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Au cœur de la forêt, nous relier…

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Nature, Rituels

Clara Cornil est danseuse, chorégraphe et interprète. En 2004, elle a fondé la compagnie Les Décisifs, implantée en Haute-Marne, qu’elle codirige aujourd’hui avec le chorégraphe et artiste visuel David Subal. Ensemble, ils y réalisent des projets artistiques réunissant les champs de l’art, du soin de la nature et du corps. La forêt, espace naturel, constitue aussi un corps auquel nous sommes connectés et au cœur duquel nous projetons moult parts inconscientes de nous-même. Une nature en soi qu’il est grand temps de reconnaître. Dans La mémoire de la forêt, magnifique ouvrage dont la couverture ressemble à une écorce d’arbre, Clara et David donnent la parole à quelques êtres humains qui racontent leur relation sensationnelle à la forêt. Ils nous le présentent ici, ainsi que les différentes activités qu’ils proposent autour de cet univers végétal au sein de leur compagnie.

Happinez : Que représente pour vous la forêt ? 

Clara Cornil : Enfant, la forêt a été le lieu des aventures, des peurs, des découvertes, des jeux. Je voyais la forêt de la fenêtre de ma maison, et c’était naturel de la rejoindre. En forêt, je goûtais les saveurs des saisons et, toute jeune, s’est imprégnée en moi une relation au temps particulière, que je déploie encore dans mon travail artistique. Aujourd’hui la forêt m’est un lieu de beauté, de pratiques et de connexion. Elle est ma source.

David Subal : La forêt pour moi représente le plus grand que nous. Le silence. Une vie indépendante de l’humain.

 

Pourriez-vous nous parler des projets originaux que vous créez autour de la forêt au sein de votre compagnie Les Décisifs ?

Nous nous intéressons depuis longtemps à la relation corps / nature au croisement des champs de l’art, du soin et de la transmission, ce qui nous a amené à créer des pièces chorégraphiques, des installations et des projets de territoire in situ, dans divers milieux naturels. Ces trois dernières années, nous étions concentrés sur le projet de territoire chorégraphique et anthropologique Dans les bois qui interroge une origine et une mémoire ; celle de la relation de l’humain avec la forêt. Quatre formats artistiques pluridisciplinaires et complémentaires en ont émergé : une pièce chorégraphique en forêt qui est introduite par une marche d’approche sensorielle que nous vivons ensemble, artistes et publics, les explorations sensorielles L’essence des sens qui développent le sentiment d’appartenance au vivant, une installation intitulée Diving in the leaves et ce livre, La mémoire de la forêt.

 

Aussi bien dans son contenu que par son apparence, votre ouvrage La mémoire de la forêt n’est pas un livre comme les autres…

La mémoire de la forêt rassemble des entretiens réalisés avec des habitants de tous âges qui témoignent des multiples réceptions et relations de l’homme avec la forêt. Ils sont le récit d’expériences kinesthésiques, mystérieuses, belles, puissantes, fragiles qui racontent notre humanité sensible. De ces paroles mises en textes, nous avons volontairement gardé le ton de l’oralité, trace du territoire jusque dans la langue. Artistes du corps et du mouvement, nous avons travaillé ce livre à partir de nos médiums : la page est devenue un espace chorégraphique où les principes de flux, de poids, de souffle, de rythme participent à la mise en page. La matière des papiers invite au toucher. La reliure à la suisse laisse apparaître les couches des cahiers – strates de sédimentations – et renforce le mouvement de la couverture-écorce qui vient envelopper le texte. Nous souhaitions honorer cette mémoire collective en réalisant cet objet livre qui est une création plastique, chorégraphique et poétique.

 

Il est important pour l’humanité, on le sait, de retrouver un lien avec la nature avant qu’il ne soit trop tard. En quoi nous permet-elle aussi de mieux nous connaître nous-même ?

Le corps nous rappelle que nous faisons partie de la nature, seulement on ne le vit pas ainsi ! Notre corps est une terre, connecté à la Terre – la planète – et la nature est un terrain d’exploration infini pour retrouver ce lien, cette relation organique. La nature permet de réactiver notre potentiel de connexion, endormi par nos modes de vie d’aujourd’hui. Dans la nature, on s’enracine, on se verticalise, on se relie ; nos sens nous invitent à descendre en nous-même, dans le corps, et à rencontrer l’intelligence du vivant qui s’exprime à travers nos ressentis. Réveiller nos sens, notre écoute, notre vitalité, notre disponibilité, notre intuition nous exhorte à vivre pleinement ce potentiel de reliance qui passe par la matière. C’est le mouvement de vie qui circule et qui ouvre des possibles, que le mental ne peut imaginer. Alors on se rencontre au-delà de notre construction personnelle, et on rencontre les autres et d’autres que les humains. On se vit relié, interconnecté. Ce sont ces pratiques que nous proposons dans les journées L’Essence des sens et les stages d’immersion la Terre en nous.

 

Pour vous procurer le livre : www.lesdecisifs.com/creation/la-memoire-de-la-foret

 

Propos recueillis par Aubry François

Photographie :  Andalucía Andaluía / Unsplash