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Aux portes du printemps, initiez-vous à la sagesse des plantes

Catégorie(s) : À découvrir, Art de vivre, Bien-être, Contes, poésie..., Développement personnel, Livres, Nature, Rituels, Sagesse & spiritualité, Santé

Poétesse, écrivaine, guérisseuse et alchimiste, Séverine Perron a accepté très jeune, depuis son maquis natal, d’entamer une danse éternelle et sacrée avec la Nature. Plantes médicinales et arbres guérisseurs accompagnent depuis lors son quotidien habité par le désir de transmettre le savoir perdu des sociétés, pilier culturel et identitaire que véhiculaient notamment autrefois celles que l’on nommait « sorcières ». Avec la photographe et directrice artistique Laura Wencker, elle a publié en octobre dernier, aux éditions Hoëbeke, le livre Alchimie végétale. Illustré par Marion Vallerin, il propose une véritable initiation à la sagesse des plantes invitant à la contemplation et à la méditation. Interview.

Happinez : Ce livre semble être la continuité de votre communauté Les Herbes Vives

Séverine Perron : La communauté Les Herbes vives, avec les lettres médecines mensuelles et le livre se sont nourris l’un et l’autre, durant 9 mois. Quand le livre est sorti, j’ai décidé d’ouvrir un nouvel espace plus universel : Nés de la Terre.

Les plantes ne sont pas qu’un truc de « bonnes femmes », si nous limitons les connaissances des herbes à des recettes de grands-mères ou de sorcières, nous restons attachés à un récit, qui n’a constitué qu’une partie de l’Histoire et dans une seule région du monde, l’Europe, à l’époque du Malleus Maleficarum (traité religieux contre les sorcières rédigé au 15ème siècle).

Il s’agit d’une vision limitante (et parfois volontairement entretenue) de nos savoirs autour des plantes, de nos traditions en matière de préparations – régionalisées et inscrites dans la culture celte, comme toute culture chamanique – et de notre lien à la Nature, qui détourne du véritable enjeu : la souveraineté des peuples (leur autonomie). Cette partie de l’histoire raconte aussi la séparation du mystique et du païen (dont l’origine latine paganos est aussi celle de paysan et de paix), du sacré et du sauvage, de l’intellect et du corps, de la science et du vivant.

Avec Nés de la Terre et le livre Alchimie végétale, j’ai posé cette intention de réconcilier ce qui a été séparé et de remettre en perspective tout ce qui entrave la liberté et la protection du vivant, à commencer par nos terres et nos cultures, dans notre ère moderne. La rencontre avec Laura Wencker a permis de faire de ce voyage une initiation visuelle et poétique de cette intention, retranscrite par ces arts visuels et notamment ces photographies magnifiques.

« Alchimie végétale » est un titre bien intriguant. La nature peut-elle constituer une porte vers la spiritualité ?

La Nature est une porte d’or vers le monde de l’Esprit. La Nature que nous voyons englobe toutes les manifestations physiques d’une intelligence collective appelée Matrice ou Mère par les indiens Kogis et partagée par d’autres cosmogonies animistes. Nous sommes parties prenantes de la nature et la manifestation d’un esprit, comme les plantes, les animaux, l’eau, le vent, la montagne. Comme la Nature, nous vivons des cycles et sommes sensibles à l’influence des éléments premiers : l’eau, la lumière (le feu), la terre, l’air. Chaque élément porte sa médecine et la Nature nous invite à une alchimie, à vivre nos cycles, de l’incarnation à la mort. Nos modes de vie occidentaux, notre vision du monde techniciste et anthropocène nous a fait croire que nous étions coupés de cela, avec l’illusion du contrôle et de la croissance. Aujourd’hui, les sciences quantiques réconcilient spiritualité et science, et les peuples ont besoin de croire en de nouveaux mythes fondateurs pour se projeter dans une nouvelle civilisation.

Alchimie végétale porte cette intention d’éveiller aussi bien à l’Esprit qu’à la Matière, dans une reconnexion simple et vraie à la Nature.

Quand avez-vous compris que vous ne vous sentiriez jamais vraiment à votre place dans nos sociétés de vitesse, de compétition et de profit ?

Très jeune, au travers de mes premiers contacts avec l’école, la société qui commence son processus de domestication pour devenir des outils de production. Plus tard, à l’Université, et même si j’aimais apprendre, vivre une vie en milieu urbain, assise toute la journée, avec une quantité d’informations à absorber, a été éprouvant, et mon corps a montré la disharmonie intérieure qui s’était installée, la maladie. Ce fut le début de mon initiation et d’une vie “adulte” qui s’est construite sur le fil, telle une funambule, avec comme seule boussole mon intuition et la conviction que de vivre comme je vis aujourd’hui était mon rêve, le seul. Je l’avais imaginé et nourri depuis mon enfance.

J’ai su m’adapter sans me perdre, créer les moyens de m’offrir des espaces pour servir ma vision par la création, cohabiter avec le monde moderne pour tisser un rêve collectif nouveau, puiser la force dans mes héritages paysans tout en prenant la liberté d’explorer des voies nouvelles. Ce fut une forme d’insurrection certes, mais pacifiste, qui a pris racine dans mon héritage de petite fille de résistants et émigrés. L’alchimie végétale et la poésie sont ma manière d’embrasser une dimension sensible pour porter un message en touchant le cœur des gens. C’est la vocation première de l’Art : interpréter le monde, atteindre la part sensible et universelle en chacun de nous et oser tisser du Rêve.

Sans forcément faire appel à des étiquettes comme celles de guérisseuse, de sorcière, ou de druidesse, pouvez-vous décrire qui vous êtes ?

Artiste animiste. Jadis, les arts médecines ne se limitaient pas à une connaissance technique, ils se tissaient avec l’âme du guérisseur (ou guérisseuse) et sa culture native, sa sensibilité, pour entrer en lien avec les autres mondes et en décrypter les messages, offrir des rituels de guérison, avec la préparation de plantes indigènes ou endémiques. Bien souvent, les femmes ou hommes médecines avaient aussi une manière d’exprimer leur vision du monde, sauvage et sacrée, par le chant, la danse, la musique, l’écriture, les symboles, la peinture… Ils étaient gardiens d’une vision pour la communauté et de sa stabilité, de l’équilibre avec les autres mondes, ils pouvaient être chef de famille, homme ou femme, servir la communauté avec leurs dons multiples.

Je me sens traversée par tout cela et mon quotidien est fait de tout cela. Marcher ma parole est une manière de garder une tenségrité (le fait de pouvoir tenir l’espace comme une toile d’araignée structurée, tendue mais souple également) et une intégrité qui sont essentielles à notre ère. Humaine avant tout.

Ce désir de transmettre particulièrement aux femmes est-il né justement d’un héritage féminin ? Et en termes de tradition, où avez-vous puisé votre inspiration ?

Après être partie en quête, dans des voyages personnels, dans la réalité physique et non physique, en écoutant les sages, en rencontrant des guérisseurs ici et ailleurs, et en comprenant les différentes cosmogonies des peuples racines et les différentes médecines holistiques millénaires telles l’Ayurvéda ou la Médecine Traditionnelle Chinoise, j’ai fini mon cycle d’apprentissage. C’est ici, sur mes terres natales, que j’ai appris les plantes de terrain en sauvage, avec une paysanne de 40 ans mon aînée, et que j’ai remonté le fil de nos propres traditions autour des plantes et rituels : de la médecine des simples, dite populaire transmise par mon arrière-grand-mère, à celle des femmes puissantes de l’Égypte antique.

La transmission arrive à un moment de notre vie, homme ou femme, où nous devons lâcher notre histoire et notre passé, nos espoirs et nos illusions, nos rôles ou nos missions, nos enseignements et nos maîtres, pour faire de notre expérience notre propre initiation. Ce n’est pas une question d’âge civil ni de diplôme, mais de cycle, d’alchimie personnelle en lien avec l’alchimie sociétale et collective. Trans-mettre, c’est aller au-delà de Soi, de sa propre quête, de son intime, vers l’universel. On m’a dit aussi que mon nom, Perron, veut dire « transmission » dans la culture pygmée.

Connaissez-vous un rituel d’entrée dans le printemps que vous pourriez partager avec nous ?

Nature et nature humaine sont liées.

Dans de nombreuses traditions, l’année débute au printemps, marquée par l’équinoxe, Ostara, le jour du réveil de la terre. Symbole de l’équilibre entre le jour et la nuit, c’est aussi la sagesse de l’union du féminin et du masculin, du soleil et de la terre. Le printemps est le temps de l’incarnation et de l’information – énergie dont la manifestation physique sera graine, puis feuilles, fleurs, fruits, graines… C’est le début d’un nouveau cycle. Le temps de l’éveil est symbolisé par l’œuf, célébrant le renouveau, la renaissance, la fertilité. Même si nous avons l’impression de vivre le chaos actuellement, chacun peut poser cette intention de choix, en soi et pour les autres. Chacun peut faire sa part et prendre cette responsabilité d’incarner le changement qu’il souhaite voir advenir en ce monde, pas seulement avec sa tête mais aussi le cœur.

Nettoyer en soi (son corps et sa psyché qui sont intimement liés) par un rituel de purification (cure de sève de bouleau ou décoction de racines de pissenlit par exemple) et pratiquer quotidiennement la méditation pendant quelques jours ou semaines.

Nettoyer sa maison et son jardin.

Profiter de ces temps creux qui invitent à un retour à soi pour faire le tri et s’inspirer pour manifester son rêve par des projets positifs, des idées fertiles, qui nourriront un rêve collectif fécond et désirable pour nos futures générations.

 

Propos recueillis par Aubry François

Visuels © Laura Wencker