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Le pardon : une étape essentielle sur notre chemin de vie

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Rencontres, Sagesse & spiritualité

Auteur, conférencier et directeur des études à la Sigmund Freud University (SFU – Paris), Jacques Schecroun est aussi président-fondateur du Grand Festival « Une autre façon d’aimer » qui se déroulera les 9 et 10 novembre 2019 à Cabourg. Après La lumineuse histoire du prince qui manquait de tout (Albin Michel) et le traité de bientraitance Et si la vie voulait le meilleur pour nous (Presses de la Renaissance), co-écrit avec la psychologue Nicole Aknin, Jacques Schecroun a exploré cette fois la question du pardon dans son roman Pardonne, aime et revis, publié au printemps dernier chez Leduc.s éditions. Cette interview exclusive est l’occasion pour lui de nous offrir un avant-goût de cette merveilleuse lecture à découvrir particulièrement en cette Journée Internationale du Pardon.

 

 

Happinez : Quelle histoire raconte votre roman ?

Jacques Schecroun : Pardonne, Aime et revis raconte, en fait, deux histoires. Celle d’Augustin, un psychothérapeute qui a entrepris d’écrire un livre sur le pardon et qui a le plus grand mal à pardonner à son père. Celle de Manon, une de ses patientes, qui en veut terriblement à son propre père qui a abandonné sa mère avant même sa naissance. Deux histoires en écho l’une de l’autre qui finiront, peut-être, par se rejoindre de façon inattendue.

 

Happinez : Que gagne-t-on à pardonner à l’autre ce qui a tout d’impardonnable ?

Jacques Schecroun : On croit souvent que pardonner à l’autre serait lui faire la part trop belle et lui permettre, malgré ce qu’il (elle) nous a fait, de s’en tirer à trop bon compte. Mais le pardon n’a finalement pas grand chose à voir avec cet autre que nous tenons pour responsable des maux dont nous souffrons. Le pardon est beaucoup plus en rapport avec soi. Tant que nous refusons de pardonner, nous sommes dans le ressentiment et, à sans cesse ressasser le passé, c’est à nous-mêmes que nous faisons du mal. Dès lors, pardonner, c’est arrêter de se faire du mal à soi-même. C’est refuser que la passé nous empêche de vivre notre présent. C’est encore, et ce n’est pas un détail, cesser de donner à l’autre du pouvoir sur notre vie.

 

Happinez : Et se pardonner à soi-même?

Jacques Schecroun : L’autre n’est souvent qu’un paravent mais, en définitive, il n’y a de ressentiment que pour soi. Il importe donc de se pardonner à soi-même pour cette raison essentielle que, contrairement à ce que nous avons toujours pensé, nous sommes innocents. Innocents de tous les forfaits que nous nous imputons (avoir fait souffrir notre mère, ne pas avoir été assez sage, lui avoir donné du fil à retordre, etc.) et qui nous paralysent de culpabilité. La culpabilité est l’un des principaux poisons de l’âme et s’en libérer est un cadeau que l’on se fait. Rien de mieux, dès lors, que de se pardonner. Cela permet d’avancer dans la vie en considérant que l’important n’est pas ce qui s’est passé, quoiqu’il se soit passé, mais ce que nous allons en faire.

 

Happinez : Quels seraient vos conseils pour réussir à pardonner ?

Jacques Schecroun : Mes conseils ? Je dirais d’abord que s’agissant de pardonner, il n’y a rien d’obligatoire. Le pardon ne peut pas résulter d’un « il faut » ou d’un « je dois ». Il n’est efficace que conjugué avec « j’ai envie » ou « je choisis ». Ensuite, une bonne façon d’y parvenir est de pratiquer la bienveillance. Plus on s’installe dans cet état d’être et moins il sera difficile de pardonner. Enfin, je suggère d’aimer. Aimer non point tel que la plupart d’entre nous l’avons appris (notamment en recevant un amour qu’on nous menaçait de nous retirer, ce que nous nous sommes empressés de reproduire) mais aimer sans condition. Aimer en se posant, à chaque instant, cette question de savoir ce que l’amour ferait s’il était à notre place. Dans ce contexte, pardonner n’est plus un problème. C’est une évidence.

 

Propos recueillis par Aubry François

© Lina Trochez/Unsplash