Article

En ce 18 septembre, Olivier Clerc nous présente la Journée Internationale du Pardon

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Le Coeur, Philosophie, Psychologie, Rencontres, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Chacun d’entre nous – et c’est l’expérience d’être humain qui veut ça – a un jour blessé ou offensé autrui, si ce n’est lui-même, faisant ainsi naître des rancœurs et des rancunes qui finissent par nous enfermer dans un schéma intérieur destructeur. Après un franc succès l’année dernière avec pas moins de 130 événements programmés dans une vingtaine de pays, la Journée internationale du Pardon, fondée par Olivier Clerc, revient aujourd’hui. L’auteur du Don du pardon ou encore de Peut-on tout pardonner ?, également formateur et organisateur d’initiatives sur le thème du développement personnel et de la spiritualité, partage avec nous en cette occasion spéciale toute l’importance qu’a eu le thème du pardon dans son parcours et le rôle bénéfique qu’il peut jouer dans nos vies dès lors que nous nous y ouvrons.

Happinez : Qu’est-ce qui vous a amené à vous consacrer, comme vous le faites depuis des années, au thème du pardon ? 

Olivier Clerc : C’est ma rencontre avec Miguel Ruiz au Mexique, en septembre 1999, après avoir traduit et publié Les quatre accords toltèques chez Jouvence, dont j’étais directeur littéraire. J’étais parti pour rencontrer l’homme derrière le livre, comme je le fais depuis toujours avec les auteurs que j’aime. Or, lors de ce séjour à Teotihuacan, don Miguel m’a fait vivre une expérience de pardon qui a changé ma vie. J’avais été élevé dans la religion catholique, où le pardon est très présent, mais ce que j’ai vécu-là n’avait rien à voir avec tout ce que l’on m’avait enseigné et m’a apporté une libération, une transformation que je n’aurais même pas imaginées. Avant de quitter le Mexique, Miguel, qui savait que j’étais auteur, m’a dit : « Tu as un nouveau livre à écrire ». J’ai mis dix ans (!) à le faire… et c’est dans son sillage que se sont développés d’abord les ateliers Don du Pardon, puis les Cercles de Pardon, qui se sont multipliés dans le monde, et enfin depuis l’an dernier la Journée Internationale du Pardon qui, cette année, devrait regrouper plus de 80 événements dans une grosse quinzaine de pays, malgré la crise sanitaire qui en a beaucoup compliqué l’organisation.

 

Qu’est-ce que cela signifie, pardonner ?

J’enseigne que le pardon, c’est la guérison des blessures du cœur. On a été blessé, on “saigne”, symboliquement parlant, on a mal : on a envie de cicatriser, de retrouver son intégrité émotionnelle, de pouvoir aimer à nouveau. Le pardon, c’est avant tout pour soi-même, comme la cicatrisation d’une plaie physique. Et, non, ce n’est pas forcément se réconcilier avec les gens qui nous ont fait du tort. Il y a beaucoup d’incompréhensions et d’amalgames autour de cette notion de pardon, d’où le second livre que j’ai publié chez Eyrolles en 2015, Peut-on tout pardonner ? qui détaille et élimine les 15 principaux obstacles au pardon.

Quant aux méthodes, elles sont aujourd’hui nombreuses et c’est une bonne nouvelle ! Il y a en a des religieuses, bien sûr, mais aussi des laïques : pas besoin d’être croyant pour accéder au pardon. Dans la Journée Internationale du Pardon, il y a des gens qui pratiquent des Cercles de Pardon, ou Ho’oponopono, ou le Pardon Radical de Colin Tipping, ou l’Holoénergétique du Dr Laskow, ou encore des approches catholique, musulmane, juive, etc., du pardon.

 

Et se pardonner à soi, n’est-ce pas encore plus problématique avec ces mécanismes d’auto-culpabilisation qui nous sont propres ? 

C’est effectivement le plat de résistance du pardon ! Mais c’est aussi l’étape la plus libératrice, car une fois qu’on s’est pardonné à soi-même, on est beaucoup moins enclin à être des “Lucky Luke du jugement” et à juger les autres plus vite que notre ombre. Le pardon nous ouvre à l’empathie, à la compréhension… sans pour autant nous priver du droit à la justice. Je ne prône pas un pardon victime, un pardon martyr, ni un pardon paillasson. On peut à la fois faire œuvre de pardon (pour avoir le cœur en paix) et réclamer justice, intenter un procès, parce qu’on vit en société et qu’on ne peut pas laisser n’importe qui faire n’importe quoi.

La clé du pardon à soi, c’est de réaliser que les jugements qu’on a contre soi-même ne sont pas nos jugements, mais ceux de notre entourage que l’on a intériorisés, surtout dans l’enfance. Mais qui suis-je pour me juger ? Pour juger les autres ? Et quelle vie je mène, à juger ainsi en permanence ? Et si j’essayais de vivre autrement, pour changer ?

 

Quelles peuvent être les conséquences d’une impossibilité de pardonner ? 

Elles sont radicales, comme l’a démontré le Dr Fred Luskin à l’université de Stanford. Ne pas pardonner nous rend malades, littéralement : maux de dos, problèmes digestifs, douleurs articulaires, blocages divers et même tumeurs, y compris cancéreuses. Quand je garde rancune (au lieu de par-donner), je conserve tout en moi et je m’empoisonne à petit feu, en croyant que mon refus de pardonner atteindra la personne à qui j’en veux. Au final, les gens qui ne pardonnent pas ont jusqu’à 5 ans d’espérance de vie en moins, c’est énorme ! D’où l’importance de faire connaître aux gens à la fois les bienfaits du pardon et les diverses méthodes pour le mettre en œuvre, mais aussi de les rassurer sur le fait que pardonner ce n’est pas cautionner, pardonner ce n’est pas renoncer à la justice, pardonner ce n’est pas toujours se réconcilier, etc. Dans les Cercles de Pardon que j’ai créés, le but est de faire vivre aux personnes qui viennent une expérience de première main de cette libération, de ce soulagement, et cela en moins de trois heures.

 

Peut-on tout pardonner ? 

Vous me demandez de dévoiler la réponse à mon livre qui porte ce titre ? [rires] En réalité, la question est mal posée. Elle relève d’une incompréhension de ce qu’est vraiment le pardon. La vraie question c’est : est-ce que je peux guérir mes plaies émotionnelles ? Est-ce que je peux aimer à nouveau, ou est-ce que je suis condamné à souffrir toute ma vie à cause de ce qui m’est arrivé dans le passé ? Lors des Journées du Pardon que j’organisais autrefois, j’ai reçu des dizaines d’intervenants du monde entier : tous avaient vécu des choses atroces (génocide rwandais, fille tuée dans un acte terroriste, perte dramatique d’enfants en bas âge, abus sexuels, etc.). Tous, aussi, avaient trouvé un chemin vers le pardon et, parfois même… la joie ! Tous nous montraient que cette guérison est possible, à condition toutefois de trouver les bonnes méthodes pour y parvenir. Du coup, c’est à cela que s’emploie l’Association Pardon International que j’ai créée : à faire connaître largement les moyens d’opérer soi-même cette guérison quoi qu’on puisse avoir vécu.

 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Journée Internationale du Pardon, ses enjeux et ce qui sera proposé à travers le monde ?

Après avoir organisé durant quatre ans ces Journées du Pardon en France (au Val de Consolation !), j’ai souhaité donner plus de visibilité à ce travail tellement bénéfique, en l’internationalisant. Le principe est simple : le 18 septembre, tous ceux qui en ont envie peuvent organiser un événement autour du pardon (conférence, atelier, cérémonie, projection de film ou documentaire, concert, etc.). Nous avons créé un site Internet (doublé d’une page Facebook) qui recense tout ce qui se fait ce jour-là, par pays. Ensuite, chaque personne qui souhaite participer à cette journée regarde l’agenda du site et trouve l’événement auquel elle a envie de participer, soit localement, soit en ligne. Cette année, à cause de la crise sanitaire, beaucoup de choses se feront en ligne, mais pas seulement. L’enjeu, c’est de favoriser la guérison du cœur, à une échelle toujours plus grande, car nos blessures émotionnelles non cicatrisées sont responsables de toute la violence qui gangrène la société à tous les niveaux. Inversement, les gens qui ont le cœur en paix, le cœur heureux, épanoui, font du bien autour d’eux, peu importe leur activité et le nombre de gens qu’ils touchent !

 

Pour en savoir plus : www.journeeinternationaledupardon.org/

 

Propos recueillis par Aubry François

Portrait © Stéphane Daniel Schlup