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On est foutu, on mange trop !

Catégorie(s) : À découvrir, Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Happi.Body, Nature, Rituels, Santé

Déjà, en 1978, Alain Souchon le chantait : « on est foutu, on mange trop ». Dans nos sociétés (dites) développées, l’abondance se retrouve aussi dans nos assiettes. Trop, et souvent mal, une catastrophe pour notre santé, mais aussi pour la pression que nous imposons à notre environnement. Un réajustement global s’impose, pour notre bien, celui de la nature, et du plus grand nombre à l’échelle de la planète.

Un tiers de la population de la planète souffre de sous-nutrition, alors qu’une part croissante des habitants des pays riches souffre d’obésité, avec toutes les répercussions dramatiques sur la santé des uns et des autres, de ceux qui jouissent d’une abondance luxuriante comme de ceux qui ne mangent pas à leur faim.

Absurde, non ?

Il apparaît évident que, dans les pays aisés, dans l’ensemble, on mange trop. J’en ai été victime. Il y a encore une quinzaine d’années, je pesais vingt kilos de plus qu’aujourd’hui. Pour retrouver la ligne, j’ai essayé différentes approches. Le régime dissocié (Montignac), la stratégie sur-protéinée (Dukan), la méthode comptable (Weight Watchers)… Ces différentes tactiques fonctionnaient, avec des effets parfois spectaculaires sur les retours chiffrés de ma balance, mais cela ne durait pas. Une fois libéré de ces contraintes que je m’imposais, je retombais dans mes travers, et les kilos superflus revenaient.

J’avais assez vite admis l’idée que je me nourrissais mal, et que je devais m’améliorer. Mais j’ai mis longtemps avant d’envisager qu’il fallait simplement que je mange moins. Et que pour cela, je devais révolutionner ma relation avec la nourriture. Une fois de plus, ma faiblesse était avant tout d’ordre culturel.

Petit à petit, j’ai essayé de changer. J’ai continué de m’efforcer à mieux m’alimenter, mais je me suis surtout attelé à diminuer les quantités. Pour ce faire, j’ai appris à m’écouter, à m’entendre et à me faire confiance. Il m’a fallu passer du plaisir “sans cesse renouvelé de manger ” à celui nouveau ”d’écouter mon corps ”. Manger seulement quand j’avais faim, ne pas manger quand je n’avais pas faim. Oublier le « finis ton assiette » que l’on me rabâchait enfant, le sempiternel « il ne faut pas sauter de repas » qui, s’il peut être vital pour certaines populations fragiles, ne concerne pas forcément ceux qui sont en bonne santé. Renoncer au systématisme du 2700 calories par jour, ni plus ni moins. J’ai travaillé sur moi pour ne plus combler une sensation de vide existentiel par la nourriture. J’ai appris, lentement, à ignorer le fruit du travail acharné de publicitaires talentueux dont le principal objectif est bien souvent de nous faire consommer au maximum leurs produits, au grand dam de notre santé. Le chemin est loin d’être terminé. J’aimerais tendre vers une forme douce de végétalisme, pratiquer régulièrement le jeûne pour laisser à mon système digestif le temps de se reposer… Bref, continuer à pacifier mon rapport à la nourriture.

Pour ma santé physique, bien sûr, mais pas uniquement.

Pour tempérer mon éco-anxiété, aussi.

Diminuer les quantités de nourriture que nous absorbons a un réel impact sur notre environnement. Limiter sa consommation de viande, de poisson, de produits exotiques qui traversent les océans pour arriver jusqu’à nos caddys, de fruits et légumes cultivés artificiellement hors saison… Autant de bonnes résolutions qui entraînent, d’une manière ou d’une autre, une réduction de notre facture énergétique, de notre surexploitation des ressources naturelles, et du grand cirque de l’acheminement des aliments d’un bout à l’autre de la planète. Comme je vivrai en meilleure santé, cela diminuerait encore ma consommation de médicaments, un bienfait supplémentaire puisque l’industrie pharmaceutique laisse, elle aussi, une forte empreinte environnementale. Et, cerise géante sur le gâteau, cela pourrait permettre à terme de mieux répartir nos ressources alimentaires communes, en laissant une part de la production agricole et animale là où les populations en ont vraiment besoin.

Une dernière remarque, pour terminer. Je mange le plus souvent bio, pour ma santé, bien sûr. Mais je le fais aussi parce que c’est une garantie d’un meilleur respect de notre environnement. Je ne suis pas naïf : je ne prétends pas que ce label suffise à attester une qualité optimale et de bonnes pratiques systématiques de fabrication. Ce dont je suis persuadé, en revanche, c’est que le bio est forcément mieux que le non-bio, pour notre santé, comme pour la planète. Parfois dans de larges mesures, parfois moins, et sans doute dans certains cas pas du tout. Mais dans notre contexte écologique, tout est bon à prendre.

 

Pierre-Yves Touzot

 

Pierre-Yves Touzot est réalisateur, romancier et blogueur. Dans ses romans, il invite ses lecteurs à s’interroger sur leur rapport à l’environnement, à se reconnecter à la Nature, une étape indispensable pour lui vers la résolution de nos problèmes écologiques. Depuis plusieurs années, il construit à travers son blog une médiathèque de romans, d’essais, de bandes dessinées, de films, de documentaires, tous consacrés à cette thématique. Pour en savoir plus : www.ecopoetique.blogspot.com

Il a récemment publié Presque libre, coup de cœur de la rédaction Happinez, aux éditions La Trace.

 

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