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21 éco-défis pour prendre soin de soi et de la planète

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Nature, Rencontres, Rituels, Santé

Le réchauffement climatique, la pollution, l’érosion de la biodiversité, l’épuisement des ressources naturelles, les troubles de la fertilité, la violation des droits des travailleurs.ses et des enfants, l’élevage industriel… La liste des répercussions désastreuses de notre système capitaliste est longue. Mais comment agir concrètement et à notre échelle pour inverser cette tendance ? Professeure d’anthropologie et créatrice du blog Échos verts , Natacha Tourabi se consacre pleinement à la sauvegarde de la nature. Elle a récemment publié 21 éco-défis pour prendre soin de soi et de la planète, aux éditions Ulmer, un guide pour comprendre les conséquences de la nos choix quotidiens et pour cheminer vers un mode de vie sain, éthique et écologique. Dans cette interview exclusive, elle nous présente son parcours et son engagement.

Happinez : Votre parcours de vie ne vous prédisposait-il pas à vous engager pour l’environnement ?

Natasha Tourabi : En effet, j’ai été sensibilisée à la préservation de la nature à l’adolescence, au cours de mon voyage à bord du voilier-école Fleur de Lampaul. Pendant un an, accompagnée de 9 autres adolescent·es et de 5 adultes, j’ai pu aborder des îles d’Afrique de l’ouest, des Caraïbes et du Pacifique et partager le quotidien de peuples très proches de la nature. Cette expérience m’a non seulement permis de prendre conscience qu’il était possible de vivre en harmonie avec notre environnement naturel, mais aussi et surtout que le système capitaliste et le mode de vie ultra-consumériste et polluant qui en découlent pouvaient mettre en péril le mode de subsistance, ainsi que les précieux savoirs et ressources socio-culturels de nombreux peuples autochtones. De retour de ce voyage à la fois enrichissant et bouleversant, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse pour faire ma Première et ma Terminale dans un lycée international du groupe United World Colleges (UWC). Il s’agit d’un mouvement éducatif global ayant pour mission de faire de l’éducation une force afin d’unir les peuples, les nations et les cultures pour un monde en paix et durable. En plus de m’offrir de nouvelles perspectives sur l’écologie, ces deux années m’ont aidé à prendre conscience de l’importance de changer le système socio-économique dominant ainsi que les mentalités et comportements individuels – sans cela, nous ne pourrons préserver ni la planète, ni l’humanité.

 

Et tout a commencé avec un blog…

En 2013, me sentant particulièrement préoccupée par l’ampleur des dégâts socio-environnementaux causés par le capitalisme et consciente de la nécessité d’agir à mon échelle, j’ai décidé de créer Échos verts, un blog sur lequel je partage mes réflexions, astuces et découvertes autour de l’écologie du quotidien. J’y aborde une diversité de sujets, de l’alimentation à l’habillement en passant par la maternité et les nouvelles technologies, sous différents formats – témoignages, interviews, recettes, fiches pratiques, etc. Ayant moi-même un long chemin à parcourir avant de pouvoir qualifier mon mode de vie de durable, j’ai décidé d’amorcer mensuellement de nouveaux changements sous forme d’”éco-défis”. Grâce à ces challenges présentés sur mon blog, j’ai pris le temps de m’informer sur diverses problématiques liées à notre mode de production et de consommation et j’ai adopté des habitudes plus saines, éthiques et écologiques dans tous les domaines du quotidien. Plusieurs milliers de personnes se sont jointes à moi pour relever ces éco-défis et partager leur expérience sur le blog et les réseaux sociaux, appréciant de pouvoir avancer pas à pas, de manière éclairée et réfléchie, vers le mode de vie auquel ils·elles aspiraient. Ce blog a été un vrai tremplin dans mon parcours personnel, non seulement parce qu’il m’a incitée à approfondir certains sujets mais aussi parce que je me suis beaucoup nourrie des échanges bienveillants et constructifs avec des lecteur·rices très engagé·es.

 

Comment s’organise un éco-défi ?

Les 21 éco-défis présentés dans mon livre ont été inspirés du concept développé sur mon blog ces dernières années. Ces défis se basent sur les sept piliers d’un mode de vie durable que j’ai identifiés et décryptés dans la première partie de mon guide : la bienveillance, le minimalisme, l’agriculture biologique, le commerce équitable, la consommation locale, la protection animale ainsi que la réduction des déchets. À travers chaque éco-défi, j’invite les lecteur·rices à remettre en question leurs croyances, leurs repères et également leurs habitudes afin d’en adopter de nouvelles, saines, éthiques et écologiques dans chaque sphère du quotidien. Revoir nos habitudes dans un domaine à la fois et à notre rythme est, à mon sens, le meilleur moyen de mettre en place des changements individuels durables.

C’est pourquoi j’ai divisé les éco-défis en thématiques précises – « Prendre soin de soi au quotidien », « Manger bio sans dépenser plus » ou encore « Choisir une banque et un fournisseur d’énergie éthiques » – et identifié des étapes et objectifs précis pour chacun d’entre eux. Par exemple, les objectifs de l’éco-défi « Prendre soin de soi au quotidien » sont les suivants : identifier nos besoins et nos clés personnels pour y répondre, saisir chaque opportunité pour nous ressourcer chaque jour et, enfin, nous libérer des influences négatives. Ainsi, chaque éco-défi est un ensemble d’opportunités à saisir pour gagner en bien-être et vivre dans le respect du vivant.

 

D’après vous, quelle habitude néfaste envers la planète faudrait-il changer en priorité ?

Réduire drastiquement notre consommation de produits animaux est l’action individuelle pouvant avoir l’impact positif le plus important sur l’environnement. D’après la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’élevage est la première cause d’émissions de gaz à effet de serre anthropiques à travers le monde. En effet, cette industrie émet d’importantes quantités de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote tout au long de la chaîne de production. Les excès de dioxyde de carbone sont causés principalement par la déforestation mais également par la désertification des pâturages, l’usage de combustibles fossiles ou encore la production d’engrais. La fermentation des lisiers et des engrais ainsi que la fermentation entérique sont les principales responsables des émissions de méthane. Quant au protoxyde d’azote, il émane des engrais ainsi que des effluents d’élevage. L’élevage intensif participe par ailleurs à la dégradation des terres, à l’épuisement ainsi qu’à la pollution de l’eau et à la diminution de la biodiversité – cette dernière étant causée par le réchauffement climatique, l’intensification de l’agriculture, la déforestation, la désertification, l’invasion d’espèces exogènes, la surexploitation des terres et des milieux marins ainsi que la pollution résultant de l’élevage intensif. C’est pourquoi, lorsque nous avons accès à une diversité d’ingrédients d’origine végétale (fruits, légumes, céréales, pseudo-céréales, légumineuses, graines et oléagineux), réduire – voire éliminer – les produits animaux de notre assiette peut faire une réelle différence à l’échelle planétaire.

Propos recueillis par Aubry François