Article

Éco-anxiété : Survivre aux tempêtes émotionnelles

Catégorie(s) : À découvrir, À la une, Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Nature, Rituels

La vie émotionnelle se complique vite pour les éco-anxieux. Les émotions sont intenses. Positives, bien sûr, mais aussi négatives. Culpabilité, colère, défaitisme… Autant de ressentis inévitables, désagréables, mais que l’on peut maîtriser et dépasser. Pour se sentir mieux, et continuer à avancer.

Le parcours intérieur d’un éco-anxieux est parsemé de turbulences émotionnelles. Avoir un regard objectif sur l’avenir du monde tout en gardant à la fois l’espoir et l’envie d’avancer demande une gymnastique particulière impliquant de savoir gérer des émotions intenses.

Régénératrices parfois.

Douloureuses, parfois aussi.

Le sentiment de culpabilité, par exemple.

Le vivant souffre, des espèces s’éteignent, l’écosystème s’appauvrit, une dégradation globale à laquelle je participe, dont je me sens (en partie) responsable. Ma condition de citoyen occidental, de privilégié de père en fils depuis plusieurs générations, accentue encore cette impression. Disons-le clairement : oui, j’y participe, mais à une échelle infinitésimale. La responsabilité est avant tout collective, dans l’espace comme dans le temps. Et nous sommes nombreux. Trop, peut-être. Dans ces moments de sur-responsabilisation, je me répète que je fais ce que je peux, à mon niveau, au quotidien. Je me rassure en me disant que je pourrais aussi en faire moins et je me motive à en faire davantage. Progresser, m’améliorer, trouver de nouvelles résolutions à mettre en place, pour tendre vers une vie plus respectueuse de mon environnement. Avec la certitude que la seule véritable culpabilité serait de sombrer dans l’inaction.

Et ça va déjà mieux.

Le sentiment de colère, aussi.

À l’égard de ceux qui sont dans le déni, le refus d’obstacle ou encore la passivité. Avec comme question centrale : pourquoi faire des efforts alors que d’autres n’en font pas ? Regarder mon voisin aller chercher son pain au bout de la rue dans son magnifique SUV neuf alors que j’y vais à pied, même sous la pluie. Écouter un ami me démontrer par A+B qu’une machine à laver la vaisselle est plus écologique que la méthode ancestrale, quand je m’évertue à la faire à la main pour moins consommer. Ou encore un autre prétendre que le recyclage ne sert à rien, que c’est une arnaque, alors que je pratique le tri de manière rigoureuse.

Autant de contrariétés qui excitent ma colère et face auxquelles je m’efforce de garder mon calme.

La force de mes convictions m’aide. J’aime marcher, pour aller chercher mon pain comme en randonnée. Si une machine à laver la vaisselle consomme peut-être moins d’eau (pour certains modèles économes), elle exige de l’énergie, pour sa fabrication, son acheminement jusqu’à ma cuisine, pour la nourrir en électricité et la recycler en fin de vie. Et je crois fermement que le système de tri sélectif, s’il est loin d’être parfait, va dans le bon sens.

Je parviens aussi à prendre de la distance avec ma colère parce que je suis convaincu qu’elle engendre des échanges tendus, des conversations stériles, qui ont plutôt tendance à amener mes interlocuteurs à camper sur leur position plutôt qu’à se remettre en question. Ce qui rend, en fin de compte, les causeries hautement contreproductives. Je préfère militer par l’exemple, m’appliquer à moi-même le changement que je veux voir dans le monde, comme le disait Gandhi. Et en témoigner, humblement, sans aucun prosélytisme, en racontant mon évolution de manière pragmatique, en douceur, dès que l’occasion se présente. Avec l’espoir de montrer qu’une autre voie est possible, que nous pouvons tous évoluer, changer. Cette posture provoque de la curiosité et de l’intérêt, souvent, mais aussi de l’incompréhension, du rejet, de la colère. Mais je me plais à croire que, malgré tout, petit à petit, le message passe.

Et cette démarche m’aide à mieux me sentir.

Le sentiment de défaite, enfin.

La sensation que, malgré mon engagement, mes efforts, rien ne change au niveau global. L’impression, aussi, parfois, de ne pas en faire assez. Des constats désagréables qui ont tendance à me démoraliser et, plus grave, à me démotiver. Dans ces moments, j’essaye de rester dans l’instant présent, de ne pas me projeter dans les incertitudes du futur ni dans l’autoflagellation due au passé. Je m’efforce de revenir à davantage d’humilité, en me rappelant que je fais ce que je peux, qu’à l’impossible nul n’est tenu. D’être indulgent à mon égard : modifier ses habitudes est un exercice difficile, comme en témoignent ceux qui arrêtent de fumer ou décident de changer d’alimentation.

Je prends aussi grand soin au quotidien des histoires que je laisse pénétrer dans mon esprit, que ce soit à travers les informations, les œuvres de fiction ou encore les conversations que j’entretiens avec mon entourage. Pour continuer à avancer, je me dois d’éviter trop de reportages alarmistes sur l’effondrement de la biodiversité, trop de films ou de romans sur la fin du monde, de discussions sur l’extinction probable des abeilles et des requins.

Je sais déjà tout ça.

En revanche, j’ai besoin de documentaires sur la beauté du monde, de récits sur l’amélioration de nos rapports avec notre environnement, de débats à la fois chaleureux et constructifs autour d’un feu de bois. Et surtout, de regarder le chemin parcouru depuis le fond de la vallée sans trop m’intéresser à la distance qui me sépare encore du sommet.

Tout cela m’aide à rester positif.

Et du positif, il y en a.

Le monde bouge, plus vite qu’on ne le pense. Les mentalités se transforment, les habitudes évoluent. Et pour moi, comme pour nous tous, la question de la défaite n’a pas à se poser : je n’échouerai pas tant que je n’arrêterai pas d’essayer.

 

Pierre-Yves Touzot

 

Pierre-Yves Touzot est réalisateur, romancier et blogueur. Dans ses romans, il invite ses lecteurs à s’interroger sur leur rapport à l’environnement, à se reconnecter à la Nature, une étape indispensable pour lui vers la résolution de nos problèmes écologiques. Depuis plusieurs années, il construit à travers son blog une médiathèque de romans, d’essais, de bandes dessinées, de films, de documentaires, tous consacrés à cette thématique. Pour en savoir plus : www.ecopoetique.blogspot.com

Il a récemment publié Presque libre, coup de cœur de la rédaction Happinez, aux éditions La Trace.

 

Photo by Josh Hild on Unsplash