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Les clés de la cohérence cœur corps esprit

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Le Coeur, Livres, Philosophie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Titulaire d’un doctorat de philosophie et d’un master en sciences cognitives, la chercheuse indépendante et coach de vie Thi Bich Doan anime des formations sur la perception et la conscience corporelle. Elle vient de publier, aux éditions Leduc.s, La Cohérence cœur corps esprit et nous donne dans cette interview un aperçu brillant du voyage à travers les différentes dimensions de notre être auquel nous convie cet ouvrage. Ou comment l’accueil inconditionnel de toutes les parties qui nous constituent – ombre et lumière – peut nous mener vers l’unité et l’épanouissement.

Happinez : De quelles parties notre être est-il constitué ?

Thi Bich Doan : Cette question est intéressante car elle offre plusieurs réponses et ouvre à d’autres questionnements. Notre être est un mystère vivant et infini que nous ne pouvons appréhender que partiellement, car nous sommes par nature limités par notre entendement et nos sens. Nous ne pouvons évoquer que ce que nous pouvons comprendre intellectuellement ou ressentir physiquement. De plus, définir notre être en plusieurs parties est une convention, autant le fait de le séparer en parties que le choix de ce que sont ces parties.

Je peux répondre que l’être est constitué d’un corps qui ressent par ses fonctions sensitives et d’un esprit qui pense grâce à ses facultés conceptuelles, le corps et l’esprit étant indissociables. Je peux ajouter au corps et à l’esprit la dimension invisible mais centrale du cœur (c’est aussi la dimension de l’âme) qui, outre sa capacité à aimer, a la faculté de nous ouvrir à l’intangible et à ce qui n’est pas accessible par les cinq sens ou la pensée. On retrouve ce schéma tripartite âme/corps/esprit ou cœur/corps/esprit dans des traditions spirituelles. Pour tout un chacun, c’est une manière de se souvenir que nous fonctionnons de concert avec nos pensées (l’esprit mental), nos émotions (le cœur vibrant) et nos sensations (le corps physique).

Prenons d’autres exemples de répartition. Un anatomiste vous expliquera que l’être est constitué d’organes dont le cerveau, de tissus physiologiques, de fluides, de cellules, de molécules, etc. Un enfant vous dessinera une tête, des yeux, un nez, une bouche, un tronc, des bras, des mains, des jambes. Un énergéticien ou un spirituel vous parlera des différents corps subtils de l’être (liés à nos sept chakras ou centres énergétiques) dont le rayonnement s’étend autour du corps physique. Toutes ces manières de décrire les parties qui constituent l’être dépendent de notre niveau de conscience, de nos croyances culturelles, de nos besoins, des connaissances théoriques, des transmissions pratiques, etc. On pourrait même imaginer que notre être est constitué de deux parties : l’intérieur de notre corps et tout ce qui se trouve à l’extérieur. L’extérieur serait le miroir de l’intérieur et vice-versa, nous montrant par nos aventures quotidiennes que tout est relié à tout. C’est ce que les enseignements bouddhistes appellent l’inter-être. On retrouve cette notion d’interconnexion et d’intrication dans les concepts quantiques où, à l’échelle de l’infiniment petit, notre univers est un océan vibratoire d’informations énergétiques et fréquentielles. Cette réalité de l’inter-être, à savoir que chacun de nous influe sur les autres et inversement, peut nous aider à agir en étant plus responsables.

Nous faisons exister chacune de nos parties et chacune de nos parties nous représente. Nous sommes une partie de l’univers et nous pouvons extrapoler que notre être représente l’univers tout entier. Quelles que soient les parties que nous choisissons pour définir notre être, l’essentiel est que ces parties cohabitent et interagissent de manière cohérente.

 

Happinez : Comment définiriez-vous la cohérence ?

Thi Bich Doan : Je vais l’illustrer par l’image de l’enfant qui commence à faire du vélo. Au départ, il ne tient pas sur son vélo car ses bras, ses pieds, sa tête, etc. ne sont pas coordonnés. Il ne sait pas comment faire, il a peut-être peur, il penche d’un côté ou de l’autre, quelqu’un doit éventuellement l’aider à rester droit. Chaque partie de son corps et de son esprit doit d’abord apprendre à maîtriser son rôle : la jambe droite et la jambe gauche qui appuient en alternance sur les pédales, les mains qui tiennent le guidon, le corps qui reste sur la selle, le regard qui voit la direction d’arrivée, etc. Les parties doivent être coordonnées entre elles, dans l’espace et dans le temps, et l’ensemble doit amener au même endroit. À un moment donné, l’enfant va trouver une unité globale, ses émotions et ses pensées vont se calmer, les mouvements de chaque partie de son corps vont se compléter mutuellement pour qu’il reste en équilibre en roulant. Dès lors, il sait faire du vélo et il n’oubliera pas.

La cohérence est ce qui me permet de me sentir en unité et en harmonie avec moi-même et avec mon environnement, de rester naturellement en bonne santé, de réfléchir avec lucidité et discernement, d’agir avec spontanéité et fluidité. Ma cohérence intérieure découle de l’intégration de toutes mes facettes, qu’elles soient positives, négatives ou neutres. Mes composantes positives, mes qualités et mes forces sont les bienvenues car elles me mettent à l’aise et me valorisent. Mes composantes négatives, mes défauts et mes faiblesses, sont également à prendre en compte car si je les ignore, elles agiront à mon insu et pourront m’entraver. Pour cela, je traverse avec le plus de sincérité possible les émotions perturbatrices qu’elles génèrent, pour pouvoir ensuite me concentrer sur leur énergie neutre. Cela revient à ressentir leur vibration avant que je ne les interprète mentalement et qu’elles me déstabilisent du fait que je leur ai octroyé le pouvoir de me définir. Quant aux composantes neutres, je les observe car il peut s’agir de qualités dormantes que je peux utiliser utilement ou de blocages sous-jacents qui doivent être dissous.

Cette définition de la cohérence m’est personnelle, même si elle rejoint la définition du dictionnaire “d’une liaison, d’un rapport étroit d’idées qui s’accordent entre elles, d’une logique interne”. La définition officielle parle d’une “absence de contradiction dans l’enchaînement des parties d’un tout”, alors que pour moi, la cohérence est une qualité de présence, un processus actif d’acceptation et d’intégration sans jugement de toutes les contradictions existantes. Je pense aussi que chacun a sa propre cohérence. Ma définition de la cohérence est évolutive et inclusive, avec une logique non linéaire ; je l’enrichis ou je l’épure au gré de ce que je vis. Je me sers des définitions générales et des concepts élaborés par des experts, par exemple la cohérence cardiaque, pour confirmer mon expérience. La cohérence cardiaque est “un état d’équilibre physiologique, physique, mental et émotionnel qui entraîne un recentrage, un ressourcement et un renforcement de chacun de ces domaines”. Cet état particulier et inné du fonctionnement humain est induit notamment par des pratiques respiratoires simples, d’où la technique maintenant connue de la cohérence cardiaque.

Plus généralement, le principe de cohérence est la base de la santé physique et psychique, et la maladie découle d’une incohérence du corps ou de l’esprit qui ne parviennent plus à s’adapter et à gérer les distorsions. Je veille à ma santé, et je constate que ma cohérence se construit, s’actualise et s’approfondit au fur et à mesure que je me rapproche de qui je suis vraiment. Plus je deviens ce que je suis, moins j’ai besoin de support extérieur pour me définir. Je suis alors moins influencée par la pression et les injonctions de la société. En même temps, me connaissant mieux, je peux apporter une contribution utile et appropriée au monde qui m’entoure. J’ai déjà pu vérifier que ma cohérence intérieure me met en cohérence avec ce qui m’arrive et les personnes que je rencontre. La cohérence est donc une attitude et une vibration qui apportent de la justesse, de l’ouverture et de l’équilibre dans les relations. Je me sens plus solide, plus forte, plus confiante et plus sereine lorsque je suis cohérente. C’est une cohérence globale de l’être, que j’ai appelé – pour des raisons de simplicité et de pragmatisme, et pour rester en concordance avec mes travaux scientifiques – la cohérence cœur/corps/esprit.

 

Happinez : Pourriez-vous partager avec nous 3 clés pratiques de la cohérence cœur/corps/esprit ?

Thi Bich Doan : Les 33 clés pratiques que j’ai proposées dans le livre de La cohérence cœur/corps/esprit ne sont pas une méthode ou des recettes établies une fois pour toutes, car je considère que chacun est le mieux placé pour trouver les siennes par lui-même. Ces clés sont des invitations, des raccourcis, des portes d’entrée, des astuces vers sa propre cohérence. Le lecteur doit piocher par-ci par-là des mots et des idées, se les approprier pour ensuite définir à son tour et sans effort ses propres clés pratiques. Je les vois comme un mouvement de vie et de compréhension pour retrouver la tranquillité et la clarté de sa cohérence globale. Cette cohérence globale de l’être nous amène naturellement vers le miracle ordinaire de notre intelligence innée universelle, un trésor à découvrir et à faire fructifier dans notre quotidien.

Les clés Esprit s’adressent à notre tête et pointent notre tendance parfois lassante à réfléchir sans cesse, à vouloir saisir intellectuellement, à accumuler des savoirs. Leur objectif est de comprendre et dépasser ce tumulte conceptuel pour aller vers l’écoute profonde du centre silencieux de l’être. L’une des clés Esprit s’appelle « Avoir confiance en son expérience ». Le contexte explicatif est la constatation subjective qu’avoir confiance en son expérience n’est pas une décision volontaire, mais plutôt « une transformation naturelle » qui découle de la traversée en conscience de ce que la vie nous propose au quotidien. Le petit grain de science présente des études scientifiques autour des « perceptions-actions sensorimotrices » qui m’ont montré que certains chercheurs considèrent le processus perceptif comme une action d’adaptation qui apporte des connaissances non pas par un biais intellectuel, mais directement par la sensorialité et le mouvement corporel. La suggestion d’application pratique est d’ « harmoniser le rationnel et le sensible », pour vérifier que le dialogue entre notre raison logique et notre sensibilité intuitive peut être fructueux pour valider et consolider ce que nous expérimentons. L’exercice Élan créatif est de « laisser l’autre main nous guider », en écrivant ou en dessinant de la main non directrice, pour accepter la lenteur et la maladresse et se laisser surprendre par un résultat imprévu émanant d’une part moins connue de soi. L’astuce perso est la possibilité assumée de « se tromper », attitude salutaire puisque la peur d’échouer est particulièrement inhibitrice : « Quand je me trompe, cela me fait réussir quelque chose que je n’osais pas rater. Accepter de me tromper, c’est un excellent moyen que j’ai trouvé pour avoir confiance en moi ».

Les clés Corps reconnaissent l’intelligence innée du corps pour capter les informations de manière plus juste et plus directe. Par l’accent mis sur la respiration et le ressenti, constamment présents dans le corps, nous revenons dans l’instant présent, source de tous les possibles. Une clé Corps concerne « L’alchimie intérieure », suite à une anecdote étonnante que j’ai vécue lors d’une marche de huit heures pour grimper jusqu’à la cime d’un volcan sacré à Bali. Après avoir vécu un épuisement et des douleurs physiques que je pensais ne pas pouvoir surmonter, la récitation d’un mantra m’a redonné un second souffle, transformant ma fatigue et ma faiblesse en une énergie phénoménale et régénératrice. Avoir pu « transmuter l’irréalisable » en lâchant les plaintes du mental m’a ouvert les yeux sur les capacités insoupçonnées du corps. L’attention portée pendant cette escalade à la formidable machine qu’est le corps avec ses multiples composantes m’a permis de comprendre cette « unité au pluriel » de l’intelligence collective, en l’occurrence ici celle de mes cellules et de mes organes qui savent parfaitement ce qu’ils ont à faire pour me maintenir en vie et en bonne santé. Serions-nous « tous visionnaires », si nous pouvions décoder les messages de notre inconscient (qui gère quand même 80% des fonctions de notre cerveau et de notre corps), et si nous savions accéder à ces capacités perceptives décuplées lors d’états de conscience élargie comme la transe ou la méditation profonde ?

Les clés Cœur sont des élans poétiques et créatifs pour nous ouvrir, tant à nous-mêmes qu’à autrui et au monde. Une clé Cœur invite à découvrir « les ressources de l’ombre ». Accepter notre part d’ombre d’abord nous rebute, puis nous consolide. Non seulement nous n’avons plus rien à perdre, ce qui diminue nos peurs, mais rassembler tout ce qui nous constitue nous rend complets et plus puissants. Nous sommes constitués de nos défauts et de nos qualités, dont la polarité positive ou négative est relative. « Oser être soi renforce ». La véritable force n’a pas besoin de se montrer, restant souvent dans une « discrète authenticité » qui n’a besoin ni d’exposer sa lumière ni de dissimuler son ombre. L’ombre et la lumière apparaissent et disparaissent comme la nuit et le jour se succèdent. La vie ne serait-elle pas un phénomène d’ « alternance possible-impossible », l’impossible n’étant en fin de compte qu’un possible en devenir ? L’exercice proposé pour identifier et accepter sa part d’ombre est celui du « miroir critique ». Il est très facile de critiquer une personne qui nous irrite. Laissons alors libre cours à nos jugements et lorsque nous sommes apaisés, retournons en miroir ces jugements vers nous-mêmes pour identifier ce qui en nous a été touché et heurté. Nous avons alors l’occasion idéale de dissoudre nos manques et nos blocages égotiques, qui fondront comme neige au soleil si nous les plaçons sous le projecteur chaleureux de notre pleine conscience.

 

Happinez : Parlez-nous un peu de votre activité…

Thi Bich Doan : Mon activité consiste à accompagner et guider les personnes qui le souhaitent vers une meilleure connaissance de soi et un élargissement de leur champ de conscience et de perception. Mon accompagnement se fait sous forme d’ateliers collectifs (pratiques, transmissions d’outils et d’exercices) et de séances individuelles (coaching et soins holistiques de rééquilibrage). L’objectif est de libérer les blocages au niveau émotionnel, mental, physique, énergétique, spirituel, vibratoire, informationnel, et de parvenir à une cohérence de toutes ces dimensions de l’être. La libération et la cohérence facilitent et amplifient l’autorégulation psychophysiologique du corps et de l’esprit. J’axe une grande partie de mon travail sur la conscience corporelle subtile (pour lequel j’utilise la méditation, le tai chi et autres arts martiaux) qui est une porte d’entrée privilégiée et sans faux-fuyant, du fait de sa justesse et de sa profondeur d’action. Le corps ne ment pas et stocke, jusqu’au niveau invisible des énergies et des fréquences vibratoires, tous les événements vécus. La libération des mémoires douloureuses se fait par une réconciliation à tous les niveaux de l’être, du plus tangible au plus caché. Ces niveaux sont interconnectés et interagissent, mais chaque niveau ou dimension vibre à certaines fréquences vibratoires et répond donc à des lois différentes. C’est en modulant mon degré de conscience par l’attention fine (qui semble agir sur mon taux vibratoire) qu’une transformation (qui n’est pas de l’ordre de ma volonté) peut avoir lieu sur telle ou telle dimension de l’être. Ma présence consciente et mon écoute intuitive créent par résonance un espace de disponibilité pour les personnes accompagnées. Celles-ci peuvent alors se rendre disponibles à elles-mêmes pour recontacter leurs ressources véritables et élaborer leurs propres moyens pour se recentrer, s’aligner et s’épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle.

 

Pour en savoir plus : www.coachingcoeur.com

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Y-Lan