par Aubry François