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Le témoignage d’un « zèbre » qui a mis son expérience au service des autres

Catégorie(s) : Art de vivre, Bien-être, Développement personnel, Livres, Rencontres, Sagesse & spiritualité

Quand, la quarantaine passée, William Réjault découvre qu’il est un « zèbre », son paysage intérieur s’éclaircit soudain. Passé par mille expériences de vie, cet homme atypique décide finalement de mettre son vécu au service des autres, que ce soit à travers l’écriture (huit livres et un site) ou bien grâce au métier de thérapeute. Dans cette interview, l’auteur du témoignage passionnant C’est l’histoire d’un zèbre (Éditions Leduc.s, janvier 2020) nous en dit davantage sur cette caractéristique encore mal comprise. Mais il revient aussi sur son rôle de médiateur pour les couples en difficultés afin de nous aider à mieux gérer le confinement à deux.

Happinez : Qu’est-ce qu’un zèbre et qu’est-ce que cela implique au quotidien ? 

William Réjault : Zèbre, c’est le surnom affectueux qu’on donne aux adultes surdoués, hypersensibles, un peu à côté de la plaque, parfois, ou carrément trop dedans, souvent. 2% de la population est considérée HPI (haut potentiel intellectuel) et j’en fais partie depuis mon diagnostic tardif à 42 ans, suite aux attentats du Bataclan. C’est ce que je raconte dans mon livre.

J’ai un parcours de vie en zig-zag et j’aurais bien aimé mieux me connaître, plus tôt, pour peut-être avoir une carrière différente. J’ai commencé comme infirmier, j’ai ensuite travaillé dans une grande maison de disques, puis pour Zazie, j’ai été chroniqueur à la télévision puis je suis passé en régie m’occuper des réseaux sociaux d’une grande chaîne de télé… et j’ai bifurqué consultant en communautés pour un grand groupe agroalimentaire ! Une seule constante, un seul fil rouge : le besoin d’apprendre, permanent, et le désir de répondre aux demandes professionnelles les plus variées, de tout mon être. On vient me chercher car je suis « l’homme qui murmure aux oreilles des communautés”… J’ai écrit 8 livres, depuis une dizaine d’années. Si je devais résumer qui je suis, je dirais : curieux de tout, empathique à toute onde émise et désireux de partager ce que je sais. Au quotidien, ça donne forcément des hauts et des bas émotionnels, des grands moments de bonheur et rarement l’occasion de s’ennuyer !

Comment parvenir à faire de cette singularité un moteur plutôt qu’un frein à l’épanouissement ?

D’abord en reconnaissant que la différence est une chance pour peu qu’on arrive à la faire rentrer dans un certain format, utile aux autres, sans se renier. J’ai rencontré une coach pro, sur ma route, Florence Auvray-Loney, qui m’a aidé à développer tout un potentiel si mal utilisé depuis des années. On a fait le point sur mes qualités, mes forces, mes talents, mes limites aussi (les vraies et celles que je m’imposais) et j’ai reçu plein de clefs pour ouvrir toutes les belles portes que j’avais devant les yeux, sans forcer les serrures ! J’ai enfin connu la joie d’être moi, entièrement moi, dans un cadre professionnel pour la première fois de ma vie et d’être reconnu pour ma singularité. Il me manquait un langage, des grilles de lecture, des petits détails “évidents” mais que je n’avais jamais remarqués. Une fois intégré tout ça, j’ai pu mettre un tigre dans mon moteur.

Vous considérez-vous aujourd’hui comme un zèbre heureux ?

Oui. Ça m’est toujours compliqué de m’arrêter parfois et de me dire : oh là là, regarde, tu as de la chance, tu vis un moment magique, c’est le bonheur. Mais j’y arrive. Je traverse des moments de bonheur forts, quand j’écris, quand je médite, quand je lance un nouveau média pour une marque ou quand… je suis amoureux. Les années difficiles n’ont pas été vaines : j’éprouve beaucoup de gratitude pour les épreuves traversées, j’ai toujours appris dans ces moments-là des choses qui m’ont servi pour plus tard. Et si le bonheur, c’est de trouver sa tanière, d’être entouré de livres, d’avoir quelqu’un qui vous aime et d’entendre les petits oiseaux le matin alors oui, je le confesse, je suis heureux. Je n’ose pas le dire trop fort…

Vous êtes également médiateur pour les couples en difficulté. Quelles seraient vos suggestions pour vivre au mieux ce confinement à deux ? 

De ne pas vivre ensemble (rires) ! J’ai lu qu’il y avait eu une explosion de divorces en Chine suite au confinement, je n’ai pas été étonné. Comme disait un ami sur Facebook ce matin, avec malice : « On se marie pour le meilleur et pour le pire, mais pas pour se voir le midi ! ». J’ai ri, c’est tellement vrai. Je pense tout d’abord que c’est une formidable opportunité de faire le point sur son couple, de pouvoir vérifier que vous avez effectué “le bon choix de vie”, une personne avec qui vous allez vieillir et passer beaucoup, beaucoup de temps, dans des zones de plus en plus limitées. Si vous ne tenez pas ensemble sur ce confinement forcé, c’est peut-être une bonne chose. Vous savez quoi faire.

Je pense qu’il faut, comme pour tout problème dans le couple, c’est la chose la plus importante, se parler et exposer son angoisse : j’ai peur de ce confinement avec toi, j’ai peur de m’ennuyer, j’ai peur de me sentir envahi, j’ai peur de me mettre en colère, j’ai peur d’être malheureux avec toi entre ces quatre murs…J’ai peur de ne pas te connaître si bien que ça…Il y a tant de peurs (légitimes ou pas) derrière un mal-être. Et puis il faut se faire confiance : il y a toujours quelque chose de positif derrière chaque situation. Toujours. Cette crise, ce confinement, cette cassure dans le quotidien, c’est peut-être l’opportunité que vous attendiez depuis des années, la chance d’une vie, le moment où tout va basculer enfin pour vous dans la direction que vous choisirez. Alors souriez !

Propos recueillis par Aubry François